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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2004163

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2004163

lundi 12 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2004163
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS GUILLOTIN LE BASTARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 septembre 2020, 15 février 2023 et 20 février 2023, le syndicat des copropriétaires de la résidence " Le Castel Saint-Vincent ", représenté par Me Poilvet (SELARL Guillotin Le Bastard et Associés), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 juillet 2020 par laquelle le maire de Lamballe-Armor a refusé de mettre en œuvre les pouvoirs qu'il tient de l'article L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales afin de mettre fin au danger représenté par la falaise bordant la résidence " Le Castel Saint-Vincent " ;

2°) d'enjoindre au maire de Lamballe-Armor de mettre en œuvre les pouvoirs qu'il tient de l'article L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales en prenant sur ce fondement les mesures prescrites par l'expert dans son rapport du 17 mai 2019 ou toute autre mesure équivalente propre à assurer la sécurité des personnes et des biens, dans un délai de six mois ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lamballe-Armor la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- c'est à tort que le maire de Lamballe-Armor a refusé de mettre en œuvre les pouvoirs qu'il tient de l'article L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales dès lors que l'instabilité de la falaise représente un danger grave et que les travaux à entreprendre ont un caractère collectif ;

- il y a lieu d'enjoindre la mise en œuvre des mesures préconisées par l'expert ou des mesures équivalentes, à l'exclusion de toute mesure de moindre ampleur, comme la mise en place de filets de sécurité ou de barrières, qui seraient insuffisantes.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 octobre 2021 et 16 février 2023, la commune de Lamballe-Armor, représentée par Me Collet (SELARL ARES) conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blanchard ;

- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public ;

- et les observations de Me Poilvet, représentant le syndicat des copropriétaires de la résidence " Le Castel Saint-Vincent ", et de Me Marie, représentant la commune de Lamballe-Armor.

Considérant ce qui suit :

1. A la demande du syndicat des copropriétaires de la résidence " Le Castel Saint-Vincent ", ensemble immobilier situé sur les parcelles cadastrées section AB nos 232, 239 et 539 à Lamballe-Armor et comprenant quatre immeubles d'habitation collective, des caves en sous-sol et un parking extérieur, le juge des référés du tribunal de grande instance de Saint-Brieuc a ordonné, en 2015, une expertise relative à l'instabilité de la falaise de 9 à 12 mètres de hauteur située le long de la limite séparative sud de cet ensemble immobilier. Le rapport d'expertise, déposé le 16 mai 2019, recommandait diverses mesures de nature à prévenir les risques d'effondrement du talus et de chutes de pierres. Saisi par le syndicat des copropriétaires, le juge des référés du tribunal administratif de Rennes a, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, enjoint au maire de Lamballe-Armor, par une ordonnance du

16 janvier 2020, de faire mettre en place, au-dessus de la clôture existante, un bavolet sur une longueur de six mètres à partir de l'entrée du bâtiment A de la résidence " Le Castel

Saint-Vincent ", cette mesure comptant au nombre de celles proposées par l'expert.

2. Par courrier du 20 avril 2020, le syndicat des copropriétaires a sollicité du maire de Lamballe-Armor qu'il mette en œuvre, sur le fondement de l'article L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales, les autres mesures proposées par l'expert, ou toute autre mesure équivalente, pour prévenir toute atteinte à la sécurité des biens et des personnes du fait de l'instabilité de la falaise. Le maire de Lamballe-Armor a refusé, le 30 juillet 2020, de faire droit à cette demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour but d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () 5°) Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, () les éboulements de terre ou de rochers () ou autres accidents naturels () de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure. () ". Aux termes de l'article L. 2212-4 du même code : " En cas de danger grave ou imminent, tels que les accidents naturels prévus au 5° de l'article L. 2212-2, le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, depuis 2013, plusieurs éboulements de terre et de pierres, provenant de la falaise située en limite séparative au sud de la résidence " Le Castel Saint-Vincent ", sont intervenues et que les roches et blocs de terre éboulés ont atteint le parking de la résidence, situé dans une cour intérieure et jouxtant la falaise. L'expert a, dans son rapport, distingué trois parties de la falaise, qui sont la partie la plus occidentale, la partie intermédiaire et la partie la plus orientale, en analysant d'une manière différenciée les risques affectant chacune de ces parties et les travaux de reprise associés.

5. Il résulte des constatations de l'expert que les chutes de pierre et de terre, intervenues régulièrement depuis 2013, sont issues de la partie intermédiaire de la falaise. Si l'expert a considéré cette partie comme la plus instable, il a néanmoins relevé que, dans cette partie médiane, le talus est très pentu sans être vertical et que le pied de talus, éloigné des bâtiments, se situe au niveau de la cour intérieure et des places de stationnement. Au pied de cette partie médiane, une clôture grillagée de deux mètres de hauteur a été mise en place pour retenir la terre et les pierres se décrochant de la falaise, protection qui n'a pas été jugée insuffisante par l'expert à cet endroit. Ainsi, l'instabilité de la partie intermédiaire ne présente pas un risque de chute verticale de pierres ou de terre susceptibles d'atteindre les bâtiments, mais seulement d'éboulement le long du talus et sur le sol de la cour de stationnement. Il résulte du rapport d'expertise que des travaux de reprise sont proposés au sujet de cette partie de la falaise, consistant en une purge des terres de mauvaise qualité, en la vidange de deux poches d'eau en crête de talus et en diverses mesures visant à améliorer le drainage des eaux de pluie et eaux usées des propriétés situées en haut de la falaise. Toutefois, alors que l'expert avait reçu mission de se prononcer sur les désordres affectant la falaise et leur éventuelle imputabilité aux constructeurs de la résidence, sans être appelé à examiner la gravité ou l'imminence des risques induits par ces désordres, il n'indique pas que les risques d'éboulement de terre et de pierres sur la cour intérieure constitueraient, à cet endroit, un danger grave ou imminent pour la sécurité des biens et des personnes. Dès lors, compte tenu de la configuration des lieux ainsi que des mesures de précaution déjà en place, aucun danger grave ou immédiat, nécessitant que le maire prescrive la réalisation en urgence, aux frais de la commune, de travaux de sécurisation, n'est établi s'agissant de la partie médiane de la falaise.

6. S'agissant de la partie orientale de la falaise, il ressort du rapport d'expertise que le massif présente une bonne stabilité mais aussi un risque " avéré, récurrent, avec une occurrence rare favorisée par les aléas de cycles gel/dégel ". Des chutes de pierre atteignant la partie supérieure de la clôture grillagée de deux mètres ont été constatées, laissant craindre que des pierres tombent au-delà de cette clôture. Si l'accès de la partie située entre le bâtiment A, situé le plus à l'est de l'ensemble immobilier, et la falaise a été fermé par une porte grillagée avec serrure, le risque, selon l'expert, était réel pour la sécurité des personnes, à proximité de l'entrée du bâtiment A, sur une zone de six mètres à partir de la porte de ce bâtiment où le pied de falaise est très proche de la clôture et où la paroi est " subverticale avec un léger surplomb " en raison de la présence d'un éperon rocheux. L'expert a estimé qu'un tel risque pouvait être prévenu par la mise en place d'un bavolet sur le sommet de la clôture, au niveau de cette zone de six mètres. Il est toutefois constant que ce bavolet a été installé par la commune de Lamballe-Armor, en exécution de l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Rennes du

16 janvier 2020. Dès lors que l'expert ne fait pas état d'un danger représenté par le reste de la partie orientale de falaise et se borne à proposer d'assurer un contrôle visuel et un retrait manuel " des éléments éventuellement en cours de décrochement " dans le cadre de la maintenance de la résidence, il n'est pas davantage établi que, à la date de la décision attaquée, cette partie de la falaise représentait un danger grave ou imminent.

7. S'agissant enfin de la partie occidentale de la falaise, il ressort des constatations de l'expert que le talus, presque à la verticale, est bien consolidé et sec mais présente une forte sensibilité à l'eau et un risque important d'effondrement en cas d'arrivée massive d'eau. Toutefois, l'expert a relevé que la stabilité de la zone a, jusqu'à maintenant, pu globalement être assurée par la végétation qui recouvre la partie supérieure et que la zone ne présentait pas de désordre depuis trois ans, à la date des opérations d'expertise. S'il fait état de la nécessité de conforter la falaise à cet endroit, dans son diagnostic initial, il ne propose pas toutefois de travaux de reprise concernant cette partie de la falaise et ne fait pas davantage état d'un danger pour les biens et les personnes du fait d'éboulements en provenance de cette portion de falaise.

8. Dans ces conditions et alors que le syndicat requérant ne produit aucune pièce de nature à remettre en cause l'appréciation portée par l'expert judiciaire sur les risques représentés par les différentes parties de la falaise, le maire de Lamballe-Armor n'a pas méconnu l'article

L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales en considérant que la situation n'appelait pas la réalisation en urgence, aux frais de la commune, de travaux de sécurisation. Il reste loisible au maire de Lamballe-Armor de mettre en œuvre les pouvoirs qu'il tient du 5° de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales pour prescrire aux personnes concernées par les désordres menaçant la stabilité de la falaise litigieuse les mesures de nature à y remédier. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction présentées par le syndicat requérant, et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du syndicat des copropriétaires de la résidence " Le Castel Saint-Vincent " la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Lamballe-Armor, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Lamballe-Armor, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le syndicat des copropriétaires demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête du syndicat des copropriétaires de la résidence " Le Castel Saint-Vincent " est rejetée.

Article 2 : Le syndicat des copropriétaires de la résidence " Le Castel Saint-Vincent " versera la somme de 1 500 euros à la commune de Lamballe-Armor sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de la résidence " Le Castel Saint-Vincent " et à la commune de Lamballe-Armor.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vergne, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

A. Blanchard

Le président,

signé

G.-V. Vergne

La greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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