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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2003194

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2003194

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2003194
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 juillet 2020 et 16 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Donias, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 25 février 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes du Val d'Ille-Aubigné a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) de cette communauté de communes en ce, d'une part, qu'il classe en zone A et non en zone UE 2 la partie nord de la parcelle cadastrée n° 499 sur la commune de Saint-Gondran et, d'autre part, qu'il identifie une zone humide sur cette même partie de parcelle ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Val d'Ille-Aubigné une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le classement en zone A est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des critères de classement définis par l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme et le règlement du PLUI ;

- le classement retenu est incohérent avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durables et ne saurait être justifié par l'orientation visant à maintenir les sièges d'exploitation agricoles ;

- le motif avancé par la communauté de communes pour justifier le refus de classement en zone UE est erroné, dans la mesure où le PLU doit seulement être compatible avec le schéma et non pas être conforme à celui-ci, et où la communauté de communes a, dans d'autres zones, défini des zones d'urbanisation non prévues au schéma ; en tout état de cause, le classement en zone UE ne constituerait pas une extension urbaine ;

- le classement en zone humide est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, aucune étude d'ensemble ni aucun inventaire existant ne permettant d'identifier une zone humide sur la parcelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 juillet et 20 octobre 2021, la communauté de communes du Val d'Ille-Aubigné, représentée par Me Rouhaud, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Touret, rapporteure publique,

- et les observations de Me Laville-Collomb, représentant M. B et de Me Colas, représentant la communauté de communes du Val d'Ille-Aubigné.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire d'une parcelle cadastrée section A n° 499 sur la commune de Saint-Gondran. Le plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes du Val d'Ille-Aubigné, approuvé par délibération du 25 février 2020 du conseil communautaire, a classé la partie nord de cette parcelle en zone A agricole et identifié sur cette même partie une zone humide. M. B demande au tribunal d'annuler cette délibération en ces deux points.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. () ".

En ce qui concerne le classement de la partie nord de la parcelle en zone A :

3. La circonstance qu'à l'occasion d'échanges avec M. B avant l'adoption de la délibération, la communauté de communes du Val d'Ille-Aubigné a fait référence aux zones d'extension urbaine définies par le schéma de cohérence territoriale n'est pas de nature à démontrer que, pour prendre la décision litigieuse, le conseil communautaire aurait entendu se fonder uniquement sur les orientations du schéma de cohérence territoriale qui, à l'exception des cas limitativement prévus par la loi dans lesquels ces schémas peuvent contenir des normes prescriptives, se bornent à fixer des orientations et des objectifs, avec lesquels les plans locaux d'urbanisme sont soumis à une simple obligation de compatibilité. Ainsi, le moyen tiré de ce que la délibération litigieuse serait, pour ce motif, entachée d'une erreur de droit doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme dans sa rédaction alors en vigueur : " Le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit : / 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; / Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. () ". Aux termes de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan local d'urbanisme, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction, sans être tenus par les limites parcellaires. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts. Il ne relève pas de l'office du juge, dans ce cadre, d'examiner si cette parcelle aurait pu faire l'objet d'un autre classement.

6. Il ressort des pièces du dossier que le classement en zone A d'une partie de la parcelle cadastrée section A n° 499 concerne une partie non construite de la parcelle en litige, classée en zone UE dans sa partie construite. Cette parcelle, qui est située à proximité du bourg de Saint-Gondran, est bordée à l'est par une parcelle n° 266 non construite et comportant un étang également classée en A, parcelle elle-même contiguë à l'est à un ensemble de parcelles formant une étendue agricole. Si la parcelle en litige est bordée au nord, à l'ouest et sud par des parcelles supportant des habitations et classées en zone UE, cet habitat limité à moins de 10 habitations présente un caractère plus diffus en limite de bourg, de sorte qu'il ne peut être considéré que la partie classée en A constituerait une dent creuse dans un secteur d'habitation. Par suite, et alors même que la commission d'enquête a rendu un avis manifestant une absence d'opposition à un classement en zone UE de la partie de la parcelle située au droit de la zone humide, le classement contesté, compte tenu du parti d'urbanisme retenu par les auteurs du PLUI visant à maîtriser la consommation foncière pour préserver les ressources naturelles et l'activité agricole et à favoriser le développement des logements, du commerce, des équipements et des services dans le centre bourg, n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : / 1° Un rapport de présentation ; / 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; () ". Aux termes de l'article L. 151-5 du même code : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : / 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques. / 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements () le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune () ". Aux termes de l'article L. 151-8 du même code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ". Aux termes de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées. ".

8. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

9. En l'espèce, le projet d'aménagement et de développement durables fixe parmi ses orientations principales la maîtrise de la consommation foncière annuelle pour préserver les ressources naturelles et l'activité agricole, en limitant la consommation foncière annuelle à 18 ha/ an pour les logements et services, et à 7 ha/ an pour l'accueil d'entreprises et la création d'emplois. Ce projet retient également, parmi ses axes, le développement préférentiel des logements, du commerce, des équipements et des services dans le centre bourg. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la partie de parcelle en litige n'est pas située dans le centre de Saint-Gondran, mais à la sortie du bourg, dans une zone d'habitat diffus à la limite d'une zone agricole et naturelle importante. Au regard de ces orientations visant à limiter l'étalement urbain et à préserver des terres susceptibles d'être exploitées, le moyen tiré de l'incohérence entre le classement en litige et les orientations du projet d'aménagement et de développement durables doit être écarté.

En ce qui concerne l'identification d'une zone humide :

10. Aux termes de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. () / Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent. ". Aux termes de l'article R. 151-17 du même code : " Le règlement délimite, sur le ou les documents graphiques, les zones urbaines, les zones à urbaniser, les zones agricoles, les zones naturelles et forestières. / Il fixe les règles applicables à l'intérieur de chacune de ces zones () ". Enfin, aux termes de l'article R. 151-24 de ce code : " Les zones naturelles et forestières sont dites "zones N". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. ".

11. Il est loisible aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de délimiter, en particulier au sein des zones A et N, des secteurs, notamment de zones humides, qu'ils souhaitent préserver et mettre en valeur compte tenu de leur intérêt écologique ou paysager, quand bien même de tels secteurs n'auraient pas été répertoriés pour les besoins de l'application des différents dispositifs prévus par le code de l'environnement. L'appréciation de l'autorité administrative ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

12. Si M. B soutient qu'aucune étude des sols ni aucun inventaire ne permet d'identifier de zone humide sur une portion de sa parcelle, il ressort des pièces du dossier que le schéma d'aménagement et de gestion des eaux Vilaine établi en avril 2018 par l'établissement public territorial de bassin Vilaine identifie, à l'endroit indiqué, une zone de prairie humide de fond de vallée. Si le requérant fait valoir que la présence, sur la parcelle contiguë, d'un étang artificiel ne saurait justifier un classement d'une partie de sa parcelle en zone humide compte tenu de la haie et du dénivelé séparant les deux parcelles en question, l'existence d'un lien entre le classement et la présence de l'étang n'est pas démontrée, la parcelle de M. B étant plus généralement située dans une zone comportant plusieurs étangs, et à proximité d'un cours d'eau. Par suite, les auteurs du plan local d'urbanisme ont pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, classer en zone humide une partie du terrain appartenant à M. B.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 25 février 2020 du conseil communautaire de la communauté de communes du Val d'Ille-Aubigné

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes du Val d'Ille-Aubigné, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

15. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. B le versement à la communauté de communes du Val d'Ille-Aubigné de la somme de 1 500 euros sur le fondement des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la communauté de communes du Val d'Ille-Aubigné la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté de communes du Val d'Ille-Aubigné.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Gourmelon, première conseillère,

M. Desbourdes, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

V. C

Le président,

signé

O. GosselinLa greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2003194

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