vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2004259 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS POLYTHETIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 5 octobre 2020, le 8 septembre 2021 et le 24 décembre 2021, Mme B A, représentée par la SELARL Polythetis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 avril 2020 par lequel le maire de la commune de Camoël lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif pour la construction d'une maison à usage d'habitation sur un terrain cadastré section AK n° 94, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Camoël le versement de la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le certificat d'urbanisme a été signé par une autorité incompétente ;
- le certificat d'urbanisme été pris sur le fondement de la délibération du 17 janvier 2017 approuvant le plan local d'urbanisme de la commune et classant le terrain en zone Na, laquelle est entachée dans cette mesure d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le certificat d'urbanisme est entaché d'erreur de droit liée une violation du champ d'application de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme en faisant à tort application de la loi littoral à une parcelle éloignée du littoral ;
- le certificat d'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation : le lieu-dit Le Pontrel est une agglomération ou un village au sens des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 4 mai 2021 et le 29 septembre 2021, la commune de Camoël, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Echardour, de la SELARL Polythetis, représentant Mme A, et de Me Colas, de la SELARL Lexcap, représentant la commune de Camoël.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est propriétaire d'une parcelle cadastrée section AK n° 94 située au lieu-dit Le Pontrel à Camoël. Elle a déposé, le 5 février 2020, une demande de certificat d'urbanisme relatif à la construction d'une maison à usage d'habitation d'une surface de plancher de 80 m² sur cette parcelle. Le 2 avril 2020, le maire de la commune de Camoël lui a délivré un certificat mentionnant que le terrain en cause ne pouvait être utilisé pour la réalisation de l'opération envisagée aux motifs que le projet ne respecte par le règlement de la zone Na du plan local d'urbanisme de la commune approuvé le 17 janvier 2017 ni les dispositions de l'article L. 121-18 du code de l'urbanisme dès lors qu'il n'est pas situé en continuité avec une agglomération ou un village. Par un courrier du 8 juin 2020, notifié le 12 juin 2020, Mme A a formé un recours gracieux contre cette décision qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Mme A demande l'annulation du certificat d'urbanisme du 2 avril 2020, ainsi que de la décision portant rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, le maire de la commune de Camoël a régulièrement donné délégation, par un arrêté du 11 septembre 2015, à M. C, deuxième adjoint et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins, notamment, de signer les certificats d'urbanisme. Cet arrêté a été régulièrement affiché en mairie à partir du 15 septembre 2015 pour une durée d'un mois et transmis au contrôle de légalité le 14 septembre 2015. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 151-17 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite, sur le ou les documents graphiques, les zones urbaines, les zones à urbaniser, les zones agricoles, les zones naturelles et forestières. / Il fixe les règles applicables à l'intérieur de chacune de ces zones dans les conditions prévues par la présente section ". Aux termes de l'article R. 151-24 du même code : " Les zones naturelles et forestières sont dites "zones N". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".
4. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan local d'urbanisme, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils peuvent être amenés à maintenir ou classer en zone naturelle, pour les motifs de protection énoncés ci-dessus, un secteur, même équipé, qu'ils entendent soustraire pour l'avenir à l'urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
5. Le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du plan local d'urbanisme de la commune de Camoël fixe comme orientation n° 2 de " générer un développement urbain économe en foncier ", se déclinant en trois objectifs, dont celui de " poursuivre le développement urbain en s'appuyant sur les polarités actuelles tout en privilégiant le bourg ". Si au sein de cet objectif, le PADD évoque le secteur urbanisé du Pontrel, il précise que ce secteur ne pourra pas s'étendre conformément à la loi littoral. Le PADD comporte également une orientation n° 3 visant à " garantir la préservation du cadre de vie de la commune ", notamment par la protection du patrimoine naturel.
6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des plans et photographies produits, que la parcelle cadastrée section AK n° 94 appartenant à Mme A se trouve à l'extrême ouest du lieu-dit Le Pontrel dont elle est séparée par une parcelle boisée. La parcelle en litige s'ouvre sur ses trois autres côtés sur de vastes espaces naturels et est entourée par une haie à préserver. Elle est en outre située à proximité d'un cours d'eau et d'une zone humide. Les circonstances qu'une parcelle au sud soit construite, que la parcelle ne soit pas située dans un espace naturel protégé, qu'il n'existe pas d'exploitation forestière sur la parcelle et qu'elle soit desservie par les réseaux ne font pas obstacle à son classement en zone naturelle eu égard à la vocation de cette zone.
7. Il résulte de ce qui précède, compte tenu tant des caractéristiques du terrain concerné par le certificat d'urbanisme en litige que du parti d'urbanisme retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme, que le moyen tiré de l'erreur manifeste dont serait entaché son classement en zone Na délimitant les parties du territoire affectées à la protection stricte des sites, des milieux naturels et des paysages doit être écarté.
8. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 321-2 du code de l'environnement : " Sont considérées comme communes littorales, au sens du présent chapitre, les communes de métropole et des départements d'outre-mer : / () 2° Riveraines des estuaires et des deltas lorsqu'elles sont situées en aval de la limite de salure des eaux et participent aux équilibres économiques et écologiques littoraux. La liste de ces communes est fixée par décret en Conseil d'Etat, après consultation des conseils municipaux intéressés () " et aux termes de son article R. 321-1 : " Sont considérées comme communes littorales au sens du 2° de l'article L. 321-2 les communes riveraines d'un estuaire ou d'un delta désignées ci-après : / () 8° Dans le département du Morbihan : Arzal et Camoël () ".
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative
les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. () ".
10. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative chargée de se prononcer sur une demande d'autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la conformité du projet avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral, notamment celles de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme qui prévoient que l'extension de l'urbanisation ne peut se réaliser qu'en continuité avec les agglomérations et villages existants. A ce titre, l'autorité administrative s'assure de la conformité d'une autorisation d'urbanisme avec l'article L. 121-8 de ce code compte tenu des dispositions du schéma de cohérence territoriale applicable, déterminant les critères d'identification des villages, agglomérations et autres secteurs déjà urbanisés et définissant leur localisation, dès lors qu'elles sont suffisamment précises et compatibles avec les dispositions législatives particulières au littoral.
11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le schéma de cohérence territoriale de Cap Atlantique approuvé le 29 mars 2018, qui précise les modalités d'application de la loi littoral et dont les dispositions ne sont pas incompatibles avec elle n'identifie pas le secteur de Pontrel au titre des agglomérations ou villages.
12. Il résulte en outre de l'instruction que le lieudit Le Pontrel est implanté sur le territoire de la commune littorale de Camoël, à une distance d'environ 500 mètres du centre-bourg dont il est séparé par de vastes parcelles présentant un caractère agricole et naturel. Si le secteur comporte une cinquantaine de constructions, celles-ci sont implantées sur des parcelles de superficies importantes et plusieurs parcelles y sont non bâties ou boisées. Le secteur est de surcroît caractérisé par une absence d'organisation particulière de l'implantation des constructions au bord des routes le traversant. Ce secteur, soumis aux dispositions de la loi littoral, ne présente ainsi pas un nombre et une densité significatifs de constructions permettant de le regarder comme étant une agglomération ou un village existant au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.
13. Par suite, une éventuelle construction au sein ou, a fortiori, en continuité de ce lieu-dit est de nature à constituer une extension de l'urbanisation, laquelle ne pouvait pas être autorisée sans méconnaître les dispositions de l'article précité. Il en résulte que c'est sans erreur de droit ni erreur d'appréciation que le maire de la commune de Camoël a estimé que le projet de Mme A méconnaissait les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. La circonstance que le terrain d'assiette du projet serait situé à 1,8 kilomètre des rives de la Vilaine étant sans incidence sur la mise en œuvre de ces dispositions qui sont applicables à tout terrain situé sur le territoire d'une commune littorale.
14. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation du certificat d'urbanisme attaqué ou de la décision portant rejet de son recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mis à la charge de la commune de Camoël, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme demandée à ce titre par Mme A.
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Camoël sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Mme A versera 1 500 euros à commune de Camoël au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Camoël.
Délibéré après l'audience du 17 mars 2023 à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
Mme Plumerault, première conseillère,
M. Bozzi, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.
La rapporteure,
signé
F. D
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026