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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2004453

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2004453

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2004453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS GOUTAL, ALIBERT & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2020, M. A Diarra, représenté par Me Matel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 mai 2020 par laquelle le président du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Morbihan a refusé de renouveler son contrat à durée déterminée de trois ans conclu le 21 août 2017 en qualité d'ingénieur hygiène et sécurité, ainsi que la décision du 11 août 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Morbihan la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle est fondée sur des motifs étrangers à l'intérêt du service dans la mesure où, d'une part, ses compétences professionnelles n'ont jamais été remises en cause depuis 2017, d'autre part, les reproches émis dans la décision attaquée, sont infondés et n'ont jamais été formulés auparavant et, enfin, cette décision est motivée par la plainte pénale qu'il a, avec trois autres agents du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Morbihan, déposée à l'encontre du président de cet établissement, de sa directrice générale des services, de son directeur général adjoint et du directeur du pôle Qualité de vie en poste jusqu'au 17 décembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2021, le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Morbihan, représenté par le cabinet d'avocats Goutal Alibert et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. Diarra au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme René,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Alibert, représentant le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Morbihan.

Considérant ce qui suit :

1. M. Diarra a été recruté par le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Morbihan en qualité d'ingénieur contractuel à temps complet par un contrat à durée déterminée de trois ans à effet au 21 août 2017. Par un courrier du 30 avril 2020, le président du centre de gestion a informé M. Diarra de son intention de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée. Par courrier du 15 mai 2020, il l'a informé de sa décision de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée. Par un courrier du 24 juin 2020, l'intéressé a présenté un recours gracieux contre cette décision, qui a fait l'objet d'une décision de rejet du 11 août 2020. Par la présente requête, M. Diarra demande au tribunal d'annuler les décisions des 15 mai et 11 août 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat, ni d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.

3. Pour refuser de renouveler le contrat à durée déterminée de M. Diarra, le président du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Morbihan s'est fondé sur l'insuffisance professionnelle de l'intéressé tenant à l'absence d'atteinte des objectifs qui lui avaient été assignés en tant que responsable du pôle prévention et ergonomie ainsi qu'à son comportement inapproprié et son incapacité à adopter un comportement compatible avec l'intérêt du service.

4. Il ressort des pièces du dossier que si le premier compte-rendu d'entretien professionnel de M. Diarra établi par le directeur du pôle Qualité de vie au travail de l'année 2017 ne mentionne pas de difficulté particulière le concernant, le suivant, de l'année 2018, évoque notamment des difficultés tenant à son positionnement en tant qu'encadrement intermédiaire et à l'adaptation aux changements d'orientation prises. Le compte-rendu d'entretien professionnel pour l'année 2019, incomplet en raison du départ de M. Diarra en cours d'entretien, relève des difficultés récurrentes de positionnement vis-à-vis de la direction de pôle quant à la traduction des objectifs et l'attitude managériale. Il évoque des " attitudes parfois peu constructives, voire contestataires ", quelques marques d'irrespect vis-à-vis de sa hiérarchie, le fait qu'il accepte peu le changement d'orientations et de se remettre en question, et, au cours de l'entretien, une remise en cause de la légitimité de l'action du directeur en matière de suivi des indicateurs financiers, d'atteinte des objectifs de la " mission d'ACFI [agent chargé de la mission d'inspection] ", alors que cette évaluation est du seul ressort de la directrice générale des services. M. Diarra, qui invoque l'animosité à son égard du directeur du pôle qualité de vie au travail et indique dans sa requête avoir saisi la commission administrative paritaire en vue de la révision de l'évaluation dont il a fait l'objet pour l'année 2019, n'apporte pas de précision sur les suites données à sa demande.

5. Le compte-rendu de l'entretien professionnel de l'année 2019 fait par ailleurs état d'une atteinte insuffisante des objectifs chiffrés attribués au service prévention et ergonomie, en particulier s'agissant de l'action " E21 DU " relative à l'aide à la réalisation du document unique d'évaluation des risques professionnels. Il précise que seuls huit rapports commandés relevant de cette action ont été achevés, représentant 193 heures de travail facturées alors que l'objectif annuel pour 2019 était de 1 445 heures facturées. Le compte-rendu d'entretien professionnel de l'année 2018 évoquait déjà les difficultés rencontrées par M. Diarra dans la traduction des objectifs de la direction en objectifs opérationnels et dans le respect des délais concernant les envois des rapports. Sur ces points, M. Diarra ne formule aucune observation de nature à remettre en cause les insuffisances constatées.

6. Si le requérant conteste certains des reproches qui lui sont adressés dans la décision attaquée, en particulier quant aux déficits financiers de certaines des politiques publiques facultatives du département dont son service à la charge, il n'apporte en revanche pas d'explication aux critiques tenant à l'insuffisance quantitative des actions menées par ce pôle au regard de ses effectifs et au caractère excessif des délais de transmission des rapports aux collectivités, ces griefs ayant déjà été évoqués lors des entretiens professionnels dont il a bénéficié.

7. Par ailleurs, alors que M. Diarra produit seulement une attestation et une note de l'un des agents placés sous sa direction, conseiller en prévention, exposant ses qualités en tant qu'encadrant et évoquant des conditions de travail dégradées au sein du centre de gestion, il ressort des pièces du dossier que plusieurs autres agents du conseil de gestion de la fonction publique territoriale du Morbihan se sont à l'inverse plaint de l'attitude de M. Diarra, remettant régulièrement en cause les orientations prises par ses supérieurs hiérarchiques et adoptant une attitude inappropriée avec certains de ses collègues, s'agissant notamment de son comportement suite à la décision du centre de gestion, qu'il a contestée, de faire externaliser la réalisation de son document unique, de son attitude avec la chargée de mission en organisation rattachée à la direction du centre de gestion, devenue directrice générale adjointe des services, à l'occasion d'entretiens réalisés les 12 novembre 2018 et 24 juillet 2019 ou encore de sa réaction excessive après le dépôt sur son bureau d'un avis de contravention de stationnement avec un véhicule de service par le directeur général adjoint des services alors en poste.

8. Ainsi, au regard des comptes-rendus d'entretiens professionnels de M. Diarra, corroborés par les autres pièces produites en défense, les éléments apportés par le requérant ne sont pas de nature à remettre en cause le constat de l'insuffisance de certains de ses résultats professionnels et de ses difficultés relationnelles récurrentes envers sa hiérarchie.

9. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige trouverait son origine dans la plainte pour harcèlement moral et violences volontaires d'ordre psychologique déposée par le requérant le 7 février 2020, dont ce dernier n'a d'ailleurs pas informé le tribunal des suites qui y ont été données.

10. Dans ces conditions, indépendamment d'éventuels problèmes dans l'organisation ou le fonctionnement du centre de gestion invoqués par le requérant qui ne permettent en tout état de cause pas de justifier l'ensemble des points qui lui sont reprochés, le président du centre de gestion a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, décider de ne pas renouveler le contrat de M. Diarra pour un motif tiré de l'intérêt du service.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. Diarra doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Morbihan, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige.

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. Diarra le versement d'une somme au centre de gestion de la fonction publique territoriale du Morbihan en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. Diarra est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Morbihan au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A Diarra et au centre de gestion de la fonction publique territoriale du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Thielen, première conseillère,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

C. René

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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