mercredi 6 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2004963 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | OFFICIO AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2020, M. B C, représenté par Me Batôt, demande au tribunal :
1°) d'annuler le tableau d'avancement pour la promotion à la hors classe des professeurs de lycée professionnel, établi par le recteur de l'académie de Rennes au titre de l'année 2020, ensemble la décision implicite de rejet, née le 28 septembre 2020, de son recours hiérarchique du 27 juillet 2020 ;
2°) d'annuler l'ensemble des décisions individuelles de promotion à la hors classe des professeurs de lycée professionnel prises sur le fondement de ce tableau ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de l'intégrer rétroactivement au tableau d'avancement pour la promotion hors classe de l'année 2020 et, par conséquent, de le nommer rétroactivement à la hors classe à compter de l'année 2020, puis de reconstituer sa carrière, à tout le moins de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le tableau d'avancement est entaché d'un vice de procédure dès lors que son dossier de promotion ne comprend aucune proposition motivée formulée par son chef de service, mais uniquement l'opposition du recteur d'académie ; par suite, le recteur n'a pas procédé à l'appréciation de sa valeur professionnelle au vu de l'ensemble des documents réglementairement prévus à cet effet et la commission administrative paritaire n'a pas pu prendre connaissance de ces documents et n'a pas été mise en mesure d'apprécier sa valeur professionnelle ;
- le tableau d'avancement méconnaît le principe de présomption d'innocence ;
- le tableau d'avancement est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il a été établi sans que sa valeur professionnelle ait été appréciée ;
- le tableau d'avancement est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a obtenu systématiquement depuis 2012 des avis satisfaisants du chef d'établissement et de l'inspecteur pour intégrer la hors classe, et un avis très satisfaisant pour l'année 2019, et au regard également de son ancienneté ;
- le tableau d'avancement est entaché d'un détournement de pouvoir dès lors que le refus de le promouvoir est constitutif d'une sanction déguisée ;
- l'illégalité du tableau d'avancement emporte celle des décisions individuelles de promotion prises sur son fondement.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2022, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la demande tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de l'admettre rétroactivement à la hors classe dès l'année 2020 est irrecevable dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de faire œuvre d'administration ;
- aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 92-1189 du 6 novembre 1992 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,
- et les observations de Me Batôt, représentant M. C.
Une note en délibéré, présentée pour M. C, a été enregistrée le 23 juin 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, qui était alors professeur de lycée professionnel de classe normale affecté au lycée polyvalent de , a présenté le 22 juin 2020 un dossier de promotion au grade de professeur de lycée professionnel hors classe, au titre de l'année 2020. Avant l'examen de la valeur professionnelle des professeur promouvables à ce grade par la commission administrative paritaire, le recteur de l'académie de Rennes a émis une opposition à sa promotion motivée par la circonstance qu'il convenait d'attendre les suites données à deux plaintes déposées à l'encontre de M. C pour usurpation d'identité dans le cadre des élections professionnelles de 2018, avant d'envisager de le promouvoir à la hors classe. M. C constatant qu'il ne figurait pas au tableau d'avancement a formé un recours hiérarchique auprès du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports le 27 juillet 2020 qui a été rejeté implicitement.
Sur les conclusions en annulation du tableau d'avancement :
2. Aux termes de l'article 58, alors en vigueur, de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État : " () Sauf pour les emplois laissés à la décision du Gouvernement, l'avancement de grade a lieu, selon les proportions définies par les statuts particuliers, suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : 1° Soit au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents. Sans renoncer à son pouvoir d'appréciation, l'autorité chargée d'établir le tableau annuel d'avancement tient compte des lignes directrices de gestion prévues à l'article 18 ; / () / Les décrets portant statut particulier fixent les principes et les modalités de la sélection professionnelle, notamment les conditions de grade et d'échelon requises pour y participer. / Les promotions doivent avoir lieu dans l'ordre du tableau () ".
3. Aux termes de l'article 20-1 du décret du 6 novembre 1992 relatif au statut particulier des professeurs de lycée professionnel : " Les dispositions du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'État ne sont pas applicables aux professeurs de lycée professionnel. ". Aux termes de l'article 20-2 du même décret : " I. - Le recteur d'académie est l'autorité compétente pour évaluer, examiner les demandes de révision de l'appréciation finale de la valeur professionnelle, prononcer les promotions, attribuer les bonifications d'ancienneté, arrêter les tableaux d'avancement () ". Aux termes de l'article 25 de ce décret : " Les professeurs de lycée professionnel peuvent être promus professeurs de lycée professionnel hors classe lorsqu'ils comptent, au 31 août de l'année au titre de laquelle le tableau d'avancement est établi, au moins 2 ans d'ancienneté dans le 9e échelon de la classe normale. / Selon des orientations définies par le ministre chargé de l'éducation nationale, le tableau d'avancement est arrêté chaque année par l'autorité compétente, après avis de la commission administrative paritaire compétente. / Le nombre maximum de professeurs de lycée professionnel pouvant être promus chaque année à la hors-classe est déterminé conformément aux dispositions du décret n° 2005-1090 du 1er septembre 2005 relatif à l'avancement de grade dans les corps des administrations de l'État. / Les promotions sont prononcées, dans l'ordre d'inscription au tableau annuel d'avancement, par l'autorité compétente ".
4. Il résulte des dispositions citées au point 3 que les fonctionnaires, même s'ils remplissent les conditions statutaires requises pour bénéficier d'une promotion au choix, ne détiennent aucun droit à être inscrits sur un tableau d'avancement. En outre, l'inscription au tableau d'avancement relève d'une appréciation comparée et approfondie des seuls mérites et de la qualité des services des agents susceptibles d'être promus.
5. En premier lieu, M. C soutient qu'aussi bien le recteur de l'académie de Rennes que la commission administrative paritaire académique des professeurs de lycée professionnel du 25 juin 2020 n'ont pas procédé à l'appréciation de sa valeur professionnelle au vu de l'ensemble des documents réglementairement prévus à cet effet, dès lors que les avis du chef d'établissement et de l'inspecteur ne figuraient pas à son dossier de promotion. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'en application de la note de service n° 2019-191 du 30 décembre 2019 définissant, pour l'année 2020, les orientations à mettre en œuvre pour l'établissement des tableaux d'avancement à la hors-classe, notamment des professeurs de lycée professionnel, la valeur professionnelle de M. C devait être évaluée au regard de l'appréciation portée sur lui au titre de la campagne d'accès à la hors classe 2018. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'absence d'avis du chef d'établissement et/ou de l'inspecteur à son dossier de promotion révèle un vice de procédure.
6. En deuxième lieu, si M. C soutient que le tableau d'avancement est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne fait état que des appréciations portées depuis 2012 sur sa valeur professionnelle par le chef d'établissement et l'inspecteur sans établir ni même alléguer que les mérites de certains des professeurs de lycée professionnel promus en 2020 étaient inférieurs au siens, alors que seuls cent agents sur cinq cent quatre-vingt-dix agents promouvables pouvaient être promus. Par suite, il n'établit pas qu'en ne l'ayant pas inscrit à ce tableau d'avancement, le recteur de l'académie de Rennes a commis une erreur manifeste d'appréciation.
7. En troisième lieu, M. C n'établissant pas qu'il aurait dû, après une appréciation comparée et approfondie des professeurs promouvables, être inscrit au tableau d'avancement en cause, ne peut, en tout état de cause soutenir que sa non-inscription à ce tableau constitue une sanction déguisée. Au demeurant, les fonctionnaires, même s'ils remplissent les conditions statutaires requises pour bénéficier d'une promotion au choix, ne détenant aucun droit à être inscrits sur un tableau d'avancement, l'absence d'inscription à tel tableau, qui ne modifie pas la situation de l'agent public concerné, ne peut être assimilée à une sanction déguisée. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un détournement de pouvoir doit être écarté.
8. En quatrième lieu, le recteur ne s'étant pas prononcé sur l'éventuelle culpabilité de M. C, mais ayant estimé qu'il y avait lieu de s'opposer à sa promotion dans l'attente d'information sur les suites données aux plaintes, le moyen tiré de la méconnaissance de la présomption d'innocence ne peut qu'être écarté.
9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour s'opposer à la promotion à la hors classe de M. C, le recteur de l'académie de Rennes s'est fondé sur l'existence de deux plaintes déposées à l'encontre du requérant pour usurpation d'identité et usage de faux dans le cadre des élections professionnelles de l'année 2018, qui étaient en cours d'examen par le parquet du tribunal judiciaire de et a estimé que, dans l'attente d'information sur les suites données aux plaintes, il n'était pas envisageable de promouvoir l'intéressé à la hors classe. Si le recteur de l'académie de Rennes fait valoir, dans le cadre de la présente instance, que les agissements reprochés à M. C ont eu un impact sur le bon déroulement des élections et sur la manière de servir de l'intéressé, il est toutefois constant qu'à la date à laquelle le tableau d'avancement a été établi, l'imputabilité à M. C des faits, objet de ces plaintes, n'était pas établie et que le requérant n'était même pas mis en examen. Le recteur ne fait état d'aucune circonstance qui aurait, à cette date, rendu particulièrement vraisemblable que les faits en cause étaient imputables à M. C. Par suite, ces faits ne pouvaient pas être pris en compte pour apprécier sa valeur professionnelle. Ces deux plaintes ont d'ailleurs été classées sans suite dès le mois de juillet 2020, l'auteur des faits n'ayant pas été identifié. Dès lors, M. C est fondé à soutenir que le recteur de l'académie de Rennes a commis une erreur de droit en s'opposant pour ce motif à sa promotion. Toutefois, les effets de cette erreur de droit ont été limités à l'examen du dossier de promotion de M. C et il n'est pas établi qu'en son absence, la composition du tableau d'avancement aurait été différente. Par suite, cette erreur de droit reste sans influence sur la légalité de ce tableau d'avancement. Dès lors, les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation de ce tableau, ainsi que de la décision ayant rejeté implicitement le recours hiérarchique de M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions en annulation des décisions individuelles de promotion à la hors classe des professeurs de lycée professionnel prises sur le fondement du tableau d'avancement en litige :
10. Il résulte du point 9 que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du tableau d'avancement à la hors-classe des professeurs de lycée professionnel de l'année 2020 à l'appui de ses conclusions en annulation des décisions individuelles de promotion à la hors classe, prises sur son fondement. Par suite, ces dernières conclusions doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Le présent jugement qui rejette les conclusions en annulation de la requête de M. C n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de cette requête tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse d'intégrer le requérant rétroactivement au tableau d'avancement pour la promotion hors classe de l'année 2020 et, par conséquent, de le nommer rétroactivement à la hors classe à compter de l'année 2020, puis de reconstituer sa carrière, ou à tout le moins de réexaminer sa situation, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le recteur de l'académie de Rennes.
Sur les frais d'instance :
12. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. C, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie du présent jugement sera adressée au recteur de l'académie de Rennes.
Délibéré après l'audience du 22 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Albouy, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.
Le rapporteur,
E. ALe président,
F. Etienvre
La greffière,
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026