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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2003079

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2003079

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2003079
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBUORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 juillet et le 20 novembre 2020, le préfet du Finistère demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2019 par lequel le maire de la commune de Landéda a délivré à M. C un permis de construire une maison individuelle avec garage accolé sur un terrain cadastré section AZ n° 114 situé lieudit " Ker ar Moal ", ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Il soutient que :

- le maire de Landéda a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne sursoyant pas à statuer sur la demande de permis de construire dont il était saisi au vu des documents préparatoires à l'approbation du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes du Pays des Abers, lesquels prévoyaient le classement du terrain d'assiette du projet en zone urbaine UHti dans laquelle les constructions nouvelles sont interdites ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 121-13 et L. 121-8 du code de l'urbanisme notamment compte tenu des orientations du schéma de cohérence territoriale du Pays de Brest qui détermine les critères d'identification des villages et agglomérations et en définit la localisation ;

- il méconnaît les dispositions des zones UHcp et NC du plan d'occupation des sols.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 décembre 2021, la commune de Landéda, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés le 2 novembre 2020 et le 8 février 2022, M. A C, représenté par Me Buors, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à l'application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés du tribunal n° 2003080 du 12 août 2020 ;

- la décision n° 445118 du Conseil d'Etat du 9 juillet 2021.

Vu :

- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Moreau-Verger, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune de Landéda, et de Me Buors, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a déposé le 26 août 2019 un dossier de demande de permis de construire une maison individuelle pour une surface de plancher de 143,70 m² assortie d'un garage de 51,60 m² sur un terrain cadastré section AZ n° 114 situé lieudit " Ker ar Moal " à Landéda. Par un arrêté du 20 décembre 2019, le maire de la commune de Landéda lui a délivré le permis de construire sollicité. Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2020, le préfet du Finistère demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2019, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux. Le préfet du Finistère a également demandé au tribunal administratif de suspendre l'exécution de cet arrêté et de la décision implicite par laquelle le maire de Landéda a rejeté son recours gracieux. Par une ordonnance n° 2003080 du 12 août 2020, le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de l'arrêté du 20 décembre 2019 par lequel le maire de Landéda a délivré un permis de construire à M. C et de la décision de rejet du recours gracieux du préfet du Finistère. Par une ordonnance n° 20NT02667 du 21 septembre 2020, le juge des référés de la cour administrative d'appel de Nantes a rejeté la requête tendant à l'annulation de l'ordonnance du 12 août 2020 du juge des référés du tribunal. Cette dernière ordonnance a fait l'objet d'un pourvoi en cassation rejeté par une décision n° 445118 du Conseil d'Etat du 9 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission () ". Parmi les actes mentionnés par l'article L. 2131-2 de ce code figure, au 6° : " Le permis de construire et les autres autorisations d'utilisation du sol et le certificat d'urbanisme délivrés par le maire ".

3. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 121-3 du code de l'urbanisme que les dispositions du chapitre du code de l'urbanisme relatif à l'aménagement et à la protection du littoral, dont font partie celles de l'article L. 121-8, sont directement applicables à toute personne publique ou privée pour l'exécution, notamment, de tous travaux et constructions. Aux termes du second alinéa ajouté à cet article par la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Le schéma de cohérence territoriale précise, en tenant compte des paysages, de l'environnement, des particularités locales et de la capacité d'accueil du territoire, les modalités d'application des dispositions du présent chapitre. Il détermine les critères d'identification des villages, agglomérations et autres secteurs déjà urbanisés prévus à l'article L. 121-8, et en définit la localisation ".

4. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction résultant de l'entrée en vigueur de la loi du 23 novembre 2018 : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. / L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Elle est refusée lorsque ces constructions et installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages. ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative chargée de se prononcer sur une demande d'autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la conformité du projet avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral, notamment celles de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme qui prévoient que l'extension de l'urbanisation ne peut se réaliser qu'en continuité avec les agglomérations et villages existants.

6. A ce titre, l'autorité administrative s'assure de la conformité d'une autorisation d'urbanisme avec l'article L. 121-8 de ce code compte tenu des dispositions du schéma de cohérence territoriale applicable, déterminant les critères d'identification des villages, agglomérations et autres secteurs déjà urbanisés et définissant leur localisation, dès lors qu'elles sont suffisamment précises et compatibles avec les dispositions législatives particulières au littoral.

7. Il est constant que le schéma de cohérence territoriale du Pays de Brest, dans sa version applicable approuvée le 22 octobre 2019, n'a pas repéré le lieudit " Ker ar Moal ", dans lequel se trouve le terrain d'assiette du projet de M. C à Landéda, comme une agglomération, un village ou un autre secteur déjà urbanisé au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. A cet égard, il ressort de la carte de mise en œuvre de la loi littoral que sur le territoire de la commune de Landéda, seul le lieudit de " l'Aber Wrac'h " a été identifié par le document d'orientation et d'objectifs comme un village, " Sainte-Marguerite " et " Prat Al Lann " comme des villages pouvant se densifier sans extension de l'urbanisation. Enfin, un seul lieudit, " Bel Air ", est indiqué au titre des secteurs déjà urbanisés.

8. Ces identifications ne sont pas incompatibles avec les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

9. Par ailleurs, le lieudit " Ker Ar Moal " comporte une quinzaine de constructions se rattachant à l'est, par une urbanisation linéaire le long de la voie publique, à d'autres lieudits tels que " Poull Log ", " Poull ar C'hae ", " Kistillig " ou " Kergoz ", pour former un ensemble disparate et peu dense d'une soixantaine de constructions.

10. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, au vu des orientations du schéma de cohérence territoriale du Pays de Brest qui précise les modalités d'application des dispositions du chapitre du code de l'urbanisme relatif à l'aménagement et à la protection du littoral, détermine les critères d'identification des villages, agglomérations et autres secteurs déjà urbanisés et en définit la localisation, doit être accueilli.

11. Par suite, le préfet du Finistère est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2019 par lequel le maire de Landéda a délivré un permis de construire à M. C, ensemble la décision rejetant son recours gracieux.

12. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'apparaît, en l'état du dossier, de nature à justifier l'annulation de l'arrêté attaqué.

En ce qui concerne l'application des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

13. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " () le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. () ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code : " () le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. () ".

14. Aux termes du III de l'article 42 de de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, dite loi ELAN, invoquée par M. C : " Jusqu'au 31 décembre 2021, des constructions et installations qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti, peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat, après avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites, dans les secteurs mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction résultant de la présente loi, mais non identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme en l'absence de modification ou de révision de ces documents initiée postérieurement à la publication de la présente loi ".

15. S'agissant du vice entachant le bien-fondé d'une autorisation d'urbanisme, le juge doit se prononcer sur son caractère régularisable au regard des dispositions en vigueur à la date à laquelle il statue et constater, le cas échéant, qu'au regard de ces dispositions, le permis ne présente plus les vices dont il était entaché à la date de son édiction.

16. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le vice entachant la légalité de l'arrêté du 20 décembre 2019 aurait été régularisé par les dispositions de l'article 42 de la loi précitée en vigueur à la date de l'arrêté en litige mais désormais caduques à la date du présent jugement. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le schéma de cohérence territoriale du Pays de Brest dans sa version modifiée approuvée le 22 octobre 2019 inclus à juste titre la parcelle de M. C, située à 150 mètres environ de la limite des plus hautes eaux, dans le périmètre des espaces proches du rivage au sein desquels ne peuvent être identifiés des secteurs déjà urbanisés. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions précitées des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le préfet du Finistère, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune de Landéda comme à M. C une somme que ceux-ci demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 décembre 2019 par lequel le maire de Landéda a délivré un permis de construire à M. C, ensemble la décision rejetant le recours gracieux du préfet du Finistère sont annulés.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Landéda et par M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la commune de Landéda et au préfet du Finistère.

Copie en sera transmise, pour information, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera transmise au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Brest en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

Mme Plumerault, première conseillère.

M. Bozzi, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

Le rapporteur,

signé

F. B

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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