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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2002916

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2002916

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2002916
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS GIDE LOYRETTE NOUEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juillet 2020 et 8 février 2021, la

société AFM Recyclage, représentée par Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis le 10 septembre 2019 à son encontre par la direction régionale des finances publiques (DRFIP) de Bretagne et d'Ille-et-Vilaine portant sur

la somme de 8 300 euros et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ainsi que la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire réceptionné le

26 novembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable n'est pas motivée ;

- le titre de perception litigieux a été pris par une autorité incompétente ;

- il méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 ;

- il méconnaît l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 ;

- le titre de perception est illégal dès lors qu'il a pour objet l'exécution d'une mesure d'astreinte elle-même irrégulière au regard de l'article L. 171-8 du code de l'environnement ;

- l'arrêté du 11 mars 2019 ordonnant le paiement d'une astreinte journalière est

entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 171-8 II 4° du code de l'environnement.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 septembre 2020 et 29 mars 2021, la DRFIP de Bretagne et d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société AFM Recyclage ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au préfet de la région Bretagne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Roux

- et les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. La société AFM Recyclage exploite, sur le territoire de la commune de Brec'h, un centre de stockage et de récupération de déchets de métaux ainsi qu'une installation de traitement de véhicules hors d'usage lesquelles constituent des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE). À ce titre, la société AFM Recyclage bénéficie d'une autorisation d'exploitation résultant d'un arrêté du 19 décembre 1988 modifié par arrêté du 11 mai 2012, ainsi que d'un agrément pour le stockage, la dépollution et le démontage de véhicules hors d'usage renouvelé, pour une durée de six ans, par un arrêté du 13 mars 2018. Le 30 mai 2018, la société requérante a fait l'objet d'une visite sur site par l'inspection des ICPE de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL). À la suite de cette visite, la société AFM Recyclage a été mise en demeure, par un arrêté du 16 juillet 2018, de se conformer, dans un délai de 6 mois, aux prescriptions d'exploitation des ICPE. Le 30 janvier 2019, l'inspection des ICPE a constaté, lors d'un second contrôle, que les prescriptions de l'arrêté de mise en demeure n'avaient pas été respectées. Sur le fondement des dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, le préfet du Morbihan a, par un arrêté du 11 mars 2019, prononcé une astreinte administrative de 100 euros par jour à l'encontre de la société AFM Recyclage laquelle a été liquidée par un arrêté du 25 juin 2019. Par suite, la direction régionale des finances publiques

de Bretagne et d'Ille-et-Vilaine (DRFIP) a émis un titre de perception, le 10 septembre 2019,

d'un montant de 8 300 euros à l'encontre de la société AFM Recyclage. Le 7 novembre 2019,

la société requérante a formé un recours administratif préalable lequel a été implicitement

rejeté. La société AFM Recyclage demande au tribunal d'annuler le titre de perception du

10 septembre 2019 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable réceptionné le 26 novembre 2019.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation.

Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. La société AFM Recyclage a effectué un recours administratif préalable, le

7 novembre 2019, aux fins de contestation du titre de perception émis le 10 septembre 2019.

En l'absence de réponse de l'administration, une décision implicite de rejet est née. Si la société AFM Recyclage soutient qu'elle n'a pas eu communication des motifs de rejet de sa réclamation préalable et qu'elle n'est, en conséquence pas motivée, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que la société requérante aurait formé devant l'administration une demande en ce sens. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 234-4 du code des relations entre le public et l'administration sera écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ". Aux termes du V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 : " Aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas

de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur.

Ces dispositions n'imposent pas, en revanche, de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire.

5. D'autre part, il est de l'office du juge de vérifier la portée du moyen d'ordre public tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte et notamment l'existence d'une délégation de signature régulièrement publiée.

6. En l'espèce, outre qu'il ne résulte nullement des dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement que le préfet du Morbihan aurait dû exercer la compétence exclusive d'ordonnateur en ce qu'il a prononcé la mesure litigieuse d'astreinte, l'" état récapitulatif des créances pour mise en recouvrement " en date du 10 septembre 2019 comprend la signature de Mme A B précédée des mentions " pour l'ordonnateur et par délégation " et " pour le préfet l'adjointe au chef de bureau ". De plus, par un arrêté du 21 novembre 2018 portant " convention de gestion portant ordonnancement secondaire de la dépense ", régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 603 du 26 novembre 2018, Mme B, en qualité d'ajointe au chef du centre de services partagés régional Bretagne était habilitée à émettre des actes de gestion et d'ordonnancement prescrits par le préfet de la région Bretagne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 : " () Toute créance liquide faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". En vertu de ces dispositions, l'Etat ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.

8. Il résulte de l'instruction que le titre de perception indique que la somme réclamée de 8 300 euros concerne les arrêtés préfectoraux des 25 juin 2019 et 2 août 2019 et qu'elle a pour objet " la liquidation totale de l'astreinte administrative () correspondant à la période

du 15/03/2019 au 06/06/2019 " pour " non-respect de la règlementation conformément à

l'article L. 171-8 du code de l'environnement ". L'arrêté préfectoral du 11 mars 2019 précise également que l'astreinte est d'un montant journalier de 100 euros. Au vu de ces éléments, qui indiquent clairement les bases et les éléments de calcul de la somme mise à la charge de la

société AFM Recyclage, cette dernière était en mesure de discuter les bases de liquidation de sa dette. Par suite, le moyen tiré de ce que le titre de perception attaqué ne comporterait pas l'indication des bases de la liquidation de la créance doit être écarté.

9. En dernier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte réglementaire, une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux, contre cet acte. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituent les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

10. La société AFM Recyclage, à l'appui des conclusions dirigées contre le titre de perception contesté, de l'illégalité de l'arrêté du 11 mars 2019, qui prononce une astreinte administrative de 100 euros par jour à son encontre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement. Toutefois, il résulte de l'instruction que cet arrêté qui ne revêt pas de caractère règlementaire est devenu définitif. Cet arrêté et le titre en litige ne constituant pas les éléments d'une même opération complexe, la société requérante n'est, par suite, pas recevable à exciper de son illégalité.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société AFM Recyclage doit être rejetée y compris ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société AFM Recyclage est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société AFM Recyclage, à la direction régionale des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine et au préfet de la région Bretagne.

Copie en sera adressée au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023

Le rapporteur,

Signé

P. Le Roux

Le président

Signé

G. Descombes

Le greffier,

Signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au préfet de la région Bretagne, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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