vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2002905 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | TROUDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 juillet 2020, le 4 août, le 18 novembre et le 1er décembre 2021, Mme G C, représentée par Me Troude, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2020 par lequel le maire de la commune de I a prononcé à son encontre la sanction de l'exclusion temporaire pour une durée de sept mois, assortie d'un sursis de trois mois ;
2°) de mettre à la charge de la commune de I la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le conseil de discipline n'a pas été de nouveau saisi ;
- elle méconnait le délai de prescription de trois ans ;
- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits ;
- la sanction est disproportionnée ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure.
Par des mémoires en défense, enregistré les 29 octobre 2020 et 2021, la commune de I, représentée par Me Collet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dayon,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- les observations de Me Troude, représentant Mme C, et celles de Me Leduc, représentant la commune de I.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G C a été titularisée en qualité d'agent territorial spécialisé des écoles maternelles (ATSEM) le 1er juillet 2013. Elle exerçait ses fonctions au sein des services de la commune de I à l'école maternelle des Cèdres. Par un arrêté du 28 octobre 2017, qui lui a été notifié le 31 octobre suivant, le maire de I lui a infligé une sanction disciplinaire relevant du quatrième groupe, à savoir la révocation, avec effet à compter du 9 novembre 2017 ou à l'issue du congé de maladie de l'intéressée, en cas de prolongation de ce dernier. Par un jugement n° 1705834 du 21 novembre 2019, le tribunal administratif de Rennes a annulé cet arrêté. Par un courrier du 15 mai 2020, le maire de la commune de I a prononcé à l'encontre de Mme C une sanction d'exclusion temporaire d'une durée de sept mois, assortie d'un sursis de trois mois. Par le présent recours, Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Lorsque l'autorité administrative édicte une nouvelle sanction à raison des mêmes faits qui ont justifié le prononcé d'une sanction à l'encontre d'un même agent public, et qui a été annulée par une décision juridictionnelle, elle n'est pas tenue de saisir de nouveau le conseil de discipline dès lors que la précédente sanction n'a pas été annulée sur un vice tiré de l'irrégularité de la procédure.
3. Il ressort des pièces du dossier que le tribunal administratif de Rennes a, par un jugement n° 1705834 du 21 novembre 2019, annulé l'arrêté du 28 octobre 2017 par lequel le maire de la commune de I a prononcé à l'encontre de Mme C la sanction de la révocation au motif que la sanction prononcée était disproportionnée. Par suite, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la commune de I ne pouvait prendre une nouvelle sanction à raison des mêmes faits sans saisir le conseil de discipline doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " () Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction. En cas de poursuites pénales exercées à l'encontre du fonctionnaire, ce délai est interrompu jusqu'à la décision définitive de classement sans suite, de non-lieu, d'acquittement, de relaxe ou de condamnation. Passé ce délai et hormis le cas où une autre procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre de l'agent avant l'expiration de ce délai, les faits en cause ne peuvent plus être invoqués dans le cadre d'une procédure disciplinaire () ". L'annulation par le juge administratif d'une décision prononçant une sanction n'interdit pas au pouvoir disciplinaire de prendre, dans le respect des motifs énoncés par le juge, une nouvelle sanction reposant sur les mêmes faits.
5. Il ressort des pièces du dossier que la commune de I a, par la décision attaquée du 15 mai 2020, prononcé une sanction à l'encontre de Mme C en raison de faits au motif desquels elle l'avait déjà sanctionnée par l'arrêté du 27 octobre 2017, annulé par le jugement du 21 novembre 2021. Compte tenu du motif d'annulation retenu par le juge, tiré de la disproportion de la sanction, le moyen tiré de ce que les faits invoqués sont prescrits doit être écarté.
6. En deuxième lieu, Mme C soutient que la décision attaquée est entachée d'inexactitude matérielle des faits.
S'agissant du manquement à l'honneur et à la probité :
Quant aux violences commises à l'encontre de plusieurs enfants :
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le 16 mars 2017, Mme H, inspectrice de l'éducation nationale, a entendu des cris d'enfant provenant du couloir de l'école et, après s'être approchée, vu Mme C prendre brusquement un enfant par l'épaule et le rapprocher d'elle. Si Mme C conteste que l'inspectrice ne lui aurait pas demandé d'explications sur cet incident, il n'est pas contesté que l'inspectrice de l'éducation nationale lui a fait une remarque sur le fait que son comportement était incorrect, ce à quoi Mme C a répondu qu'elle le savait, sans pour autant engager une conversation. En outre, si Mme C soutient que le témoignage de Mme H est tardif et n'évoque pas de faits de violence, il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment du procès-verbal du conseil de discipline que celle-ci reconnait avoir assisté à des faits qu'elle qualifie de violents. D'autre part, il ressort du témoignage du 15 mai 2017 de Mme A que celle-ci a découvert qu'un enfant s'était plaint d'avoir été pincé par Mme C. Ce point n'est pas utilement contesté par Mme C.
8. Par ailleurs, Mme C conteste le fait qu'elle aurait caché régulièrement la tête des enfants sous le drap lors de la sieste. Il ressort des pièces du dossier que Mme D et Mme A ont assisté à ces faits et que Mme A a invité Mme C à cesser cette pratique. Si Mme C conteste ces affirmations au motif que les parents d'un enfant mis en cause refuserait de témoigner en sa faveur et que Mme F, institutrice, rapporterait les propos d'enfants sans avoir assisté à cette pratique, ces éléments ne sont pas de nature à remettre en cause les témoignages précités.
9. Enfin, il ressort des pièces du dossier, notamment des témoignages de Mme D et Mme F que Mme C emploie des propos inadaptés et des cris à l'encontre des enfants. Mme C conteste cette affirmation et produit de nombreuses attestations décrivant favorablement l'exercice de ses fonctions d'ATSEM. Toutefois, ces attestations, provenant au demeurant pour partie de personnes absentes de l'école durant l'exercice par Mme C de ses fonctions, ne sont pas de nature à remettre en cause les témoignages précités. Il résulte de ce qui précède que les faits de violences commises à l'encontre de plusieurs enfants sont établis.
Quant au défaut de soins à l'égard des enfants :
10. Il ressort des pièces du dossier, notamment des témoignages de Mmes A et D, que Mme C refuse d'exécuter certaines tâches relatives à la propreté et l'hygiène des enfants, certains n'étant pas encore propres ou nécessitant une aide susceptible d'être apportée par une ATSEM. En outre, il ressort des pièces du dossier que le 12 mai et le 20 juin 2017, Mme C n'a pas changé un enfant qui avait uriné dans ses vêtements et n'a pas aidé un enfant qui souhaitait aller aux toilettes, ce qui a eu pour conséquence de le laisser uriner également dans ses vêtements. S'agissant de ce second point, Mme C produit une attestation des parents de l'enfant en cause et soutient qu'elle n'a pas refusé d'exécuter une tâche qui lui incombait. Toutefois, il ressort de cette attestation que les parents de l'enfant ont regretté que " personne ne se soit aperçu que [leur] fille n'avait pas été aux toilettes durant toute une journée car elle n'avait pas osé demander de l'aide pour enlever son combishort ". Cette seule circonstance n'est pas de nature à remettre en cause les attestations de Mmes A et D présentes dans l'établissement, selon lesquelles Mme C aurait refusé d'aider l'enfant au motif qu'elle serait grande pour uriner sans l'assistance d'une ATSEM. Par ailleurs, les éléments invoqués par Mme C ne sont pas de nature à remettre en cause les faits en date du 12 mai 2017. Dès lors, le défaut de soins de Mme C à l'égard des enfants est suffisamment avéré.
S'agissant du manque de conscience professionnelle de Mme C :
11. Mme C conteste le fait qu'elle ne saurait être vue comme n'ayant pas exécuté certaines des missions qui lui sont confiées. En particulier, elle conteste le fait d'avoir laissé les enfants jouer dans la cour au lieu de se rendre à la bibliothèque au-delà de la période de trente minutes prévues par le planning du temps d'activité périscolaire (TAP). Toutefois, Mme C n'apporte aucun élément utile de nature à remettre en cause ce point. En outre, elle ne démontre pas avoir établi les projets que devaient réaliser les enfants au cours de ces TAP, comme cela lui avait été pourtant demandé. Ces faits sont donc suffisamment avérés.
S'agissant du manquement à l'obligation de se consacrer pleinement aux tâches confiées :
Quant à l'utilisation à des fins personnelles du matériel de l'école :
12. Il ressort des pièces du dossier, notamment du courrier du 22 juin 2017 de Mme E, adjointe au maire responsable des affaires scolaires, que de nombreux appels personnels avaient été passés, à partir du poste de l'école, dans les tranches horaires où Mme C était seule dans la classe ou à la garderie, et même lors des jours fériés, l'école étant alors fermée. Mme C, qui ne conteste pas avoir utilisé le téléphone à des fins personnelles, fait valoir que l'historique d'appel produit par Mme E est excessif et que ses appels étaient justifiés par son état de santé psychologique. Ces éléments, au demeurant inexacts, ne sont pas de nature à remettre en cause les faits invoqués d'usage à des fins personnelles du téléphone de l'établissement.
Quant à la présence de tiers dans l'école
13. Mme C conteste le fait de faire entrer dans l'enceinte de l'établissement des membres de sa famille, extérieurs à l'école. A ce titre, elle produit une attestation de Mme B dans laquelle celle-ci indique que l'enfant devant appartenir à la famille de Mme C est en réalité de la famille de " la cantinière ". Cette seule circonstance n'est pas de nature à remettre en cause les faits invoqués. En tout état de cause, cette circonstance n'a aucune incidence sur la présence répétée du fils de Mme C dans l'enceinte de l'établissement, qui n'est pas contestée. Les faits sont donc établis.
S'agissant du manquement au devoir de réserve :
14. Il ressort des pièces du dossier, notamment des témoignages du personnel de l'établissement scolaire que Mme C a pu remettre en cause le fonctionnement de l'établissement auprès de parents d'élèves. Si Mme C fait valoir que le témoignage relatant une discussion avec sa supérieure hiérarchique au cours de laquelle elle a pu mettre en cause ses collègues ne constitue pas une mise en cause publique susceptible de caractériser un manquement au devoir de réserve, elle ne conteste pas utilement les témoignages relatifs aux discussions avec les parents d'élèves. Dans ces conditions, les faits de dénigrement du travail des enseignants sont suffisamment avérés. Par suite, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.
15. En troisième lieu, ces faits constituent des manquements de nature à justifier une sanction. Au regard d'une part des manquements allégués et de la vulnérabilité des enfants, en bas âge, confiés à Mme C et, d'autre part, des avertissements adressés à Mme C par ses collègues lors de l'exercice de ses fonctions ainsi que dans ses relations avec sa hiérarchie, la sanction d'exclusion temporaire de sept mois, assortie d'un sursis de trois mois n'est pas disproportionnée.
16. En dernier lieu, si Mme C soutient que la décision est entachée d'un détournement de procédure, elle n'apporte aucun élément utile a soutien de cette allégation. Par suite, le moyen sera écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme C tendant à l'annulation de la décision du 15 mai 2020 par laquelle le maire de la commune de I a prononcé à son encontre une sanction d'exclusion temporaire d'une durée de sept mois, assortie d'un sursis de trois mois, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de I, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
19. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit de la demande de la commune de I présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de I au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à G C et à la commune de I.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
Le rapporteur,
signé
C. Dayon
Le président,
signé
N. Tronel
La greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026