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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2005124

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2005124

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2005124
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCOIRIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I/ Par une requête et deux mémoires, enregistrés sous le n°2005124, le

20 novembre 2020, le 19 janvier 2021 et le 31 mai 2021, M. A C, représenté par

Me Coirier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2020, par lequel le président de l'université de G lui a temporairement interdit l'accès à l'enceinte et aux locaux du campus de F ainsi que les courriels des 2 et 3 novembre 2020 portant interprétation de cet arrêté ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours gracieux du

26 septembre 2020 ;

3°) de rejeter toutes demandes, fins et conclusions contraires ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il y a lieu de statuer sur sa requête malgré la notification le 13 janvier 2021 d'une sanction d'exclusion de deux ans de l'université ;

- il n'a pas pu prendre connaissance de son dossier avant la notification de l'arrêté du

25 septembre 2020 ;

- l'arrêté a été illégalement interprété comme lui interdisant l'accès aux cours dispensés en ligne ;

- sa présence lors des cours dispensés en ligne ou sur le campus de F ne crée aucun risque pour l'ordre public ou la sécurité ;

- l'interdiction est disproportionnée au regard des buts poursuivis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2021, le président de l'université de G conclut, à titre principal, qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête, à titre subsidiaire, à son rejet et, en tout état de cause, à ce que soit mis à la charge de M. C le versement de la somme de 1 700 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- l'arrêté du 25 septembre 2020 constituait une interdiction temporaire du campus laquelle a pris fin à compter de la notification le 13 janvier 2021 de la sanction disciplinaire définitive ;

- la procédure en vigueur a été respectée dans la mesure où l'arrêté attaqué a été motivé et qu'il n'existe aucune obligation d'information préalable de l'intéressé ;

- M. C ne disposant pas du statut d'auditeur libre, il ne pouvait dès lors assister qu'aux enseignements auxquels il était inscrit ;

- l'arrêté attaqué ne l'a pas privé d'un tel accès ;

- M. C s'est présenté aux épreuves du CAPES de mathématiques de l'année 2020 et il disposait donc déjà de l'ensemble des enseignements nécessaires, le programme de l'année 2021 étant inchangé ;

- l'arrêté du 25 septembre 2020 est proportionné et fondé tant sur la présence de M. C à des cours auxquels il n'était pas inscrit que sur la base de plusieurs signalements pour des faits d'harcèlement.

II/ Par une requête et deux mémoires, enregistrés sous le n°2100269, le 19 janvier 2021, le 8 avril 2021 et le 20 juillet 2021, M. C, représenté par Me Coirier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2020 par laquelle la section disciplinaire du conseil d'administration de l'université de G l'a exclu pour une durée de 24 mois, dont 18 mois avec sursis ;

2°) d'enjoindre à l'université de G d'effacer toute mention de sanction disciplinaire du dossier administratif de M. C ;

3°) de mettre à la charge de l'université la somme de 1 700 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure, dans la mesure où il n'a pas pu présenter ses observations sur la question du " non-respect des consignes des enseignants " ;

- la procédure a notamment été diligentée par Mme B qui n'était ni habilitée à le faire ni désignée en qualité de rapporteur ;

- l'intervention de Mme B au cours des auditions réalisées dans le cadre de la procédure disciplinaire a porté atteinte aux principes d'impartialité et d'indépendance de cette procédure ;

- la sanction du 16 décembre 2020 est fondée sur des faits matériellement inexacts et insusceptibles d'être qualifiés de sanction disciplinaire ;

- son comportement n'a pas eu d'incidence sur le fonctionnement de l'université ;

- ayant été autorisé à assister à des cours autres que ceux dispensés en M2 MEEF auxquels il était inscrit, sa présence à ces cours ne peut constituer une méconnaissance des consignes de l'université de G;

- la sanction est disproportionnée, dans la mesure où les faits reprochés sont limités dans le temps, et dans le nombre de personnes concernées, et qu'il ne lui avait pas été reproché son attitude avant cette procédure ;

- cette attitude s'explique par un décalage générationnel et psychologique et le contexte sanitaire dû à l'épidémie de la covid-19 ;

- il n'a pas été sanctionné par l'Institut national supérieur du professorat et de l'éducation (INSPE), au sein duquel il était inscrit ;

- la sanction du 16 décembre 2020 représente un coût financier disproportionné au regard des faits reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2021, le président de l'université de G, représenté par Me Collet, de la SELARL ARES, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure disciplinaire sont inopérants ;

- le grief tiré du " non-respect des consignes des enseignants " est fondé et a été exposé au requérant au cours de la procédure d'instruction ;

- en tout état de cause, ce motif n'est pas déterminant pour la sanction en cause ;

- les interventions de Mme B n'ont pas eu d'influence sur l'instruction et la décision prise par la commission disciplinaire ;

- les faits reprochés à M. C, suffisamment établis et ayant continué tout au long de sa scolarité, justifiaient une sanction disciplinaire ;

- le comportement du requérant a troublé l'ordre et le bon fonctionnement de l'université ;

- ce comportement a eu une incidence directe sur la scolarité des étudiants ;

- aucune des circonstances invoquées par M. C ne saurait justifier ce comportement, qui est également caractérisé d'envahissant à l'égard des enseignants ;

- M. C n'a pas respecté les interdictions d'accès au campus et aux cours de M1 et licences 2 et 3 ;

- contrairement à ce qu'il soutient, il avait connaissance de ce que son comportement était perçu négativement et provoquait de la gêne.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public,

- les observations de Me Meurdra, substituant Me Coirier représentant M. C, et les observations de Me Marie, de la SELARL ARES, représentant l'université de G.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né en 1965, , a souhaité réaliser une reconversion professionnelle vers les métiers de l'enseignement. Inscrit à la rentrée universitaire 2018/2019 en licence 1 de mathématiques à l'université de G, il a passé une première fois sans succès à l'issue de cette année les épreuves du CAPES de mathématiques. Il a été admis à la rentrée suivante en master 1 métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation (MEEF) professeur lycée/collège (PLC) parcours mathématiques en collaboration avec INSPE pour la préparation du concours de CAPES de mathématiques. Ayant à nouveau échoué à ce concours en 2020 mais ayant parallèlement validé son master 1, il a été admis en master 2 MEEF PLC pour l'année universitaire 2020/2021 afin de pouvoir une nouvelle fois se présenter au concours du CAPES.A la suite de signalements d'étudiantes faisant état d'une attitude inadaptée et insistante à leur égard, le président de l'université de G a décidé, par arrêté du 25 septembre 2020, de lui interdire temporairement l'accès à l'enceinte et aux locaux du campus de F de l'université. Son recours gracieux présenté par courriel du 26 septembre 2020 contre cet arrêté a été implicitement rejeté. Par deux courriels du 2 et 3 novembre 2020, le responsable du master 1 MEEF, et le directeur de l'unité de formation et de recherche (UFR) de mathématiques de l'université de G, se référant à l'arrêté du 25 septembre 2020, ont en outre, interdit à M. C l'accès aux enseignements délivrés au sein de ce master 1. Enfin, la section disciplinaire du conseil d'administration de l'université de G a prononcé, le 16 décembre 2020, la sanction d'exclusion de l'intéressé de l'université pour une durée de 24 mois, dont 18 mois avec sursis. Par les requêtes n°2005124 et n°2100269, qu'il y a lieu de joindre, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 25 septembre 2020, des courriels des 2 et 3 novembre 2020, de la décision implicite de rejet de son recours gracieux ainsi que de la sanction disciplinaire du 16 décembre 2020.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 septembre 2020, des courriels des 2 et 3 novembre 2020 et de la décision implicite de rejet du recours gracieux :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu :

2. L'université de G fait valoir que, compte-tenu de la sanction disciplinaire prononcée le 16 décembre 2020, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 25 septembre 2020. Il est toutefois constant que l'arrêté contesté n'a pas été retiré et qu'il a été exécuté jusqu'à la décision du 16 décembre 2020. Il y a donc toujours lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne la légalité des décisions attaquées :

3. Aux termes de l'article L. 712-2 du code de l'éducation : " () Le président assure la direction de l'université. A ce titre : () 6° Il est responsable du maintien de l'ordre et peut faire appel à la force publique dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 712-1 du code de l'éducation : " Le président d'université est responsable de l'ordre et de la sécurité dans les enceintes et locaux affectés à titre principal à l'établissement dont il a la charge. () ". Suivant l'article R. 712-6 du même code : " L'autorité responsable désignée à l'article R. 712-1 est compétente pour prendre toute mesure utile pour assurer le maintien de l'ordre et peut en cas de nécessité faire appel à la force publique. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 712-8 du même code : " En cas de désordre ou de menace de désordre dans les enceintes et locaux définis à l'article R. 712-1, l'autorité responsable désignée à cet article en informe immédiatement le recteur chancelier. Dans les cas mentionnés au premier alinéa : 1° La même autorité peut interdire à toute personne et, notamment, à des membres du personnel et à des usagers de l'établissement ou des autres services ou organismes qui y sont installés l'accès de ces enceintes et locaux. Cette interdiction ne peut être décidée pour une durée supérieure à trente jours. Toutefois, au cas où des poursuites disciplinaires ou judiciaires seraient engagées, elle peut être prolongée jusqu'à la décision définitive de la juridiction saisie. ".

4. En premier lieu, l'interdiction temporaire d'accès à l'enceinte et aux locaux du campus de F de l'université de G, prévue par ces dispositions, constitue une mesure conservatoire de police prise pour le maintien de l'ordre public et dans l'intérêt du service, et n'a, dès lors, pas le caractère d'une sanction disciplinaire. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle constituerait en l'espèce une sanction déguisée alors qu'elle a eu pour seul objet de prévenir dans les locaux de l'université une situation de harcèlement de nature à porter atteinte à l'ordre public. Ayant ainsi pour objet de restaurer et préserver, dans l'intérêt de l'ensemble des usagers et des personnels de l'université de G, l'ordre public ainsi que leur sécurité, elle ne revêt pas davantage le caractère d'une mesure prise en considération de la personne au sens des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, l'université n'était pas tenue de mettre M. C en mesure de consulter son dossier et de présenter ses observations si bien que le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire préalable doit être écarté.

5. En second lieu, alors que l'arrêté du 25 septembre 2020 avait pour objet d'interdire l'accès de l'ensemble du campus de F à M. C, et donc à l'ensemble des cours et enseignements s'y déroulant afin de garantir l'absence de contacts, dans un cadre universitaire, entre l'intéressé et les autres étudiantes, les courriels des 2 et 3 novembre 2020, par lesquels les responsables du master M1 MEEF et de l'UFR de mathématiques ont refusé au requérant l'accès aux cours de M1 MEEF du parcours Mathématiques, se sont bornés à mettre en œuvre cette interdiction, nonobstant la circonstance qu'à ces dates ces cours étaient dispensés en distanciel, compte-tenu de la situation sanitaire liée à l'épidémie de la covid-19, est sans incidence, dès lors que ces modalités ne permettaient pas en tout état de cause d'éviter que l'intéressé puisse alors établir des contact avec les autres étudiantes. Par suite, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, M. C n'est pas fondé à soutenir que ces deux courriels seraient entachés d'un défaut de procédure contradictoire préalable.

6. En troisième lieu, comme il a été dit au point précédent, l'arrêté du

25 septembre 2020 avait pour objet d'éviter tout contact entre le requérant et d'autres étudiantes dans le cadre universitaire. Contrairement à ce que soutient le requérant, il n'appartenait pas à certains enseignants de l'autoriser à assister à des cours dispensés autres qu'en M2 MEEF, puisque l'intéressé n'a pas formulé de demande pour obtenir le statut d'auditeur libre, ce statut ne lui donnant pas en tout état de cause accès aux enseignements dispensés par groupes ou faisant partie d'une année terminée par un concours. Il ressort par ailleurs du courriel du

9 octobre 2020 de Mme D, responsable du M2 MEEF parcours mathématiques, que cette dernière ne l'a pas autorisé à assister à des cours de licence 2, de licence 3 ou de master 1. M. C n'ayant pas le droit d'assister à ces cours, l'arrêté attaqué n'a pu porter atteinte à un droit inexistant. En outre, il est constant que le programme du concours du CAPES n'a pas été modifié entre 2020 et 2021 et que M. C avait déjà suivi une préparation à ce concours dans le cadre de son Master 1 au cours de l'année universitaire passée et disposait ainsi de tous les cours dispensés. Dans ces conditions, et en tout état de cause, l'arrêté du 25 septembre 2020 n'a, au regard du but poursuivi par cette mesure, pas porté une atteinte excessive aux droits et libertés du requérant.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, le président de l'université de G disposait de plusieurs signalements par des étudiantes et professeures, au cours des années universitaires 2018-2019, 2019-2020 et en début d'année universitaire 2020-2021, faisant état d'un comportement inapproprié et pressant de M. C à leur égard, se traduisant notamment par de nombreux courriels et messages envoyés par l'intéressé et contraignant leurs destinataires à mettre en place des stratégies d'évitement. La circonstance que le signalement réalisé par l'université au titre de l'article 40 du code pénal ait été classé sans suite ne suffit pas à démontrer que les faits signalés ne permettaient pas de légalement fonder, à titre conservatoire, la décision temporaire d'interdiction d'accès au campus, ces deux procédures étant distinctes. De plus, si M. C soutient que l'interdiction contestée est géographiquement trop étendue, car portant sur l'ensemble du campus de F, il est néanmoins constant qu'elle ne s'étendait pas aux cours dispensés au sein de l'INSPE, lequel ne relevait pas de la compétence du président de l'université ni aux autres bibliothèques que celle située sur le campus de F. Par suite, le président de l'université de G pouvait, sans méconnaître les dispositions citées au point 4 ci-dessus ni entacher son arrêté de disproportion, prononcer une interdiction temporaire d'accès au campus de F à l'encontre de M. C.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du

25 septembre 2020, des courriels des 2 et 3 novembre 2020 et de la décision implicite de rejet du recours gracieux du requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la sanction disciplinaire du

16 décembre 2020 :

9. D'une part, aux termes de l'article R. 811-14 du code de l'éducation : " La section disciplinaire du conseil académique compétente à l'égard des usagers comprend : / 1° Quatre professeurs des universités ou personnels assimilés au sens du collège A du I de l'article D. 719-4 ; / 2° Quatre maîtres de conférences ou personnels assimilés au sens du collège B

du I du même article ; / 3° Huit usagers. ". Aux termes de l'article R. 811-24 du même code : " La section disciplinaire est assistée d'un secrétaire mis à sa disposition par le président de l'université. ". Aux termes de l'article R. 811-28 du même code : " Le président de la section disciplinaire désigne pour chaque affaire, au sein de la commission de discipline, un rapporteur, membre d'un des collèges définis aux 1° et 2° de l'article R. 811-14, et un rapporteur adjoint, membre du collège défini au 3° du même article. / Le président de la commission de discipline désigné en application de l'article R. 811-20 ne peut être rapporteur de l'affaire ". Aux termes de l'article R. 811-29 de ce code : " Les rapporteurs instruisent l'affaire, pendant un délai qui ne peut excéder deux mois, par tous les moyens qu'ils jugent propres à les éclairer. Ils recueillent les observations écrites de l'intéressé, qu'ils peuvent convoquer. Ils l'entendent sur sa demande. Ils peuvent procéder à toutes les autres auditions et consultations qu'ils estiment utiles. Toute personne ayant la qualité de témoin et qui s'estime lésée par les agissements de l'usager poursuivi peut se faire assister de la personne de son choix. En l'absence du rapporteur adjoint, le rapporteur peut procéder seul à l'ensemble de ces actes d'instruction. / Le rapport d'instruction comporte l'exposé des faits ainsi que les observations présentées, le cas échéant, par le président de l'université et par la personne poursuivie. Il est transmis au président de la commission de discipline, qui peut demander aux rapporteurs de poursuivre l'instruction s'il estime que l'affaire n'est pas en état d'être examinée par la commission de discipline, notamment en raison d'éléments nouveaux portés à la connaissance de la section disciplinaire. / Le rapport d'instruction et les pièces du dossier sont tenus à la disposition de la personne poursuivie et du président de l'université, de leur conseil et des membres de la commission de discipline pendant la période d'au moins dix jours prévue au premier alinéa de l'article R. 811-31. ".

10. D'autre part, aux termes du I de l'article R. 811-36 du code de l'éducation : " Les sanctions disciplinaires applicables aux usagers des établissements publics d'enseignement supérieur sont, sous réserve des dispositions de l'article R. 811-37 : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° La mesure de responsabilisation définie au II ; / 4° L'exclusion de l'établissement pour une durée maximum de cinq ans. Cette sanction peut être prononcée avec sursis si l'exclusion n'excède pas deux ans ; / 5° L'exclusion définitive de l'établissement ; / 6° L'exclusion de tout établissement public d'enseignement supérieur pour une durée maximum de cinq ans ; / 7° L'exclusion définitive de tout établissement public d'enseignement supérieur. ".

11. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'instruction du 2 décembre 2020, tenu à la disposition du requérant et qu'il a lui-même produit à l'instance, qu'il a assisté à certains enseignements de licence 3 outrepassant ainsi le refus du responsable pédagogique, que le directeur de l'UFR de mathématiques a dû intervenir en amphithéâtre le 29 septembre 2020 lors d'un cours de cette licence 3 et qu'il a rappelé dans un courriel du 5 octobre 2020 à M. C l'interdiction d'accès au campus dont il faisait l'objet en application de l'arrêté du 25 septembre 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas pu s'expliquer sur le grief tiré du non-respect des consignes des enseignants avant le prononcé de la sanction disciplinaire attaquée doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que conformément aux dispositions citées au point 9 ci-dessus, deux rapporteurs ont été désignés par le président de la section disciplinaire du conseil académique lors du lancement de la procédure disciplinaire et ont exercé leur mission en instruisant l'affaire, en menant de nombreuses auditions et en rédigeant un rapport. Dans ces conditions, la circonstance que Mme Alard, secrétaire de séance lors des auditions réalisées dans ce cadre, soit également intervenue en posant plusieurs questions à M. C ne peut être regardée comme révélant un vice de procédure de nature à avoir eu une incidence sur le sens de la décision attaquée ou avoir privé l'intéressé des garanties que lui reconnaissent les dispositions précitées. Ce moyen doit donc être écarté.

13. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, en situation de reconversion professionnelle, a, tout au long de son parcours universitaire au sein de l'université de G, adopté une attitude envahissante à l'égard de plusieurs étudiantes et de certaines enseignantes, en particulier par un usage abusif de courriels et de messages, dont le contenu tendait avec insistance à entretenir avec certaines d'entre elles, contre leur volonté exprimée, des relations de proximité affective, allant au-delà d'une simple amitié, jusqu'à s'immiscer parfois dans leur vie privée, et faisant preuve d'attentions déplacées au regard du contexte universitaire dans lequel elles se sont nouées. Contrairement à ce que soutient le requérant, ces agissements et comportements ne se sont pas cantonnés à la sphère privée, puisqu'ils concernent des membres de l'université de G, que M. C s'est montré particulièrement pressant sous prétexte d'obtenir des informations et aides pour préparer au mieux le concours du CAPES, et qu'ils ont eu une incidence tant sur le climat régnant au sein de la promotion et plus largement de l'UFR de Mathématiques, que sur le fonctionnement de l'université. En outre, ainsi qu'il a été dit et ultérieurement confirmé au cours de la procédure disciplinaire, certaines étudiantes ont été amenées à développer des stratégies d'évitement allant jusqu'à ne pas se rendre à des enseignements auxquels elles étaient inscrites à l'inverse de M. C, alors que quant à lui, le personnel de l'université, alerté à plusieurs reprises de ces agissements et du malaise subséquent, a tenté de modifier la composition de groupes de travaux dirigés et a organisé une intervention en amphithéâtre pour sensibiliser les étudiants aux problématiques découlant du harcèlement.

14. Contrairement à ce que soutient M. C, le comportement inapproprié qui lui était reproché et dont il avait par ailleurs été informé notamment par deux étudiants lui demandant de stopper ses messages, ne saurait être excusé par la seule constatation d'un simple décalage générationnel ni par l'anxiété, accrue par l'isolement lié à la crise sanitaire, que la préparation du CAPES était susceptible de provoquer chez lui. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le comportement inapproprié qu'il a adopté à l'égard d'étudiantes et d'enseignants, ainsi que son refus d'observer les consignes reçues ne seraient pas constitutifs de manquements susceptibles de justifier le prononcé par l'université de G d'une sanction disciplinaire, nonobstant la circonstance que l'INSPE ne l'ait pas également sanctionné à raison des mêmes faits. Dans les circonstances particulières de l'espèce, la sanction d'exclusion prononcée à son encontre dont la partie ferme est limitée à six mois, doit être regardée, en ce qu'elle est également de nature à prévenir les risques de récidive par la durée d'exclusion assortie de sursis, comme n'étant pas disproportionnée compte-tenu du comportement du requérant et de sa situation personnelle et matérielle. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait, de l'erreur de qualification juridique des faits et de la disproportion de la sanction disciplinaire du 16 décembre 2020 doivent être écartés.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la sanction disciplinaire attaquée doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du

25 septembre 2020 et de la sanction disciplinaire du 16 décembre 2020, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu par suite de rejeter les conclusions présentées par M. C à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'université de G, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C les sommes que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

18. Il y a lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de mettre à la charge de M. C une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'université de G dans le cadre des instances n°2005124 et n°2100269 et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. C sont rejetées.

Article 2 : M. C versera à l'université de G une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au président de l'université de Rennes 1.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

Mme Barbaste, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La rapporteure,

M. BarbasteLe président,

E. Kolbert

La greffière,

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2,2100269

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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