jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2003327 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LEXCAP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 août 2020, le 8 février 2021,
le 9 mars 2021 et le 15 avril 2021, M. B A, représenté par Me Gwendoline Paul, avocate du cabinet Paul-Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté n°2020-11-P du 17 juin 2020 du maire de la commune de
Saint-Médard-sur-Ille portant restriction permanente des heures d'usage des biens meublés touristiques en location au titre des cérémonies ou festivités dans les rues du hameau de La Garenne ;
2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Médard-sur-Ille de lui communiquer la pétition et les plaintes des habitants ainsi que les rapports des interventions des forces de l'ordre relatives aux nuisances constatées au lieu-dit La Garenne, ayant motivé l'arrêté du 17 juin 2020 ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Médard-sur-Ille le paiement d'une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les dispositions de l'arrêté du 17 juin 2020, qui visent à restreindre de manière permanente les heures d'usage des biens meublés touristiques en location au titre des cérémonies ou festivités dans les rues du hameau de La Garenne, sont en réalité propres à sa propriété ce qui leur confère le caractère d'une décision individuelle ;
- l'arrêté du 17 juin 2020 aurait dû lui être notifié ;
- l'arrêté litigieux porte atteinte à sa liberté de disposer de ses biens et aurait donc dû faire l'objet d'une procédure contradictoire préalable, conformément aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté litigieux est intervenu à titre de sanction à son égard, compte tenu du litige qui l'oppose depuis plusieurs années au maire de la commune s'agissant des conditions dans lesquelles il a procédé à l'extension de sa maison d'habitation, située à La Garenne ;
- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, les mesures édictées par le maire étant absolues puisqu'elles s'appliquent tous les jours de la semaine, sans limitation dans le temps, l'interdiction de louer un bien de 22h à 6h ayant, en outre, pour effet de totalement empêcher sa location ;
- l'arrêté contesté porte atteinte à la liberté de disposer de son bien, et notamment en ce qu'il ne lui permet plus de le mettre en location touristique ponctuelle mais également d'en profiter pour y accueillir des réunions de famille ;
- l'arrêté litigieux est entaché d'un détournement de pouvoir ;
- les documents communiqués par la commune, dont certains n'ont aucun lien avec l'objet du litige, démontrent que l'arrêté du 17 juin 2020 a été édicté pour satisfaire les intérêts particuliers de tiers, à savoir ses voisins, et non pas un intérêt général.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 novembre 2021 et le 10 mars 2021, la commune de Saint-Médard-sur-Ille, représentée par Me Vincent Lahalle, avocat de la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de M. A le paiement d'une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'arrêté contesté a le caractère d'une mesure de police, et non d'une sanction, et constitue un acte réglementaire, ce qui ne justifiait pas de consulter préalablement M. A ;
- il n'est, en tout état de cause, pas établi que l'omission de la consultation préalable de M. A aurait privé celui-ci d'une garantie ;
- les nuisances sonores induites par les locataires de M. A sont avérées, compte tenu de la pétition et des plaintes des habitants du hameau de La Garenne et des nombreuses interventions des forces de l'ordre ;
- le différend qui oppose M. A au maire s'agissant du respect de la réglementation applicable en matière d'urbanisme est sans incidence sur la solution du litige ;
- la décision de police contestée n'est ni trop générale, ni trop absolue car elle n'interdit pas l'activité de location de l'habitation de M. A ;
- l'arrêté critiqué ne prive pas M. A de la propriété de son bien ni ne lui interdit de le louer, en ce qu'il prohibe uniquement les locations à usages festifs ou de cérémonies, seulement de 22h à 6h ;
- le maire ne saurait être tenu responsable de l'attitude du voisin de M. A, qui s'autoriserait des intrusions sur sa propriété ;
- le maire n'est pas le supérieur hiérarchique des gendarmes qui ont eu à se déplacer chez M. A, compte tenu des plaintes reçues.
Par courrier du 26 octobre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête à fin d'injonction de communication des documents ayant motivé l'arrêté du 17 juin 2020.
Vu :
- l'ordonnance n°2003328 rendue le 7 août 2020 par le juge des référés du tribunal administratif de Rennes ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment son protocole additionnel n°1 ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public,
- et les observations de Me Cazo, représentant la commune de Saint-Médard-sur-Ille.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui est domicilié au lieu-dit La Garenne à Saint-Médard-sur-Ille
(Ille-et-Vilaine), demande l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2020 par lequel le maire de la commune a décidé de réglementer l'activité de location des biens meublés touristiques.
Sur les conclusions tendant à la communication des documents ayant fondé l'arrêté litigieux :
2. M. A demande au tribunal d'enjoindre à la commune de Saint-Médard-sur-Ille de communiquer la pétition et les plaintes des habitants faisant état des nuisances sonores qui lui sont reprochées. Ces documents ayant été produits au cours de l'instance, les conclusions du requérant relatives à la communication de ces documents sont, donc, devenues sans objet.
3. Si les conclusions injonctives du requérant tendent également à la communication des rapports d'intervention des forces de l'ordre au lieu-dit La Garenne, pour des faits de nuisances sonores, une telle demande n'entre pas dans les prévisions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative permettant au juge d'adresser des injonctions à l'administration, alors au surplus qu'il n'est pas justifié qu'elle aurait été précédée d'une saisine de la Commission d'accès aux documents administratifs ainsi que le prévoient les dispositions de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, à supposer que la demande de M. A tende à ce que le tribunal ordonne la production de ces documents au titre de son pouvoir d'instruction, cette faculté, prévue par l'article R. 611-10 du code de justice administrative, constitue un pouvoir propre du juge. Par suite, et en tout état de cause, de telles conclusions sont irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / () 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ; (). ".
S'agissant de la légalité externe de l'arrêté contesté :
5. En premier lieu, M. A soutient que l'arrêté du 17 juin 2020 vise, en réalité, sa seule propriété, ce qui lui confère le caractère d'une décision individuelle qui aurait dû lui être notifiée. Les formalités de publicité de l'arrêté contesté sont, cependant, sans incidence sur sa légalité. Par suite, et en tout état de cause, le moyen allégué du caractère irrégulier des conditions dans lesquelles le requérant aurait eu connaissance de l'arrêté du 17 juin 2020 ne peut qu'être écarté.
6. En second lieu, compte tenu des plaintes dont il avait été saisi émanant de riverains, ainsi que des interventions des forces de l'ordre, le maire de la commune de Saint-Médard-sur-Ille a décidé, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, d'interdire les locations meublées à usage festif ou de cérémonies de 22 heures à 6 heures, du lundi au dimanche inclus, dans les rues du hameau de La Garenne, afin de prévenir les troubles à la tranquillité publique dont les clients de ces locations sont à l'origine. Contrairement à ce que soutient le requérant, de telles dispositions présentent le caractère d'une mesure de police à caractère général et impersonnel. Elles ne sauraient être regardées comme une sanction à son égard au motif qu'il serait le seul habitant du hameau à proposer sa propriété ponctuellement à la location touristique. Or, aucune disposition légale ou réglementaire, ni aucun principe, n'impose au maire d'organiser une procédure contradictoire préalable avant d'édicter une réglementation dans le cadre de ses pouvoirs de police générale. Dès lors, le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire, en application des dispositions des articles L. 121-1, L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, applicables aux seules décisions individuelles, doit être écarté.
S'agissant de la légalité interne de l'arrêté contesté :
7. En premier lieu, il appartient au juge administratif, saisi d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre une mesure prise en vertu des pouvoirs de police que le maire tient des dispositions précitées de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, de vérifier qu'elle est justifiée par la nécessité de prévenir ou faire cesser un trouble à l'ordre public et de contrôler son caractère proportionné en tenant compte de ses conséquences pour les personnes dont elle affecte la situation, en particulier lorsqu'elle apporte une restriction à l'exercice de droits.
8. Il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Saint-Médard-sur-Ille a été alerté par plusieurs courriels d'administrés au cours de l'année 2019 des nuisances sonores et visuelles résultant de fêtes organisées dans une des maisons du lieu-dit La Garenne, régulièrement mise en location, puis a été destinataire d'une pétition des riverains. Selon la main courante recueillie par les services de gendarmerie, l'une des voisines du requérant déclare que celui-ci met en location quatre fois par semaine en saison basse et neuf jours sur dix en saison estivale sa maison, dans laquelle sont organisées des fêtes bruyantes réunissant de très nombreuses personnes. M. A qui ne conteste pas la matérialité des faits invoqués par la commune en défense, ne saurait critiquer l'arrêté du 17 juin 2020 en se bornant à produire une attestation d'un voisin affirmant " ne jamais avoir à [se] plaindre des nuisances de la part de M. A ". En outre, l'arrêté municipal en litige ne portant que sur l'activité de locations à usage festif, sur un périmètre limité de la commune à vocation résidentielle, pendant les heures habituellement réservées au repos des habitants, ne présente pas le caractère d'une interdiction absolue. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux serait entaché d'une erreur d'appréciation.
9. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est soutenu par le requérant, l'arrêté du
17 juin 2020 ne l'empêche nullement de disposer de son bien, et notamment de le mettre en location touristique ou d'y organiser des réunions de famille. Compte tenu de la récurrence des troubles à la tranquillité publique dénoncés, l'arrêté municipal contesté, qui prévoit des mesures proportionnées à l'objectif poursuivi, ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de propriété du requérant.
10. En troisième lieu, si M. A soutient que l'un des voisins se plaignant des nuisances sonores occasionnées par la location de sa propriété serait un proche du maire et de ce que sa famille et lui-même feraient l'objet d'un harcèlement policier ciblé à la demande expresse de cet élu, il ne produit aucun élément au soutien de telles allégations. Ainsi, à défaut de précision suffisante permettant d'en apprécier le bien-fondé, un tel moyen doit être écarté.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2020 du maire de Saint-Médard-sur-Ille doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de M. A, partie perdante, le versement à la commune de Saint-Médard-sur-Ille d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées au même titre par M. A ne peuvent, en revanche, qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera à la commune de Saint-Médard-sur-Ille une somme de
1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de
Saint-Médard-sur-Ille.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vergne, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
M. Blanchard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
La rapporteure,
Signé
M. Thalabard
Le président,
Signé
G.-V. VergneLa greffière,
Signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026