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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2004243

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2004243

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2004243
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS CALLON AVOCAT & CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2020, M. A C, représenté par la SELARL Callon Avocat et Conseil, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la délibération du 27 janvier 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat de cette communauté d'agglomération, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération le versement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le règlement graphique classe son terrain cadastré section A nos 1381 à 1386 à Bobital en zone agricole ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme en ce que le classement de son terrain en zone agricole est incohérent avec le projet d'aménagement et de développement durables.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2021, la communauté d'agglomération Dinan Agglomération, représentée par la SELARL Arès, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant le versement de la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, à défaut pour le requérant de justifier de son intérêt à agir ;

- elle est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n° 2015-1783 du 28 décembre 2015 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Hipeau, de la SELARL Arès, représentant la communauté d'agglomération Dinan Agglomération.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 13 mars 2017, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération a prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat de cette communauté d'agglomération créée le 1er janvier 2017. Par une délibération du 25 mars 2019, il a tiré le bilan de la concertation et arrêté le projet de plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat. Il a été décidé, par une délibération du 25 mars 2019, d'appliquer les articles R. 151-1 à R. 151-55 du code de l'urbanisme. Par une délibération du 22 juillet 2019, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération a à nouveau arrêté le projet de plan. L'enquête publique s'est déroulée entre les 12 août et 20 septembre 2019. Le 27 janvier 2020, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local d'urbanisme par une délibération dont le requérant demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; / 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune. / Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. () ". Aux termes de l'article L. 151-8 du même code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ".

3. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

4. Le projet d'aménagement et de développement durables poursuit l'objectif de " répondre aux enjeux actuels d'un territoire, qu'il s'agisse du développement économique, de l'habitat, des déplacements ou de l'environnement ". Il relève que " la préservation du maillage communal s'accompagnera : / - d'une politique de développement urbain résidentiel plus économe en espace et préservant la morphologie des formes traditionnelles des bourgs et villages ; / - d'une politique de développement urbain recentrée autour des bourgs et hameaux ; / d'une politique de maintien des équipements et des services de proximité ; / - d'une volonté de développer l'offre de transports alternatifs à l'automobile, notamment pour l'accès aux équipements et services du territoire ; / - d'une recherche de diversification de l'offre d'habitat " et ajoute que " le projet de territoire vise à préserver le petit patrimoine bâti et vernaculaire. Ainsi, les éléments tels que les ensembles architecturaux remarquables, anciennes maisons bourgeoises, bâtiments d'architecture traditionnelle, patrimoine religieux, etc. feront l'objet d'une identification et de mesures de protection ".

5. Le projet d'aménagement et de développement durables relève par ailleurs qu'" hors zone urbaine existante, l'urbanisation diffuse ainsi que l'urbanisation en chapelet de faible profondeur seront abandonnées au profit du maintien des zones agricoles, naturelles et des coupures d'urbanisation ". Il précise notamment que " le territoire de Dinan Agglomération entend mener une politique forte en matière de développement durable, de respect de l'environnement et des espaces agricoles. A l'échelle de la production de logements, cela passe autant par les règlementations (qualité énergétique des logements neufs, réglementations thermiques, réhabilitation du parc ancien) que par une limitation de la consommation foncière (consommation de terres agricoles ou forestières) ".

6. Il résulte du règlement graphique que le terrain appartenant à M. C comprenant les parcelles cadastrées section A nos 1381 à 1386 à Bobital est classé en zone agricole A du plan local d'urbanisme intercommunal.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment des photographies aériennes produites, que ce terrain, qui comprend des constructions, est bordé de l'autre côté de la voie qu'il longe à l'est, à l'ouest, au sud-ouest et à l'est, de terrains agricoles, lesquels s'ouvrent eux-mêmes, à l'ouest et au sud-est, sur un espace agricole plus vaste. Ce terrain est par ailleurs situé en bordure d'un secteur comprenant une dizaine de constructions implantées de manière diffuse. M. C soutient que le classement de son terrain en zone agricole est incohérent avec les objectifs posés par le projet d'aménagement et de développement durables mentionnés au point 4 de renforcer l'habitat et de privilégier un développement urbain recentré autour des bourgs et hameaux. Il fait valoir qu'il dispose d'un plan de rénovation et de valorisation de son bâti en vue de réhabiliter une maison bourgeoise ancienne et de créer de l'habitat. Toutefois, à supposer même que le secteur construit en cause puisse être regardé comme un hameau, il résulte des extraits du projet d'aménagement et de développement durables cités au point 5 que les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal entendent également abandonner l'urbanisation diffuse et mener une politique forte en matière de développement durable passant, s'agissant de la production de logements, par une limitation de la consommation foncière. Or le classement en zone agricole de ce secteur répond à ces derniers objectifs. Par ailleurs, un classement en zone agricole n'est pas incohérent avec le parti pris de préserver le petit patrimoine bâti, les pièces versées au dossier ne permettant au demeurant pas d'établir la présence sur le terrain de M. C d'une ancienne maison bourgeoise. Enfin, et en tout état de cause, la cohérence entre le règlement graphique et le projet d'aménagement et de développement durables devant être appréciée à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, le classement du seul terrain appartenant à M. C ne peut à lui seul être regardé comme étant de nature à établir une incohérence à cet égard. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme en raison de l'incohérence du règlement graphique avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durables doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article R. 151-17 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite, sur le ou les documents graphiques, les zones urbaines, les zones à urbaniser, les zones agricoles, les zones naturelles et forestières. / Il fixe les règles applicables à l'intérieur de chacune de ces zones dans les conditions prévues par la présente section ". Aux termes de l'article R. 151-22 du même code : " Les zones agricoles sont dites "zones A". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". Une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.

9. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A ce titre, ils peuvent identifier et localiser des éléments de paysage et définir des prescriptions de nature à assurer leur protection. Ce faisant, ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des divers secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

10. Ainsi qu'il a été dit au point 7, le terrain de M. C se situe dans le prolongement d'une zone agricole étendue. S'il se trouve en bordure d'un secteur comprenant une dizaine de constructions implantées de manière diffuse, ce secteur classé en zone A ne peut lui-même être regardé comme situé en continuité du bourg de Bobital ou d'un autre secteur urbanisé. De plus, alors même que le terrain accueille notamment une bâtisse, il comprend un jardin dont il ne ressort pas des pièces du dossier, y compris au regard de ses dimensions, qu'il serait dépourvu de tout potentiel agronomique, biologique ou économique. La circonstance qu'il n'a jamais abrité d'exploitation agricole est par ailleurs sans incidence sur la légalité de son classement en zone agricole. Dans ces conditions, compte tenu tant des caractéristiques du terrain et de sa localisation que du parti retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal de modération de la limitation de la consommation foncière, ces derniers n'ont pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en classant le terrain en litige en zone agricole A.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par la communauté d'agglomération Dinan Agglomération, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 27 janvier 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat de cette communauté d'agglomération, ainsi que de la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée à ce titre par M. C.

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C le versement de la somme de 1 500 euros à la communauté d'agglomération Dinan Agglomération au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera à la communauté d'agglomération Dinan Agglomération la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la communauté d'agglomération Dinan Agglomération.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

C. B

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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