mercredi 24 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2002716 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | VALLANTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 juillet 2020 et le 21 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Vallantin, demande au tribunal dans ses dernières écritures :
1°) de condamner la commune de Camaret-sur-Mer à lui verser la somme de 105 032, 80 euros en raison des fautes commises concernant la constructibilité de la parcelle cadastrée section AW n° 96, située lieudit Lambézen et à titre subsidiaire au paiement de la moitié de cette somme ;
2°) de majorer cette somme des intérêts à compter du 7 mai 2020 et de les capitaliser ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Camaret-sur-Mer le versement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la commune a engagé sa responsabilité en lui délivrant le 7 novembre 2011 un certificat d'urbanisme opérationnel illégal pour n'avoir pas mentionné que le terrain n'était pas constructible en raison de la loi littoral et de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme en particulier ;
- elle a engagé sa responsabilité en adoptant le 9 juillet 1997 un plan d'occupation des sols, modifié le 20 octobre 2005 et le 10 juillet 2015, classant et maintenant le terrain en zone UHb1 (constructible pour l'habitat) en méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;
- la commune qui a retiré par un arrêté du 12 mars 2018 le permis de construire qui lui avait été délivré le 28 décembre 2017 à la suite d'un recours gracieux du sous-préfet de Châteaulin, en raison de la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, ne peut en application du principe de l'estoppel soutenir désormais le contraire ;
- il est fondé à demander l'indemnisation de ses préjudices ;
- si la commune soutient qu'elle est désormais couverte par le plan local d'urbanisme intercommunal de la presqu'île de Crozon et de l'Aulne Maritime approuvé le 17 février 2020, classant la parcelle en zone UHC constructible dans le respect des dispositions de la loi littoral, il a subi depuis quatre années des préjudices imputables à l'application fautive de la loi littoral par la commune justifiant une indemnisation à hauteur de 50 % des préjudices initialement invoqués.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 5 octobre 2022 et le 8 décembre 2022, la commune de Camaret-sur-Mer, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B le versement de la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a commis aucune faute en raison du classement de la parcelle, de la délivrance d'un certificat d'urbanisme ou de l'interprétation qui a pu être donnée à l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme et à la loi littoral, le terrain est désormais classé en zone UHC également constructible en raison de l'application de cette loi par le prisme du schéma de cohérence territoriale ;
- le schéma de cohérence territoriale du pays de Brest a identifié Lambezen comme un village pouvant faire l'objet d'une urbanisation en continuité ;
- il n'existe pas de préjudice direct et certains et ils sont injustifiés ou infondés ;
- les conclusions indemnitaires nouvelles liées au retard dans la mise en œuvre du projet de construction sont irrecevables faute de liaison du contentieux.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique:
- le rapport de M.Radureau,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Oueslati, , représentant la commune de Camaret-sur-Mer ainsi que les observations de Me Vallantin représentant de M B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a acquis par un acte authentique du 5 janvier 2012, auquel était annexé un certificat d'urbanisme opérationnel positif en date du 7 novembre 2011 pour la construction d'une maison d'habitation, une parcelle d'une surface de 1 430 m² cadastrée section AW n° 96, située lieudit Lambézen sur le territoire de la commune de Camaret-sur-Mer. M. B souhaitant édifier une maison individuelle d'une surface de 133, 70 m² de plancher, a déposé le 17 octobre 2017 une demande de permis de construire. Par un arrêté du 28 décembre 2017, le maire de la commune de Camaret-sur-Mer a fait droit à cette demande. Cependant, à la suite d'un recours gracieux du sous-préfet de Châteaulin, le maire de Camaret-sur-Mer a, par un arrêté du 12 mars 2018, retiré l'arrêté du 28 décembre 2017 accordant le permis de construire en cause au motif de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme et par un arrêté du 20 mars 2018 refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité. M. B a demandé à la commune de Camaret-sur-Mer, par un courrier du 23 avril 2020, reçu le 7 mai 2020, de l'indemniser de ses préjudices en raison des renseignements erronés et illégalités concernant la constructibilité de la parcelle cadastrée section A n° 96. Le maire de la commune de Camaret-sur-Mer ayant implicitement rejeté cette demande, M. B demande au tribunal de condamner la commune de Camaret-sur-Mer à lui verser la somme de 105 032, 80 euros.
Sur la responsabilité de la commune et le préjudice de M. B :
2. M. B soutient qu'en raison du retrait du permis de construire une maison d'habitation qui lui a été délivré le 28 décembre 2017 par un arrêté du 12 mars 2018 en raison de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, sa parcelle serait désormais inconstructible et à l'origine de ses préjudices résultant d'une perte de valeur vénale et des frais engagés inutilement pour mettre en œuvre ce permis de construire.
3. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dans sa version issue de la loi du 23 novembre 2018 : " L'extension de l'urbanisation se réalise soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau (), à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. / L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Elle est refusée lorsque ces constructions et installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages. ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative chargée de se prononcer sur une demande de permis de construire ou relative à l'utilisation du sol, de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la conformité du projet avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral, notamment celles de l'article L. 121-8 du code de
5. l'urbanisme qui prévoient que l'extension de l'urbanisation ne peut se réaliser qu'en continuité avec les agglomérations et villages existants. A ce titre, l'autorité administrative s'assure de la conformité du projet d'urbanisme avec l'article L. 121-8 de ce code compte tenu des dispositions du schéma de cohérence territoriale applicable, déterminant les critères d'identification des villages, agglomérations et autres secteurs déjà urbanisés et définissant leur localisation, dès lors qu'elles sont suffisamment précises et compatibles avec les dispositions législatives particulières au littoral.
6. En l'espèce, le schéma de cohérence territoriale du pays de Brest, approuvé le 22 novembre 2019, qui précise les modalités d'application de la loi littoral et dont les dispositions identifient les villages comme des " secteurs d'au moins 40 constructions densément groupées, structurées autour de voies publiques ", ne sont pas incompatibles avec elle et en particulier l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, identifie le secteur de Lambezen comme un village pouvant se densifier au sein de la zone urbanisée sans extension.
7. Le plan d'occupation des sols de la commune de Camaret-sur-Mer approuvé le le 9 juillet 1997, modifié le 20 octobre 2005 et le 10 juillet 2015, applicable à la date délivrance du permis de construire délivré le 28 décembre 2017, classait la parcelle cadastrée section AW n° 96 en zone UHb1, constructible pour l'habitat.
8. Le plan local d'urbanisme intercommunal de la presqu'île de Crozon et de l'Aulne Maritime approuvé le 17 février 2020 et couvrant le territoire de la commune de Camaret-sur-Mer, a classé la parcelle cadastrée section AW n° 96 en zone UHd constructible.
9. Il résulte en outre de l'instruction que le lieudit Lambezen comporte une quarantaine de constructions dont plus de la moitié sont mitoyennes et situées de part et d'autres des routes de Lambezen et du camping qui se croisent au nord et sud de ce lieudit. La majorité de ces habitations sont densément groupées dans un rayon d'une cinquantaine de mètres, à partir du centre formé par ces deux voies. Le lieu-dit Lambezen présente un nombre et une densité significatifs de constructions permettant de le regarder, ainsi que l'a fait le schéma de cohérence territoriale du pays de Brest, comme un village au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.
10. La parcelle cadastrée section AW n° 96, bordée à l'est par la route de Lambezen, à l'ouest par la route du camping et au sud par ces deux voies qui se rejoignent, se situe au sud du secteur le plus urbanisé de ce village dans le prolongement d'une parcelle supportant une construction.
11. Par suite, une éventuelle construction sur la parcelle cadastrée section AW n° 96 serait de nature à densifier la zone urbanisée de ce village sans l'étendre et ainsi ne méconnaîtrait pas les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.
12. M. B qui se borne à soutenir que son terrain aurait été inconstructible depuis qu'il en a fait l'acquisition, malgré un certificat d'urbanisme positif et que le plan local d'urbanisme de la commune aurait été illégal, ne l'établit par aucune pièce du dossier en se bornant à se fonder sur le retrait du permis de construire qui lui a été délivré le 28 décembre 2017. Il ne peut pas plus utilement se fonder sur la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il résulte de ce qui précède qu'à la date à laquelle le maire de la commune a procédé au retrait du permis de construire, le lieudit Lambezen présentait le caractère d'un village permettant l'extension de l'urbanisation en continuité avec les constructions existantes comme le prévoyait le plan local d'urbanisme de la commune alors applicable à la parcelle litigieuse et le projet soumis par M. B se trouvait en continuité d'une parcelle construite.
13. Il résulte de ce qui précède que contrairement à ce que soutient M. B, la commune de Camaret-sur-Mer n'a pas méconnu les dispositions applicables à la loi littoral et en particulier celles de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme en ce qui concerne le classement et la constructibilité de son terrain. Par suite la responsabilité de la commune de Camaret-sur-Mer ne peut être recherchée en invoquant la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme comme le fait M. B par référence au retrait du permis de construire qui lui a été délivré le 28 décembre 2017.
14. Par ailleurs, d'une part, il n'existe pas, dans le contentieux de la responsabilité extracontractuelle de la puissance publique, de principe général en vertu duquel une partie ne saurait se contredire dans la procédure contentieuse au détriment d'une autre partie. Par suite, doit être écarté le moyen tiré de ce que le principe dit de " l'estoppel " ferait obstacle à ce que la commune de Camaret-sur-Mer puisse soutenir que le terrain litigieux a toujours été constructible après avoir cependant procédé au retrait du permis de construire délivré à M. B en invoquant une méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. D'autre part, si M. B indique dans ses dernières écritures, que si le caractère constructible de la parcelle devait être reconnu, il sollicitait une indemnisation à hauteur de 50 % des préjudices initialement invoqués, il est constant que de telles conclusions indemnitaires, non justifiées et qui n'ont pas été précédées d'une liaison du contentieux précisant le fondement de la responsabilité de la commune, ne peuvent qu'être rejetées.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, par les moyens qu'il invoque, les conclusions de M. B tendant à la condamnation de la commune de Camaret-sur-Mer à l'indemniser en raison des fautes qu'elle aurait commise dans l'application des dispositions de la loi littoral doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B et par la commune de Camaret-sur-Mer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Camaret-sur-Mer présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Camaret-sur-Mer.
Délibéré après l'audience du 5 mai 2023 à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
Mme Plumerault, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.
Le président-rapporteur,
signé
C. Radureau
L'assesseure la plus ancienne,
signé
F. Plumerault
La greffière d'audience,
signé
A. Bruézière
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2002716
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026