vendredi 18 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2004804 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 novembre 2020, M. A C représenté par Me Baron demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2020 par lequel le maire de Jugon-les-Lacs l'a placé à la retraite pour invalidité à compter du 25 octobre 2019 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Jugon-les-Lacs la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est fondé sur des faits matériellement inexacts ;
- il été pris en méconnaissance de l'obligation de reclassement de la commune ; il n'a pas bénéficié d'une préparation au reclassement.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2021, la commune de Jugon-les-Lacs représentée par la selarl cabinet Coudray conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;
- le décret n° 2019-172 du 5 mars 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Roquet, représentant de la commune de Jugon-Les-Lacs. .
Considérant ce qui suit :
1. Le 30 septembre 2015, M. C, adjoint technique principal de 1ère classe au sein des services techniques de la commune de Jugon-les-Lacs a été victime d'un accident de service à l'origine d'un traumatisme de la main gauche et dont il a été déclaré consolidé le 30 novembre 2016 avec une incapacité permanente partielle de 3%. L'intéressé a repris ses fonctions le 9 août 2017 et a été victime le 30 janvier 2018 d'un nouvel accident de service lui occasionnant une plaie des doigts de la main gauche, à la suite duquel il a été placé en congé de maladie puis en disponibilité à compter du 23 mars 2019. Par l'arrêté attaqué du 15 juillet 2020, M. C a été placé en retraite pour invalidité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi, emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé. " Aux terme de l'article 85-1 de cette loi : " Le fonctionnaire à l'égard duquel une procédure tendant à reconnaître son inaptitude à l'exercice de ses fonctions a été engagée a droit à une période de préparation au reclassement avec traitement d'une durée maximale d'un an. Cette période est assimilée à une période de service effectif. Pendant son congé pour raison de santé, le fonctionnaire peut, sur la base du volontariat et avec l'accord de son médecin traitant, suivre une formation ou un bilan de compétences. Pendant cette période, l'agent peut également être mis à disposition du centre de gestion pour exercer une mission définie au deuxième alinéa de l'article 25 de la présente loi. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, dans sa rédaction issue du décret du 5 mars 2019 instituant une période de préparation au reclassement au profit des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, le fonctionnaire peut être affecté dans un autre emploi de son grade après avis de la commission administrative paritaire. () ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'autorité territoriale ou le président du Centre national de la fonction publique territoriale ou le président du centre de gestion, après avis du comité médical, propose à l'intéressé une période de préparation au reclassement en application de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. L'agent est informé de son droit à une période de préparation au reclassement dès la réception de l'avis du comité médical, par l'autorité territoriale dont il relève. / La période de préparation au reclassement débute à compter de la réception de l'avis du comité médical si l'agent est en fonction ou à compter de sa reprise de fonction si l'agent est en congé de maladie lors de la réception de l'avis du comité médical. / La période de préparation au reclassement prend fin à la date de reclassement de l'agent et au plus tard un an après la date à laquelle elle a débuté. Toutefois, l'agent qui a présenté une demande de reclassement peut être maintenu en position d'activité jusqu'à la date à laquelle celui-ci prend effet, dans la limite de la durée maximum de trois mois mentionnée à l'article 3. () ". Aux termes de l'article 2-1 du même décret : " La période de préparation au reclassement a pour objet de préparer et, le cas échéant, de qualifier son bénéficiaire pour l'occupation de nouveaux emplois compatibles avec son état de santé, s'il y a lieu en dehors de sa collectivité ou son établissement public d'affectation. Elle vise à accompagner la transition professionnelle du fonctionnaire vers le reclassement. / La période de préparation au reclassement peut comporter, dans l'administration d'affectation de l'agent ou dans toute administration ou établissement public mentionnés à l'article 2 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, des périodes de formation, d'observation et de mise en situation sur un ou plusieurs postes. / Pendant la période de préparation au reclassement, le fonctionnaire est en position d'activité dans son corps ou cadre d'emplois d'origine et perçoit le traitement correspondant. "
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le 13 septembre 2018 le comité médical départemental s'est prononcé en faveur d'une inaptitude totale et définitive de M. C à l'exercice de ses fonctions à l'issue de son congé de maladie ordinaire et a préconisé son reclassement professionnel. Dans le cadre de l'expertise médicale réalisée le 23 mai 2019, la rhumatologue agréée, a relevé que M. C, droitier, présentait une légère raideur articulaire douloureuse du majeur gauche avec flexum de 10° et a estimé que celui-ci était définitivement inapte aux fonctions exercées, lesquelles consistaient essentiellement en des travaux de jardinage. Par un avis du 24 octobre 2019 la commission de réforme tout en mentionnant dans les rubriques réservées à cet effet que l'agent était inapte de manière définitive à exercer toutes fonctions, s'est prononcée en défaveur de son placement en retraite en précisant que l'intéressé pouvait travailler. Interrogée par la collectivité à la demande de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL) aux fins d'expliciter son avis aux indications contradictoires, cette instance a le 20 février 2020 indiqué que M. C s'était présenté le 24 octobre 2019 devant la commission et avait exprimé sa volonté de retravailler ajoutant qu'il n'existait pas de contre-indication médicale. Saisie à nouveau aux fins de mise en cohérence des différentes mentions de son avis, la commission de réforme s'est, par un nouvel avis émis le 18 juin 2020, prononcée en faveur d'une inaptitude totale et définitive de M. C à ses fonctions et à toutes fonctions. Toutefois, au soutien de cet avis, la commission de réforme s'est fondée sur l'expertise précitée de la rhumatologue agréée dont elle indique à tort qu'elle a conclu à une inaptitude à toutes fonctions au sein de la collectivité, alors, ainsi qu'il a été dit, que ce praticien a seulement conclu à l'inaptitude de M. C à ses fonctions. Par ailleurs la commission de réforme s'est également fondée sur la circonstance qu'aucun reclassement n'avait pu aboutir au sein de la collectivité sans se prononcer sur l'aptitude physique de M. C à occuper un emploi dans le cadre d'un reclassement. Dans ces conditions, M. C ne peut être regardé, contrairement à ce que soutient la commune de Jugon-les-Lacs, comme présentant une inaptitude absolue et définitive à toute fonctions, mais comme étant seulement inapte à exercer ses fonctions.
4. D'autre part, les dispositions du décret du 30 septembre 1985, dans leur version résultant du décret du 5 mars 2019 susvisé entré en vigueur le 8 mars 2019 sont d'application immédiate et régissaient ainsi la situation M. C, dont la procédure de reclassement était encore en cours à cette date, ainsi qu'en atteste les démarches engagées le 14 mars 2019 aux fin de réalisation d'un bilan-médico professionnel par le centre de bilan de compétence, les réunions organisées avec le centre de gestion de la fonction publique territoriale les 2 mai 2019 et 21 juin 2019 ainsi que la synthèse du bilan médico professionnel datée de juillet 2019 concluant à la possibilité d'une reconversion professionnelle de M. C vers des métiers en lien avec le développement durable, l'environnement ou l'écologie. Dès lors, en ne mettant pas en œuvre la procédure de préparation au reclassement prévue par les dispositions citées au point 2, et sollicitée par l'agent, la commune de Jugon-les-Lacs, qui ne démontre pas qu'elle se serait trouvée dans l'impossibilité d'obtenir un avis du comité médical, ni ne peut se prévaloir de la circonstance qu'aucun emploi susceptible d'être occupé par M. C dans le cadre d'un reclassement n'était disponible en son sein, a méconnu les dispositions des article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 et 2 du décret du 30 septembre 1985.
5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que l'arrêté du 15 juillet 2020 prononçant le placement en retraite pour invalidité de M. C doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Jugon-les-Lacs la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de cet article faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de la partie perdante les frais exposés par l'autre partie et non compris dans les dépens, il y a lieu de rejeter la demande présentée par la commune de Jugon-les-Lacs sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 15 juillet 2020 du maire de Jugon-les-Lacs est annulé.
Article 2 : La commune de Jugon-les-Lacs versera à M. C la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Jugon-les-Lacs sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Jugon-les-Lacs.
Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, où siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.
La rapporteure,
signé
A. BLe président,
signé
N. TronelLa greffière d'audience,
signé
E. Fournet
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026