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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2003015

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2003015

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2003015
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDELEURME TANNOURY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 juillet 2020 et le 26 août 2022, M. E A, représenté par Me Deleurme-Tannoury, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2020 par laquelle le directeur régional des finances publiques de Bretagne et d'Ille-et-Vilaine a refusé de faire droit à sa demande de congés bonifiés ;

2°) d'annuler la décision du 25 février 2020 par laquelle le directeur régional des finances publiques de Bretagne et d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande complétée de congés bonifiés, ensemble la décision du 9 juin 2020 par laquelle le directeur général des finances publiques a rejeté son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre la direction générale des finances publiques de faire droit à la demande de congés bonifiés ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 9 juin 2020 est entachée d'incompétence ;

- les trois décisions litigieuses :

- sont entachées d'une erreur de droit ;

- ont été prises en violation du principe d'égalité de traitement entre fonctionnaires appartenant à un même corps

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au motif que le centre de ses intérêts matériels et moraux est bien situé à Mayotte.

Par un mémoire enregistré le 27 décembre 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est partiellement irrecevable, le juge administratif ne pouvant adresser des injonctions à l'administration à titre principal ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée au directeur régional des finances publiques de Bretagne et d'Ille-et-Vilaine, qui n'a pas produit d'écritures malgré une mise en demeure de produire adressée par courrier du 27 septembre 2021.

Par un courrier du 30 novembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions des 6 janvier et 25 février 2020 pour tardiveté.

Un mémoire, présenté pour M. A, a été enregistré le 2 décembre 2022 en réponse au moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n°78-399 du 20 mars 1978 ;

- le décret n° 2014-729 du 27 juin 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les conclusions de M. Le Roux rapporteur public ;

- et les observations de Me Deleurme-Tannoury, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Le 8 octobre 2019, M. A, agent administratif principal des finances

publiques au sein de la direction régionale des finances publiques de Bretagne et d'Ille-et-Vilaine (DRFiP 35), a déposé une demande de congé bonifié au titre de l'année 2020 pour se rendre

à Mayotte. Par une décision du 6 janvier 2020, la DRFiP 35 a refusé de faire droit à cette demande au motif que le centre des intérêts moraux et matériels (CIMM) de M. A était désormais situé sur le territoire européen de la France. Par la suite, M. A a complété sa demande initiale et a formé un recours gracieux le 24 février 2020 rejeté par une décision du

25 février 2020. M. A a exercé un recours à l'encontre de ce refus le 18 avril 2020. Par une décision du 9 juin 2020, notifiée le 18 avril 2020, la DGFiP a confirmé la décision de refus de l'octroi d'un congé bonifié. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler les décisions du 6 janvier, 25 février et 9 juin 2020.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, la décision litigieuse du 9 juin 2020 a été signée par M. C D, inspecteur divisionnaire des finances publiques. Par un arrêté du 9 mars 2020 portant délégation de signature et régulièrement publié au journal officiel de la République française (JORF) du 12 septembre 2009, M. D a reçu délégation du ministre chargé du budget à l'effet de signer tous actes, à l'exclusion des décrets, dans la limite de leurs attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 9 juin 2020 doit être écarté comme manquant

en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 20 mars 1978, dans sa version applicable au litige : " Les dispositions du présent décret s'appliquent aux magistrats et aux fonctionnaires relevant du statut général des fonctionnaires de l'Etat qui exercent leurs fonctions : () / b) Sur le territoire européen de la France si leur lieu de résidence habituelle est situé dans un département d'outre-mer. ". Selon l'article 3 du même texte : " Le lieu de résidence habituelle est le territoire européen de la France ou le département d'outre-mer où se trouve le centre des intérêts moraux et matériels de l'intéressé ". Aux termes de l'article 9 du même décret : " La durée minimale de service ininterrompue qui ouvre à l'intéressé le droit à un congé bonifié est fixée à trente-six mois. / () ". Aux termes de l'article 1 du décret du 27 juin 2014, dans sa version applicable : " Les dispositions des décrets du 20 mars 1978, du 1er juillet 1987 et du 15 février 1988 susvisés s'appliquent à Mayotte. / () ".

4. Il résulte des dispositions précitées qu'il incombe aux agents demandant à bénéficier de congés bonifiés d'apporter les éléments permettant d'établir qu'ils ont leur " résidence habituelle ", c'est-à-dire le CIMM, dans un département d'outre-mer. Pour apprécier la localisation du centre des intérêts matériels et moraux d'un fonctionnaire, il peut être tenu compte de son lieu de naissance, du lieu où se trouvent sa résidence et celle des membres de sa famille, du lieu où le fonctionnaire est, soit propriétaire ou locataire de biens fonciers, soit titulaire de comptes bancaires, de comptes d'épargne ou de comptes postaux, ainsi que d'autres éléments d'appréciation parmi lesquels le lieu du domicile avant l'entrée dans la fonction publique de l'agent, celui où il a réalisé sa scolarité ou ses études, la volonté manifestée par l'agent à l'occasion de ses demandes de mutation et de ses affectations ou la localisation du centre des intérêts moraux et matériels de son conjoint ou partenaire au sein d'un pacte civil

de solidarité. Il incombe ainsi à l'administration d'apprécier le droit d'un agent à bénéficier de congés bonifiés sur la base d'un faisceau d'indices.

5. M. A doit être regardé comme soutenant que les décisions litigieuses sont entachées d'erreur d'appréciation au motif que le CIMM se situe à Mayotte. Pour en justifier, il se prévaut de ce qu'il est né à Mayotte, qu'il y a demeuré jusqu'au début de ses études supérieures en 2007, que ses parents y sont inhumés, qu'il est inscrit sur la liste électorale de Boueni et précise que sa situation financière ne lui permettait ni de devenir propriétaire à Mayotte ni de s'y rendre régulièrement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A résidait en métropole depuis plus de dix ans avant son recrutement à la DGFiP en 2017, qu'il a toujours exercé ses activités professionnelles en métropole et où se trouve son foyer fiscal. Le requérant s'est pacsé et a eu un enfant sur le territoire européen de la France. Par ailleurs, M. A ne s'est rendu à Mayotte que deux fois, en 2011 et 2014, et s'il soutient avoir demandé un poste à

Mayotte lors de sa première affectation, il apparait toutefois que ce poste figurait seulement en 13ème position. De même, si M. A indique avoir sollicité une mise à disposition au centre de service partagé interministériel (CSPI) de Mayotte en janvier 2020, il n'établit pas avoir porté cet élément à la connaissance de l'administration à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, si le requérant soutient que c'est à tort que l'administration a retenu que sa famille se limiterait à une demi-sœur vivant à Mayotte, sa demande de congés bonifié du 8 octobre 2019 ne fait état que d'une demi-sœur résidant à Mayotte. A ce titre, la circonstance que les deux livrets de famille aient été joints au dossier de demande est insuffisante à justifier du lieu de domicile de ses

autres demi-frères et sœurs. Dans ces conditions, nonobstant les circonstances invoquées par M. A, le directeur général des finances publiques n'a ni méconnu les dispositions précitées en refusant d'accorder au requérant le bénéfice du congé bonifié qu'il sollicitait, ni commis d'erreur d'appréciation en estimant que le CIMM ne se situait pas à Mayotte.

6. En troisième lieu, si le requérant indique que l'appréciation faite par la DGFiP diverge de celle du ministère de la justice, et se prévaut à ce titre des dispositions contenues dans une note du 16 mars 2018 relative à l'organisation des départs en congés bonifiés pour 2019, il ressort toutefois que cette note est édictée par le ministre de la justice, garde des sceaux, et n'est pas applicable aux agents du ministère de l'économie et des finances publiques. Par ailleurs, à supposer que M. A se prévale d'une rupture d'égalité entre agents publics, celle-ci n'est

pas caractérisée dès lors que les agents des deux ministères sont placés dans des situations différentes.

7. En dernier lieu, si M. A soutient que la décision attaquée est contraire au principe d'égalité de traitement entre fonctionnaires au motif qu'une autre agente de la DGFiP a pu bénéficier d'un congé bonifié au titre de l'été 2020, il ressort toutefois des pièces du dossier que cette agente a effectué plusieurs voyages à Mayotte en 2010, 2012 et 2014 en raison de congés bonifiés accordés à son conjoint. Dans ces conditions, les deux agents doivent être regardés comme n'étant pas placés dans une situation identique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de M. A doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, au directeur régional des finances publiques de Bretagne et d'Ille-et-Vilaine et au ministre de l'économie, des finances et de la relance.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

T. B Le président,

signé

G. Descombes

Le greffier,

signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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