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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2003116

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2003116

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2003116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS MARTIN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 juillet 2020, 10 juin 2022, Mme A C, Mme E C et M. D C, représentés par Me Boulais, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision implicite du 13 janvier 2020 par laquelle la maire de Rennes ne s'est pas opposée à la déclaration préalable de travaux déposée par Mme B le 12 novembre 2019 pour la construction d'une extension et d'un abri de jardin, ensemble la décision implicite de rejet du 24 août 2020 de leur recours gracieux ;

2°) de rejeter les conclusions indemnitaires reconventionnelles de Mme B ;

3°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Rennes et de Mme B la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils disposent d'un intérêt à agir contre la décision attaquée, en tant que voisins immédiats ;

- la décision attaquée méconnaît l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, la pétitionnaire n'ayant pas recueilli leur autorisation pour démolir partiellement le mur de clôture mitoyen ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article UE1a-2 du règlement du plan local d'urbanisme alors applicable ;

- elle méconnaît l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, faute pour la maire de Rennes d'avoir sursis à statuer dans l'attente de l'entrée en vigueur du plan local d'urbanisme intercommunal ;

- leur recours vise seulement à la défense de leurs intérêts légitimes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2020, la commune de Rennes, représentée par Me Donias, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que la somme de 2 000 euros soit solidairement mise à la charge des consorts C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les consorts C ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 octobre, 2 novembre 2020, 24 janvier 2021 et 19 juin 2022, Mme B conclut au rejet de la requête, à ce que la somme de 1 000 euros soit solidairement mise à la charge des consorts C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, à titre reconventionnel, à ce que les consorts C soient condamnés à lui verser la somme de 99 484 euros au titre des différents préjudices qu'elle estime avoir subis, résultant du caractère abusif de leur recours et la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'affichage de la déclaration de travaux est visible de la voie publique et respecte les prescriptions réglementaires ;

- le mauvais état du mur mitoyen, avéré, n'est pas imputable à la réalisation des travaux, qui n'ont pas encore démarré ;

- le préjudice d'ombre supplémentaire allégué par les consorts C est exagéré ;

- le recours des consorts C est abusif et dilatoire et lui fait subir un préjudice, étant notamment contrainte de retarder son projet ;

- elle s'en remet, s'agissant des autres moyens des requérants, aux conclusions présentées par la commune de Rennes.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par Mme B sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gosselin, président ;

- les conclusions de Mme Touret, rapporteure publique ;

- les observations de Me Boulais, représentant les consorts C, de Me Laville-Colomb, représentant la commune de Rennes et de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a déposé le 12 novembre 2019 une déclaration préalable de travaux n° DP 035 238 19 01070, complétée le 13 décembre 2019, portant construction d'une extension à sa maison d'habitation et d'un abri de jardin sur un terrain situé boulevard de Sévigné à Rennes. Par une décision implicite née le 13 janvier 2020, la maire de Rennes est réputée ne pas s'être opposée à cette déclaration préalable. Le recours gracieux des requérants a été implicitement rejeté le 24 août 2020 en application de l'article 2 de l'ordonnance du 25 mars 2020. Les requérants demandent l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme : " La déclaration préalable précise : () La déclaration comporte également l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R*423-1 pour déposer une déclaration préalable. " Aux termes de l'article R. 423-1 du même code : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : () ; b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; (). ".

3. Il résulte ainsi du b) de l'article R. 431-35 précité qu'une déclaration préalable de travaux affectant un mur séparatif de propriété doit simplement comporter l'attestation du pétitionnaire selon laquelle il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, et que l'autorité administrative chargée de l'instruction de la demande n'a pas à vérifier la qualité déclarée par le pétitionnaire dans cette attestation, sous réserve de fraude. La maire ne peut donc exiger la production de pièces supplémentaires non prévues par le code de l'urbanisme telles qu'un document établissant soit qu'il est seul propriétaire du mur mitoyen, soit qu'il a l'accord des autres copropriétaires du mur. La pétitionnaire ayant produit une telle attestation à l'appui de son dossier de demande et en l'absence de fraude alléguée, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit, par suite, être écarté.

4. Aux termes de l'article 3.1 relatif à la hauteur des constructions principales du règlement littéral du plan local d'urbanisme de la commune de Rennes alors applicable : " Dans toutes les zones UI, UO et 1AU, la hauteur des constructions s'apprécie par rapport au niveau du terrain aménagé avant construction. Dans les autres zones, sauf disposition différente mentionnée dans les dispositions spécifiques à chaque zone, la hauteur des constructions dont une partie est implantée dans une bande de 20 m à partir de la voie, s'apprécie par rapport au niveau de la voie. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article UE1a-2 du même règlement : " La hauteur H s'applique dans une bande de 15 m à partir de l'alignement (*). Au-delà de cette bande, un seul niveau à rez-de-chaussée est autorisé ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le projet de construction d'une extension de l'habitation existante se situe en zone UE1a délimitée par le plan de zonage et que la majeure partie de l'emprise au sol de la construction projetée sera comprise dans une bande de 20 mètres à partir de la voie publique. Dès lors, la hauteur de la construction, en application de l'article 3.1 précité du règlement littéral du plan local d'urbanisme, devait être calculée par rapport au niveau de la voie publique. Il ressort du dossier de demande de déclaration préalable de travaux que l'extension projetée ne comprend qu'un rez-de-chaussée et que la hauteur de cette extension est appréciée à partir de la hauteur du rez-de-chaussée de l'habitation par rapport à la voie publique. Au demeurant, le plan local d'urbanisme ne fixe pas de règle de hauteur maximale s'agissant de la hauteur du rez-de-chaussée. Il s'ensuit que le projet de la pétitionnaire respecte les dispositions de l'article UE1a-2 du règlement littéral du plan local d'urbanisme de la commune de Rennes et que le moyen tiré de leur méconnaissance doit donc être écarté.

6. Aux termes du second paragraphe de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme alors applicable : " Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. ". Aux termes du troisième paragraphe de l'article L. 153-11 du même code : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ". Aux termes de l'article UE1a-2 du règlement littéral du nouveau plan local d'urbanisme intercommunal : " Au-delà de 15 mètres et jusqu'à 18 mètres, la hauteur maximale des constructions est limitée à un seul niveau entier au-dessus du terrain naturel (*) ou terrain aménagé (*) ". Aux termes de l'article 2.1 relatif à la hauteur des constructions principales du règlement littéral du nouveau plan local d'urbanisme : " Dans les autres cas, sauf disposition différente mentionnée dans les dispositions spécifiques à chaque zone : - dans une bande de 20 m par rapport à la voie, la hauteur des constructions, s'apprécie par rapport au niveau de la voie. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que les dispositions nouvelles du futur plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes métropole comportent la même règle de mesure de hauteur à partir de la voie publique dans la bande de 20 mètres par rapport à cette voie. Dans ces conditions, la maire de la commune de Rennes n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de surseoir à statuer sur le dossier de déclaration préalable contesté dont l'application ne peut être compromise ou rendue plus difficile.

8. Il résulte de ce qui précède que les consorts C ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision implicite du 13 janvier 2020 par laquelle la maire de la commune de Rennes ne s'est pas opposée à la déclaration préalable de travaux de Mme B, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions reconventionnelles de la pétitionnaire :

9. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel. ".

10. Si par un mémoire distinct, enregistré le 24 janvier 2021, Mme B demande une indemnisation au titre du préjudice excessif qu'elle estime avoir subi et résultant du recours pour excès de pouvoir des consorts C, il ressort de l'article L. 600-7 précité du code de l'urbanisme que le recours dirigé contre une décision de non-opposition à des travaux ayant fait l'objet d'une déclaration préalable n'entre pas dans son champ d'application. Il s'ensuit que les conclusions présentées par Mme B tendant à la condamnation des consorts C au paiement de dommages et intérêts sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Le prononcé d'une amende pour recours abusif sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative étant un pouvoir propre du juge, les conclusions de Mme B tendant à ce que les consorts C soient condamnés à l'amende sont irrecevables et doivent être rejetées.

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge solidaire de la commune de Rennes et de Mme B qui ne sont pas, dans la présente instance, parties perdantes, la somme que les consorts C demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire des consorts C une somme de 750 euros à verser à la commune de Rennes au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

14. Il y a également lieu de mettre à la charge solidaire des consorts C une somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête des consorts C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par Mme B sur le fondement des articles L. 600-7 du code de l'urbanisme et R. 741-12 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les consorts C verseront solidairement à la commune de Rennes la somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les consorts C verseront solidairement à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, représentante unique des requérants, Mme E B et à la commune de Rennes.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

M. Desbourdes, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

signé

O. Gosselin

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Pottier

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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