jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2003417 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | HILLION |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 11 août 2020 et 5 juillet 2022, Mme B L'Herron Dumoulin, représentée par Me Hillion, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 juin 2020, notifiée le 11 juin 2020, par laquelle le directeur général de la chambre de commerce et de l'industrie métropolitaine de Bretagne a procédé à sa révocation ;
2°) d'enjoindre au directeur général de la chambre de commerce et d'industrie métropolitaine de Bretagne de la réintégrer dans ses fonctions dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la chambre du commerce et de l'industrie (CCI) de Bretagne à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 8 juin 2020 par laquelle le directeur de la CCI Métropolitaine Bretagne Ouest méconnaît les dispositions de la loi du 11 juillet 1979, désormais codifiée à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la procédure de révocation prise à son encontre constitue un détournement de procédure, la CCI souhaitant détourner la procédure de licenciement pour suppression de poste ;
- la lettre de révocation est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2020, la chambre de commerce et d'industrie de Bretagne conclut au rejet de la requête et la condamnation de Mme L'Herron Dumoulin à verser la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- l'arrêté du 25 juillet 1997 relatif au statut du personnel de l'assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie, des chambres régionales de commerce et d'industrie et des groupements interconsulaires ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Le Roux, rapporteur public,
- les observations de Me Hillion pour Mme L'Herron Dumoulin,
- et les observations de Me Lepigoche pour la CCI de Bretagne.
Considérant ce qui suit :
1. Mme L'Herron Dumoulin, est fonctionnaire, en qualité de conseillère d'entreprise chargée d'animation de la filière agroalimentaire, et affectée à la Chambre de commerce et d'Industrie (CCI) de Quimper Cornouaille depuis le 18 mars 2013. Elle a été titularisée dans ses fonctions le 18 mars 2014. Par un décret en date du 10 février 2016 portant création de la chambre de commerce et de l'industrie métropolitaine Bretagne Ouest, les anciennes CCI du Finistère ont fusionné. Mme L'Herron Dumoulin a été affectée au poste de " conseillère entreprises " à compter de juin 2019. Le 7 août 2019, Mme L'Herron Dumoulin s'est vu notifier une sanction disciplinaire consistant en un avertissement, et le 5 novembre 2019, elle a formulé une demande de cessation d'un commun accord de la relation de travail, laquelle n'a pas abouti. Par une décision du 8 juin 2020, notifiée le 11 juin suivant, Mme L'Herron Dumoulin a fait l'objet d'une procédure de révocation. Elle demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur le moyen tiré du défaut de motivation :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 CRPA : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 2° Infligent une sanction ; ( ". Aux termes de l'article 36 de cet arrêté : " Les mesures disciplinaires applicables aux agents titulaires sont : () / 5° La révocation. / Dans toute la mesure du possible, un principe de progressivité est appliqué. "
3. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que la décision de révocation d'un fonctionnaire doit être motivée par écrit.
4. Il ressort des mentions de la décision attaquée, qu'elle vise l'article 37 du statut du personnel administratif des chambres de commerce et d'industrie, mentionne la date de la commission paritaire locale du 28 mai 2020 et récapitule les faits reprochés à l'agent notamment le refus de restituer son ordinateur portable, la remise en cause de l'institution consulaire et de sa gouvernance, et les prises de parole et expressions dans les médias dans le cadre de la campagne électorale en dehors du devoir de réserve qui incombe à tout agent public. Dès lors, Mme L'Herron Dumoulin n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut de motivation.
Sur l'erreur d'appréciation
5. Aux termes de l'article 37 de l'arrêté du 25 juillet 1997 relatif au statut du personnel de l'assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie, des chambres régionales de commerce et d'industrie et des groupements interconsulaires : " Les sanctions prévues à l'article 36-2°, 3° et 5° sont prononcées par le Président de la Compagnie Consulaire ou son délégataire. Toutefois, l'exclusion temporaire sans rémunération supérieure à quinze jours et la révocation doivent être prononcées après consultation de la Commission Paritaire Locale. () / Avant toute sanction prévue à l'article 36-2°, 3°, 4° et 5°, l'agent doit pouvoir prendre connaissance de son dossier, être informé des faits qui lui sont reprochés et pouvoir présenter sa défense devant le Président de la Commission Paritaire Locale. Il peut se faire assister de tout défenseur de son choix. / Toute sanction doit être motivée et notifiée à l'agent par écrit. ".
6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. Par ailleurs, le comportement d'un fonctionnaire en dehors du service peut constituer une faute de nature à justifier une sanction s'il a pour effet de perturber le bon déroulement du service ou de jeter le discrédit sur l'administration.
En ce qui concerne le refus de restituer l'ordinateur portable :
7. Mme L'Herron Dumoulin conteste la matérialité des faits qui lui sont reprochés dans sa lettre de révocation. Elle soutient qu'elle a conservé l'ordinateur en raison du choix qui lui a été offert par son administration, de poursuivre son activité en télétravail, à la suite du confinement du 19 mars 2020, et qu'elle en a informé sa hiérarchie le jour même. Elle soutient également ne pas avoir pu rendre son matériel informatique en raison des règles gouvernementales et l'absence de production d'un justificatif de déplacement par son administration dans le contexte des consignes de sécurité sanitaire. Le 26 mars 2020, Mme L'Herron Dumoulin a été placée en dispense d'activité par le directeur général de la CCI de Bretagne et lui a fait injonction de déposer son ordinateur aux locaux de la CCI.
8. Il ressort des échanges de courriels entre la requérante et son administration, des incohérences sur la possibilité offerte aux agents de la CCI de poursuivre leurs activités en télétravail, que son administration n'a pas répondu aux demandes de la requérante concernant son statut (télétravail ou arrêt maladie), entre le 18 mars et le 26 mars 2020, date à laquelle la requérante a été placée en dispense d'activité. Il ressort également des pièces du dossier que la requérante a restitué son ordinateur cinq jours seulement après avoir été placée d'office en dispense d'activité avec sommation de restituer son ordinateur, et que, contrairement à ce que la CCI de Bretagne soutient, ce délai de restitution ne semble pas caractériser un comportement fautif compte tenu du contexte sanitaire existant à la date des faits.
En ce qui concerne la remise en cause de l'institution consulaire, de sa gouvernance et des expressions réitérées d'appréciations et de commentaires mettant en cause son supérieur hiérarchique :
9. Aux termes de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction alors applicable : " Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité () ".
10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du document que la requérante a adressé à son administration le 7 mai 2020, que Mme L'Herron Dumoulin y a évoqué des évènements de sa carrière où elle rapporte des tensions et des relations tendues avec son supérieur hiérarchique. Elle relate notamment à propos de son supérieur hiérarchique que : " M. A a eu besoin de mes services ; est-ce normal qu'à ce niveau-là de responsabilité dans cette responsabilité dans cette structure, il ne soit pas capable de gérer la relation avec les entreprises concernées par son dossier, seul ' en toute autonomie ' " et à propos de son administration que : " la dépense de l'argent public à plus de 2 M d'€ utilisation bien désastreuse de l'argent du contribuable, en terme d'image pour la CCI (la risée de tous y compris dans la presse), de compétence (choisir des gourous de consultants Gunter Pauli et les voir disparaître subitement sans explications), en terme de crédibilité (4 voyages au frais du contribuable. ". Si la matérialité de ces propos ne sont pas contestés par la requérante, ils ne portent toutefois atteinte ni à la dignité du supérieur hiérarchique de Mme L'Herron Dumoulin, ni à la probité de la CCI de Bretagne. Egalement, la décision attaquée se fonde sur une prise de position tenue publiquement par la requérante dans un article du Télégramme en date du 22 janvier 2020, où elle s'exprime en ces termes : " Il faut fluidifier les relations des entreprises avec la collectivité, pour plus de lisibilité, pour simplifier les démarches face au mille feuilles administratif nous mettons en place un guichet unique ". Contrairement à ce que la CCI Bretagne soutient en défense, ces propos tenus par la requérante ne peuvent constituer un manquement au devoir de réserve et de loyauté, ni un comportement fautif.
11. Il résulte de ce qu'il précède, que Mme L'Herron Dumoulin est fondée à soutenir que le directeur de la CCI Bretagne a commis une erreur d'appréciation en adoptant, le 8 juin 2020, une décision de révocation à son encontre, les agissements reprochés n'étant pas constitutifs d'une faute. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du directeur de la CCI Bretagne portant révocation de Mme L'Herron Dumoulin en date du 8 juin 2020, notifiée le 11 juin 2020, doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. L'exécution du présent jugement implique la réintégration de Mme L'Herron Dumoulin. Il y a lieu d'adresser une injonction en ce sens à la CCI de Bretagne et de lui impartir un délai de deux mois pour s'y conformer, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction de l'astreinte sollicitée.
Sur les frais du litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la CCI de Bretagne, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme L'Herron Dumoulin et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 8 juin 2020 par laquelle le directeur de la chambre de commerce et d'industrie de Bretagne a procédé à la révocation de Mme L'Herron Dumoulin doit être annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la chambre de commerce et d'industrie de Bretagne, de procéder à la réintégration de Mme L'Herron Dumoulin, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La chambre de commerce et d'industrie de Bretagne versera la somme de 1 500 euros à Mme L'Herron Dumoulin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la chambre de commerce et d'industrie de Bretagne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B L'Herron Dumoulin et à la chambre de commerce et d'industrie de Bretagne.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Moulinier, premier conseiller,
M. Grondin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le président,
signé
G. C
Le rapporteur le plus ancien,
signé
Y. Moulinier
La greffière,
signé
L. Garval
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine et de la région Bretagne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2003417
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026