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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2002851

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2002851

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2002851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 8 juillet 2020, le 15 novembre 2020 et le 10 mai 2021, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler le certificat d'urbanisme opérationnel du 8 janvier 2020 du maire de la commune de Penvénan déclarant non réalisable le projet de division des parcelles cadastrées section E nos 386 et 1595 en vue de construire deux maisons d'habitation ;

2°) d'annuler l'arrêté d'opposition à une déclaration préalable du 8 janvier 2020 du maire de la commune de Penvénan pour la division d'un terrain en deux lots en vue de construire ;

3°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le maire de la commune a rejeté les recours gracieux qu'elle a formés le 17 février 2020 contre ces décisions ;

4°) d'enjoindre au maire de la commune de Penvénan de lui délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel positif et une décision de non-opposition à la déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Elle soutient que :

- le maire a entaché d'erreur de droit et d'erreur de fait les décisions attaquées, en en se fondant sur la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme pour rejeter les demandes ;

- le mémoire en défense de la commune est tardif ;

- la commune ne peut se prévaloir du schéma de cohérence territoriale qui a été approuvé le 4 février 2020 après la présentation des demandes ;

- le schéma de cohérence territoriale ne s'oppose pas à ses demandes.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 9 octobre 2020 et 15 janvier 2021, la commune de Penvénan, représentée par la SELARL Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens présentés par Mme B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de et de Me Hauuy, de la SELARL Cabinet Coudray, représentant la commune de Penvénan.

Considérant ce qui suit :

1. Le 15 novembre 2019, Mme B a sollicité la délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel portant sur les parcelles cadastrées section E nos 386 et 1595 pour " une opération de division de terrain en vue de construire deux maisons d'habitation " chemin de la marine à Penvénan. Le 8 janvier 2020, le maire de la commune de Penvénan lui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif fondé sur la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Mme B avait également déposé le 15 novembre 2019 un dossier de déclaration préalable portant sur " une division en vue de construire " portant sur les mêmes parcelles. Par un arrête du 8 janvier 2020, le maire de la commune de Penvénan s'est opposé à cette déclaration préalable en invoquant la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Mme B a présenté des recours gracieux, reçus le 18 février 2020 par la commune de Penvénan, qui ont été implicitement rejetés. Mme B demande l'annulation du certificat d'urbanisme négatif du 8 janvier 2020 et de l'arrêté du 8 janvier 2020 du maire de la commune de Penvénan s'opposant à la déclaration préalable, ainsi que l'annulation des décisions implicites par lesquelles cette même autorité a rejeté ses recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants./ Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. / L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Elle est refusée lorsque ces constructions et installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages ". Le III de l'article 42 de la même loi prévoit que : " Jusqu'au 31 décembre 2021, des constructions et installations qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti, peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat, après avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites, dans les secteurs mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction résultant de la présente loi, mais non identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme en l'absence de modification ou de révision de ces documents initiée postérieurement à la publication de la présente loi ". Le V du même article précise que les mots " en continuité avec les agglomérations et villages existants " - qui remplacent les mots " soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement " - s'appliquent " sans préjudice des autorisations d'urbanisme délivrées avant la publication de la présente loi ". Cette modification de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ne s'applique pas " aux demandes d'autorisation d'urbanisme déposées avant le 31 décembre 2021 ni aux révisions, mises en compatibilité ou modifications de documents d'urbanisme approuvées avant cette date ". La loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique ayant été publiée au Journal officiel de la République française du 24 novembre 2018 et le certificat d'urbanisme et la déclaration préalable ayant été déposés le 15 novembre 2019, les dispositions du V sont applicables en l'espèce.

3. D'une part, il résulte des dispositions du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable en l'espèce, que l'extension de l'urbanisation doit se réaliser, dans les communes littorales, soit en continuité avec les agglomérations et les villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement. Constituent des agglomérations ou des villages où l'extension de l'urbanisation est possible, au sens et pour l'application de ces dispositions, les secteurs déjà urbanisés caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions.

4. D'autre part, il résulte de ces dispositions que, dans les communes littorales, ne peuvent être autorisées que les constructions réalisées en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions ou, dans les secteurs déjà urbanisés ne constituant pas des agglomérations ou des villages, les constructions situées en dehors de la bande littorale des cent mètres et des espaces proches du rivage, sous réserve que ces secteurs soient identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme. Pour l'application de ces dernières dispositions, l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement de l'aménagement et du numérique prévoit dans son paragraphe III que dans une période transitoire allant jusqu'au 31 décembre 2021, des constructions et installations qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti, peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat, après avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites dans les secteurs mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

5. A la date des décisions attaquées, soit le 8 janvier 2020, le schéma de cohérence territoriale du Trégor n'avait pas encore été actualisé pour intégrer les modifications résultant de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique. Le schéma de cohérence territoriale du Trégor, qui n'a été approuvé que le 4 février 2020 et rendu exécutoire le 20 juillet 2020, définit la notion de village et précise notamment dans un document graphique les enveloppes des agglomérations et des villages pouvant s'étendre. A ce titre, il identifie le lieudit " Port Blanc " comme un village.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les deux parcelles litigieuses sur lesquelles la construction de deux maisons d'habitation est projetée se trouvent situées à l'ouest du village de Port-Blanc au bord du chemin de la Marine. Ce secteur de plusieurs hectares qui s'étend au nord et au sud, le long des 550 mètres du chemin de la Marine, se compose d'une trentaine de maisons implantées sur de grands terrains. Le centre de vacances " Les Pervenches ", situé au sud du chemin de la Marine comporte quelques bâtiments et terrain de sports répartis sur une surface naturelle et boisée de 1,7 hectare. Cette zone se caractérise ainsi par une urbanisation pavillonnaire de faible densité. Elle se situe, comme le reconnaît la requérante, à " trois cents mètres à pied " en dehors de l'enveloppe du village de Port-Blanc identifiée par le schéma de cohérence territoriale du Trégor. Le secteur du chemin de la Marine, longé par un habitat diffus, ne peut ainsi être regardé comme une partie urbanisée du village de Port-Blanc. La réalisation de maisons d'habitation sur ces terrains serait de nature à étendre l'urbanisation et l'enveloppe bâtie sans continuité avec un espace déjà urbanisé caractérisé par un nombre et une densité significatifs de constructions, méconnaissant ainsi l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme doit être écarté.

7. Les constructions situées de part et d'autre du chemin de la Marine ne se trouvant pas situées au sein des limites du village de Port-Blanc, tel qu'il a été localisé par le schéma de cohérence territoriale du Trégor et n'étant pas densément groupées et structurées autour de voies publiques Mme B ne peut soutenir que le secteur d'implantation des deux habitations projetées répondrait à la définition, désormais applicable, du village telle qu'elle a été retenue dans le document d'orientation et d'objectif du schéma de cohérence territoriale du Trégor devant comporter notamment " au moins 50 constructions principales, densément groupées et structurées autour de voies publiques, et un ou plusieurs éléments fédérateurs de la vie sociale. () ".

8. La circonstance que le mémoire présenté par la commune n'aurait pas respecté le délai fixé par le greffe n'est pas de nature à le rendre irrecevable dans le cadre de la présente instance.

9. Il résulte de ce tout qui précède que la requête présentée par Mme B doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Sauzon présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Penvénan en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Penvénan.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller ;

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

C. CL'assesseur le plus ancien,

signé

F. BozziLe greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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