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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2003601

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2003601

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2003601
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 21 août 2020 et 13 janvier 2021, l'association Avenir du littoral, représentée par son président M. D, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2020 par lequel le maire de Trébeurden a accordé un permis de construire à M. B C pour la reconstruction à l'identique d'un garage situé 28, route de l'île Grande ainsi que le rejet de son recours gracieux ;

2°) de déclarer les travaux d'assainissement non autorisés et prescrire une remise en état du site naturel ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Trébeurden une somme de 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

L'association soutient que :

- elle justifie d'un intérêt à agir dès lors qu'elle a pour objectif d'assurer la défense de l'environnement et du littoral de la commune de Trébeurden ;

- l'affichage du permis sur le terrain est irrégulier ;

- le dossier déposé en mairie était incomplet ;

- la superficie de la construction réalisée est supérieure à celle du projet ;

- les travaux d'assainissement réalisés sur la parcelle n° 9 n'ont pas été autorisés et traduisent la volonté du pétitionnaire de rendre habitable le garage et donc d'en changer la destination.

Par un mémoire, enregistré le 2 février 2021, M. B C conclut au rejet de la requête et à ce que l'association soit condamnée à lui verser la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens présentés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Par deux mémoires, enregistrés les 17 décembre 2020 et 22 janvier 2021, M. C demande au tribunal, en application de l'article 23-1 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958, de transmettre au Conseil d'Etat la question prioritaire de constitutionnalité relative à la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution des dispositions des articles L. 600-1-1 et L. 600-1-2 du code de l'urbanisme dans la rédaction issue de l'article 80 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique.

Par un mémoire, enregistré le 13 février 2021, l'association Avenir du littoral considère la demande présentée par M. C comme irrecevable.

Par une ordonnance du 26 février 2021, le président de la première chambre du tribunal a refusé de transmettre la question prioritaire de constitutionnalité au Conseil d'État.

Par un mémoire, enregistré le 21 décembre 2022, la commune de Trébeurden, représentée par Me Lahalle, conclut au rejet de la requête et à ce que l'association requérante soit condamnée à lui verser la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée le 14 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Terras, rapporteur ;

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public,

- et les observations de M. A, coprésident de l'association requérante et de Me Lévêque, représentant la commune de Trébeurden.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C a déposé le 30 décembre 2019 en mairie de Trébeurden une demande de permis de construire portant sur la reconstruction à l'identique d'un garage situé 28 route de l'île-Grande, que l'ancien propriétaire avait initiée sans autorisation. Par un arrêté du 17 mars 2020, le maire de Trébeurden a délivré à M. C le permis de construire sollicité. L'association Avenir du littoral a formé, le 15 juin 2020, par l'intermédiaire de son président, un recours gracieux qui a été explicitement rejeté par une décision du 22 juin 2020. Par la présente requête, l'association demande l'annulation de l'arrêté du 17 mars 2020 et de la décision ayant rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins de déclarer les travaux d'assainissement non autorisés et qu'une remise en état du site naturel soit prescrite :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire en litige concerne uniquement la reconstruction d'un garage à l'identique et que le recours gracieux formé par l'association requérante contre ledit permis ne fait pas mention d'une quelconque décision relative à des travaux d'assainissement sur la parcelle voisine cadastrée A 009. Par conséquent, faute de production d'une décision faisant grief, les conclusions tendant à déclarer les travaux d'assainissement non autorisés et qu'une remise en l'état du site naturel soit prescrite sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation du permis de construire accordé le 17 mars 2020 :

3. En premier lieu, le moyen tiré de ce que la décision en litige aurait été irrégulièrement affichée au regard des obligations fixées par le code de l'urbanisme est sans incidence sur sa légalité, dès lors que l'affichage irrégulier d'un permis de construire n'a d'incidence que sur les délais de recours contentieux.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ". La régularité de la procédure d'instruction d'un permis de construire requiert la production par le pétitionnaire de l'ensemble des documents exigés par le code de l'urbanisme. Pour autant, la circonstance que le dossier de demande ne les comporterait pas tous ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

5. En l'espèce, le dossier de demande de permis de construire comprend notamment un plan cadastral de situation, un plan de masse permettant d'identifier l'emprise de la construction envisagée, une attestation du pétitionnaire, établie à la demande de la commune, certifiant les dimensions et volumes du projet avec la construction démolie, un plan de chacune des façades, intégré à un photomontage mentionnant les dimensions de la construction, six documents photographiques permettant d'apprécier l'environnement du projet et la situation actuelle. Contrairement à ce que soutient l'association requérante, le dossier, qui décrit suffisamment les modalités d'insertion du projet dans son environnement, ne peut être regardé comme incomplet au regard des dispositions précitées de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme. Le moyen doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, si l'association requérante se prévaut d'irrégularités des travaux mis en œuvre, les conditions d'exécution d'un permis de construire sont sans incidence sur la légalité de ce dernier. A les supposer établies, les différences entre les prescriptions et la réalité des travaux entrepris relèvent de l'exécution des travaux et sont sans incidence sur la légalité du permis de construire litigieux.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 111-15 du code de l'urbanisme applicable au litige : " Lorsqu'un bâtiment régulièrement édifié vient à être détruit ou démoli, sa reconstruction à l'identique est autorisée dans un délai de dix ans nonobstant toute disposition d'urbanisme contraire, sauf si le plan local d'urbanisme ou le plan de prévention des risques naturels prévisibles en dispose autrement ". Pour l'application de ces dispositions, il convient de rechercher si l'ancienne construction a été régulièrement édifiée, si sa démolition remonte à moins de dix ans, si l'implantation de la nouvelle construction, ses dimensions et ses aménagements intérieurs et extérieurs ont fait l'objet de modifications autres que mineures et, enfin, si le PLU de la commune ne l'interdit pas.

8. D'une part, le PLU de la commune de Trébeurden autorise, en son article 5, la reconstruction à l'identique d'un bâtiment détruit ou démoli depuis moins de dix ans, sans exclure de zone particulière.

9. D'autre part, alors que l'association requérante ne peut établir de date certaine d'édification de l'ancienne construction, la commune atteste par la production de la matrice des propriétés bâties de 1943 retrouvée aux archives départementales de Saint-Brieuc que le garage existait au début de l'année 1943, c'est-à-dire antérieurement à la loi d'urbanisme n° 324 du 15 juin de la même année qui a eu pour effet d'imposer le régime du permis de construire à l'ensemble du territoire national. Il est également constant que le vieux garage démoli par l'ancien propriétaire disposait de l'ensemble de ses murs porteurs et de sa toiture et est situé sur un terrain non concerné par un risque de submersion marine selon le porter à connaissance inséré en annexe 4 du règlement du PLU de la commune de Trébeurden.

10. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. C a demandé un permis de construire afin de reconstruire à l'identique un garage existant, régulièrement édifié et démoli depuis moins de dix ans, consistant à murer les ouvertures existantes pour ne plus conserver que la porte donnant sur la parcelle cadastrée A9, prévue en aluminium, accordé le 17 mars 2020 sous réserve que la construction respecte strictement les dimensions, l'emprise au sol et la volumétrie du garage qui a été détruit. La circonstance que l'ancien garage ait connu une démolition ne saurait avoir pour effet d'interdire des travaux conduisant à augmenter l'emprise ou le volume de la construction, dès lors que ces travaux respectent les prescriptions fixées par le Plan Local d'Urbanisme et les règles d'urbanisme. Si l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme interdit en dehors des espaces urbanisés les constructions ou installations sur une bande littorale de cent mètres à compter de la limite haute du rivage ou des plus hautes eaux pour les plans d'eau intérieurs, ces dispositions n'ont pas pour objet d'interdire tout aménagement des constructions ou installations déjà existantes. Il en est de même de l'article N5 du règlement du PLU de la commune, qui, s'il interdit les constructions nouvelles à moins de quinze mètres de la départementale n° 21, n'interdit pas la modification des ouvertures des constructions existantes.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir, que l'association Avenir du littoral n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 mars 2020 par lequel le maire de Trébeurden a délivré à M. C un permis de construire, ni de la décision du 22 juin 2020, rejetant son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Trébeurden, qui n'a pas la qualité de partie perdantes verse à l'association requérante la somme qu'elle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. C et la commune de Trébeurden tendant à l'application de ces mêmes dispositions

D É C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Avenir du littoral est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de M. C et de la commune de Trébeurden présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Avenir du littoral, à M. B C et à la commune de Trébeurden.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

Le rapporteur,

signé

F. Terras

Le président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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