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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2003139

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2003139

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2003139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL VALADOU - JOSSELIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête et des mémoires enregistrés les 28 juillet 2020, 19 octobre 2021 et 14 septembre 2022 sous le n° 2003139, M. C B, représenté par Me Coirier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 1er et 13 juillet 2020 par lesquelles la maire de Rennes a prolongé la mesure de suspension à titre conservatoire dont il faisait l'objet et a rejeté sa demande de réintégration ;

2°) d'enjoindre à la commune de Rennes de procéder à sa réintégration ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Rennes la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur des décisions attaquées ;

- les décisions attaquées méconnaissent la règle du parallélisme des formes ;

- la décision de suspension initiale est entachée d'illégalité ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit ;

- elle sont entachées d'une erreur d'appréciation ;

- il fait l'objet d'une illégalité de traitement ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un détournement de pouvoir et de procédure ;

- les mesures prises à son encontre sont disproportionnées.

Par des mémoires en défense enregistrés les 5 août 2021 et 31 août 2022, la commune de Rennes représentée par la selarl Valadou-Josselin et associés conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II) Par une requête et des mémoires enregistrés les 12 octobre 2020, 22 septembre 2021, 31 mai et 12 septembre 2022, sous le n° 2004389, M. B, représenté par Me Coirier, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2020 par lequel la maire de Rennes a prononcé à son encontre la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de douze mois dont six assortis du sursis à compter du 21 septembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Rennes de procéder à la reconstitution de sa carrière à compter du 21 septembre 2020 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Rennes la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière : il n'a pas disposé d'un délai suffisant pour préparer sa défense ; les droits de la défense et le caractère contradictoire de la procédure devant le conseil de discipline ont été méconnus ; il n'a pas obtenu communication de l'intégralité de son dossier ;

- la matérialité des faits qui lui sont reprochés et leur caractère fautif ne sont pas établis, l'enquête administrative n'ayant pas été menée en toute indépendance ;

- la sanction est disproportionnée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 mai et 31 août 2022, la commune de Rennes représentée par la selarl Valadou-Josselin et associés conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

III) Par une requête et des mémoires enregistrés les 22 octobre 2020, 19 octobre 2021 et 15 septembre 2022, sous le n° 2004597, M. B, représenté par Me Coirier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2020 par lequel la maire de Rennes l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire ;

2°) d'enjoindre à la commune de Rennes de procéder à sa réintégration et à la reconstitution de sa carrière à compter du 24 février 2020 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Rennes la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son recours est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans l'appréciation de la vraisemblance des faits allégués et de leur gravité.

Par des mémoires en défense enregistrés les 5 août 2021 et 31 août 2022, la commune de Rennes représentée par la selarl Valadou-Josselin et associés conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Allaire, représentant la commune de Rennes.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°s 2003139, 2004389 et 2004597 présentées par M. B présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un même jugement.

2. M. B, employé par la commune de Rennes en qualité d'adjoint administratif principal de 2ème classe exerce depuis le 1er décembre 2016 les fonctions d'agent d'accueil et de caisse à l'une des piscines municipales. Par un arrêté du 13 février 2020 notifié le 24 février suivant et attaqué dans l'instance n° 2004597 la maire de Rennes a suspendu M. B de ses fonctions à titre conservatoire. Par décisions des 1er et 13 juillet 2020, attaquées dans l'instance n° 2003139, cette même autorité a rejeté le recours gracieux de M. B contre cet arrêté et décidé de la prolongation de la mesure de suspension. Par un arrêté du 16 septembre 2020, attaqué dans l'instance n° 2004389, la maire de Rennes a prononcé à l'encontre de M. B une sanction d'exclusion temporaire de fonctions de douze mois dont six assortis du sursis à compter du 21 septembre 2020. Les demandes présentées par M. B en référé tendant à la suspension d'une part des décisions des 1er et 13 juillet 2020, d'autre part de l'arrêté du 16 septembre 2020 ont été rejetées par ordonnances respectivement des 25 août 2020 et 30 octobre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 13 février 2020 suspendant M. B de ses fonctions à titre conservatoire :

3. Aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai le conseil de discipline. Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. Si, à l'expiration de ce délai, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire, l'intéressé, sauf s'il est l'objet de poursuites pénales, est rétabli dans ses fonctions () ".

4. La mesure provisoire de suspension prévue par ces dispositions législatives ne présente pas, par elle-même, un caractère disciplinaire. Elle est uniquement destinée à écarter temporairement un agent du service, en attendant qu'il soit statué disciplinairement ou pénalement sur sa situation. Elle peut être légalement prise dès lors que l'administration est en mesure d'articuler à l'encontre de l'intéressé des griefs qui ont un caractère de vraisemblance suffisant et qui permettent de présumer que celui-ci a commis une faute grave.

5. L'arrêté attaqué est motivé par l'existence " d'anomalies réitérées dans la tenue de la caisse de la piscine, de comportements en contradiction avec le respect du cadre de travail, et d'utilisation des moyens et ressources de la collectivité à des fins personnelles ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à compter du 14 mai 2019 plusieurs mails ont été adressés par le responsable de la piscine, régisseur principal au service piscines et baignades de la municipalité afin de relater des incidents relatifs à la pratique professionnelle de M. B s'agissant notamment de l'émission fictive par celui-ci d'entrées gratuites pour régulariser des erreurs de caisse, sans en référer à sa hiérarchie. Le 13 décembre 2019, le régisseur principal a établi un rapport circonstancié au terme duquel il a indiqué avoir constaté que M. B avait émis des entrées gratuites en nombre largement supérieur à celui des autres agents, faisant part de ses interrogations sur l'utilisation de ces entrées, susceptibles selon lui d'avoir permis de régulariser des erreurs de caisse ou un détournement de fonds. Six agents dont les témoignages ont été recueillis en décembre 2019 et en janvier 2020 par la collectivité ont également signalé des anomalies dans la pratique professionnelle de M. B. Compte tenu de ces éléments, la commune de Rennes a pu sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation considérer que les griefs formulés à l'encontre de son agent présentaient un caractère de vraisemblance suffisant permettant de présumer que celui-ci avait commis une faute grave.

7. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Rennes, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

En ce qui concerne les décisions des 1er et 13 juillet 2020 prolongeant la mesure de suspension à titre conservatoire :

8. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus. () ". Aux termes de son article 3 : " Les mesures administratives ou juridictionnelles suivantes et dont le terme vient à échéance au cours de la période définie au I de l'article 1er sont prorogées de plein droit jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois suivant la fin de cette période : / 1° Mesures conservatoires, d'enquête, d'instruction, de conciliation ou de médiation ; / 2° Mesures d'interdiction ou de suspension qui n'ont pas été prononcées à titre de sanction () ". Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 13 février 2020 par lequel la maire de Rennes a prononcé à l'encontre de M. B une suspension de fonctions à titre conservatoire lui a été notifié le 24 février 2020. Le délai de quatre mois prévu par les dispositions citées au point 3 de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 expirait donc le 24 juin 2020, soit en dehors de la période prévue au I. de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020, les dispositions de l'article 3 de cette ordonnance ne trouvant donc pas à s'appliquer. Par suite, en décidant d'une prolongation de la mesure de suspension initiale de M. B, qui ne faisait l'objet d'aucune poursuites disciplinaires, au-delà du délai de quatre mois prévu par les dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, la maire de Rennes a entaché ses décisions des 1er et 13 juillet 2020 d'une erreur de droit.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions des 1er et 13 juillet 2020 doivent être annulées.

En ce qui concerne la décision du 16 septembre 2020 portant sanction disciplinaire :

10. Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / Deuxième groupe : / la radiation du tableau d'avancement ; / l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / Troisième groupe : / la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à un échelon correspondant à un indice égal ou immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; () "

11. D'une part, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

12. D'autre part, en l'absence de disposition législative contraire, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire, à laquelle il incombe d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen. Toutefois, tout employeur public est tenu, vis-à-vis de ses agents, à une obligation de loyauté. Il ne saurait, par suite, fonder une sanction disciplinaire à l'encontre de l'un de ses agents sur des pièces ou documents qu'il a obtenus en méconnaissance de cette obligation, sauf si un intérêt public majeur le justifie. Il appartient au juge administratif, saisi d'une sanction disciplinaire prononcée à l'encontre d'un agent public, d'en apprécier la légalité au regard des seuls pièces ou documents que l'autorité investie du pouvoir disciplinaire pouvait ainsi retenir

13. Enfin, lorsque l'administration s'est fondée sur plusieurs motifs dont certains sont illégaux, il appartient au juge administratif d'examiner s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur les seuls motifs légaux.

14. Selon les termes de l'arrêté attaqué il est reproché à M. B " des régularisations de caisse hors procédure non signalées, des émissions de titres gratuits disproportionnées par rapport aux autres agents d'accueil et de caisse, des décharges de missions sur ses collègues, un non-respect de ses horaires de travail constaté à deux reprises par son responsable hiérarchique, un épisode de pratique religieuse sur le lieu de travail, l'usage d'internet à des fins personnelles pendant son temps de travail et une emprise recherchée sur ses collègues de travail. ".

15. Il ressort des pièces du dossier que pour prendre cet arrêté, la commune de Rennes s'est fondée sur les conclusions d'une enquête administrative diligentée à sa demande par un cabinet extérieur et qui ont été portées à sa connaissance en juin 2020, sur les témoignages de six agents recueillis par la collectivité en décembre 2019 et en janvier 2020 ainsi que sur plusieurs documents écrits notamment statistiques émanant de la hiérarchie de M. B, en particulier du responsable de la piscine municipale. Si M. B remet en cause la valeur probante des conclusions de l'enquête administrative en faisant valoir que le cabinet qui a procédé à cette enquête a été mandaté par l'administration, que l'ensemble des personnes travaillant à la piscine concernée ou dans les autres piscines dans lesquelles il a travaillé n'a pas été entendu, qu'une partie des procès-verbaux ne comporte pas le logo du cabinet, que ceux-ci n'ont pas été établis sur le même type de support et enfin que le nom de l'ancienne responsable de l'unité " secrétariat fichier " du service des ressources humaines de la collectivité ainsi que ses coordonnées téléphoniques figurent au bas de certains procès-verbaux d'audition, ces circonstances ne sont pas de nature à démontrer que cette enquête n'aurait pas été menée de manière impartiale. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les personnes entendues dans ce cadre auraient eu connaissance des propos tenus par les autres témoins.

En ce qui concerne la matérialité des faits et leur caractère fautif :

S'agissant des régularisations de caisse hors procédure non signalées :

16. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le 11 septembre 2019 alors qu'il occupait les fonctions d'agent d'accueil de piscine, M. B a commis une erreur de tarification au détriment d'une cliente. Celle-ci s'en étant rendue compte quelques jours plus tard et en ayant fait la remarque à M. B alors en exercice dans une autre piscine de la commune, l'intéressé, plutôt que de procéder à l'annulation de la transaction initiale, a délivré le jour même à cette cliente une carte d'inscription gratuite en l'invitant à se présenter ultérieurement à la piscine pour se faire rembourser en numéraire le complément de la somme encaissée par erreur. Ces faits sur lesquels M. B a été entendu par son supérieur hiérarchique ont été reconnus. Le 16 octobre 2019, M. B a informé son responsable d'un déficit de caisse à hauteur de 11 euros, ce dernier ayant constaté lors d'un passage ultérieur en caisse que cette erreur avait été régularisée. A l'occasion d'un échange avec M. B le 23 novembre 2019, celui-ci lui a indiqué qu'en cas de " trous " dans la caisse, il procédait à la régularisation en émettant des titres gratuits afin de récupérer le numéraire de la transaction payée par l'usager. Il indiquait avoir agi ainsi pour régulariser le déficit constaté le 16 octobre. Le régisseur principal lui ayant déclaré qu'il devait le prévenir lorsqu'il procédait à une régularisation, M. B a admis lors de cet entretien avoir " régularisé de manière automatique ", déclarant à son responsable qu'il n'avait pas trouvé le temps de lui en parler, alors que selon le régisseur principal, l'agent avait eu au contraire plusieurs occasions de le faire. Le régisseur principal ayant constaté un autre déficit de caisse le 25 novembre suivant, M. B lui a à nouveau proposé de procéder à une régularisation selon le même procédé. L'ensemble de ces faits est suffisamment établi par la description circonstanciée qui en a été faite par le régisseur principal dans des mails adressés à sa direction ainsi que dans un rapport du 13 décembre 2019.

17. Si M. B soutient sans être contredit que les régularisations effectuées par les agents étaient mentionnées sur un cahier de liaison, il n'est pas établi ni même soutenu que les opérations précitées et le mode de régularisation utilisé par l'intéressé auraient été reportées sur ce cahier. Contrairement à ce que soutient M. B il n'est pas établi que son supérieur hiérarchique aurait validé cette méthode de régularisation, le régisseur principal ayant indiqué devant le conseil de discipline que si la régularisation d'erreurs de caisse par la réinjection de paiements en espèces des usagers et par l'émission en parallèle de tickets gratuits pouvait être effectuée, il s'agissait d'une pratique exceptionnelle dont il devait être informé et à laquelle il devait donner son aval. Enfin, bien que M. B prétende n'avoir fait que reproduire des pratiques qui lui auraient été enseignées et qu'aucun protocole n'ait fixé les règles applicables, en prenant à plusieurs reprises l'initiative de procéder aux régularisations citées au point précédent sans en référer à son supérieur hiérarchique auprès duquel il lui appartenait en tant que de besoin d'obtenir toute information utile et y compris après que celui-ci lui ait indiqué que cette façon de procéder n'était pas adaptée, M. B a commis un manquement fautif.

S'agissant de l'émission disproportionnée de titres gratuits par rapport aux autres agents d'accueil et de caisse :

18. La comparaison entre le tableau des statistiques renseigné par les agents pour comptabiliser les entrées gratuites " nouveaux rennais " utilisées par les usagers et le listing des enregistrements par le logiciel IREC des entrées gratuites émises à ce titre pour la piscine Saint Georges, fait apparaître que si le nombre des entrées gratuites qui sont réellement utilisées est en baisse constante depuis 2016, le nombre des entrées gratuites qui sont émises, également en diminution depuis cette date, a toutefois connu une augmentation entre 2018 et 2019 avec l'émission au cours de cette dernière année de 91 entrées supplémentaires. Ces documents révèlent par ailleurs une différence entre le nombre des entrées utilisées et celui des entrées émises, en augmentation depuis 2017 et plus particulièrement entre 2018 et 2019. L'analyse de ces données chiffrées par le responsable de l'établissement, qui n'est pas utilement remise en cause par M. B, a permis d'établir qu'en 2018 et 2019, un nombre de tickets gratuits sensiblement supérieur à celui des autres agents proportionnellement à leur temps de présence dans l'établissement a été émis sur sa session. Toutefois, ce seul constat ne permet pas d'établir, ni que les différences constatées entre le nombre d'entrées émises et celui des entrées réellement utilisées sont imputables à l'intéressé ni que les émissions d'entrées gratuites dont il est à l'origine seraient frauduleuses ou injustifiées, en l'absence notamment de dispositions limitant le nombre de titres gratuits pouvant être délivré par chaque agent, de possibilité pour les usagers de la piscine de vérifier le caractère gratuit ou payant de l'entrée qui leur est délivrée dès lors que cette entrée est directement badgée par l'agent et enfin d'anomalie comptable relevée par la collectivité. Bien que deux agents dont les témoignages sont produits par la collectivité indiquent que M. B leur a demandé d'éditer des tickets gratuits sur leur session, les circonstances dans lesquelles cette demande a été formulée ne sont pas circonstanciées, la seule mention par l'un de ces agents dans l'une de ses auditions, que celle-ci l'a été " sans motif valable " ne suffisant pas à en démontrer le caractère injustifié. L'indication par l'autre agent que M. B remettait des entrées gratuites à de nombreuses personnes telles " qu'éducateurs, professeurs, public ", n'établit pas davantage le caractère injustifié de cette remise. Par ailleurs si les conclusions de l'enquête administrative réalisée par le cabinet BLV mentionnent que " l'ensemble des personnes entendues hors responsable de la piscine, sauf une, ont été témoins ou se sont vues demander par M. B d'émettre des titres gratuits sur leur propre session ou bien ont vu M. B en train d'émettre des titres gratuits pour les donner à des personnes qui avaient payé en espèces ", ces éléments ne ressortent pas de ceux des témoignages recueillis dans le cadre de cette enquête qui ont été produits dans la présente instance, excepté les deux témoignages précités. Dans ces conditions, si l'émission importante de titres gratuits par M. B est établie, son caractère fautif n'est pas démontré.

S'agissant des décharges de missions sur ses collègues et une emprise recherchée sur ceux-ci :

19. Il ressort de plusieurs des témoignages produits au dossier, qui ne sont pas utilement remis en cause par M. B, que celui-ci a sollicité à plusieurs reprises ses collègues pour exécuter son travail ou des tâches d'ordre privé, telles qu'aller mettre son linge personnel dans la machine à laver de l'établissement ou lui chercher un café. Deux témoins ont précisé l'un que les demandes de M. B étaient faites sur un ton " hiérarchique " l'autre qu'il " avait le sentiment de ne pas avoir le choix ", ces témoins ajoutant que M. B leur avait demandé de ne pas parler de ses agissements à leur hiérarchie. Certains témoins ont pu également faire part de leur crainte de dénoncer le comportement de leur collègue en raison de ses fonctions syndicales et de ses relations alléguées avec la municipalité. Les faits reprochés à M. B et leur caractère fautif sont suffisamment établis.

S'agissant de l'usage d'internet à des fins personnelles :

20. Ce grief repose sur la seule attestation d'un agent qui a indiqué avoir constaté que M. B passait " du temps sur internet et au téléphone pour régler des affaires personnelles ". Toutefois, ces seules indications sont insuffisamment circonstanciées pour démontrer un usage d'internet à des fins personnelles par M. B.

S'agissant du non-respect des horaires de travail, constaté à deux reprises et un épisode de pratique religieuse sur le lieu de travail :

21. La matérialité de ces faits et leur caractère fautif, qui ressortent suffisamment des pièces du dossier ne sont pas contestés par M. B.

En ce qui concerne le caractère proportionné de la sanction :

22. Il résulte de ce qui précède que seuls les faits décrits aux points 16, 19 et 21 sont établis et présentent un caractère fautif. Ils justifient le prononcé d'une sanction disciplinaire. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la maire de Rennes aurait pris à l'encontre de M. B la sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de douze mois dont six avec sursis si elle ne s'était fondée que sur ces faits, à l'exclusion de ceux décrits aux points 18 et 20 dont la matérialité ou le caractère fautif n'est pas établi, cette sanction présentant un caractère disproportionné. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être accueilli.

23. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 16 septembre 2020 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

24. L'exécution du présent jugement, implique que la commune de Rennes procède à la réintégration juridique de M. B et par conséquent à la reconstitution de sa carrière à compter du 25 juin 2020. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Rennes d'agir en ce sens, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Rennes dans l'instance n° 2004597 et de M. B dans les instances n° 2003139 et n° 2004389 qui ne sont pas parties perdantes dans ces instances.

26. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Rennes la somme totale de 2 500 euros dans les instances n° 2003139 et n° 2004389 sur le fondement de cet article.

27. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par la commune de Rennes dans l'instance n° 204597 sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 1er juillet et 13 juillet 2020 de la maire de Rennes sont annulées.

Article 2 : L'arrêté du 16 septembre 2020 de la maire de Rennes est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la commune de Rennes de procéder à la réintégration et à la reconstitution de la carrière de M. B à compter du 25 juin 2020 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 4 : La commune de Rennes versera à M. B la somme totale de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : Les conclusions présentées par commune de Rennes sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Rennes.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, où siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

A. ALe président,

signé

N. TronelLa greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2003139 2004389 2004597

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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