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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2005289

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2005289

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2005289
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS PAUL-AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 novembre 2020 et le 20 avril 2021, Mme C A, doit être regardée comme demandant au tribunal de condamner la commune de Saint-Lunaire, et à titre subsidiaire la société OCDL Locosa, à lui verser à titre principal une somme de 5 349,76 euros et, à titre subsidiaire, une somme de 849,76 euros, en réparation des préjudices résultant de l'accident de la circulation qu'elle a subi le 14 août 2020.

Elle soutient que :

- le 14 août 2020, elle a été victime d'un accident causé par l'absence de signalisation d'une plaque d'égout sur la chaussée alors qu'elle circulait en voiture dans la commune de

Saint-Lunaire ;

- à titre principal, la responsabilité sans faute de la commune de Saint-Lunaire doit être engagée sur le fondement du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public

- la responsabilité pour faute de la commune doit être engagée sur le fondement de la carence fautive du maire dans l'exercice de son pouvoir de police ;

- à titre subsidiaire, la responsabilité du maître d'œuvre, la société OCDL Locosa, doit être engagée, solidairement ou non à la commune de Saint-Lunaire ;

- elle n'a commis aucune faute d'imprudence ;

- le préjudice qu'elle subit doit être indemnisé, à titre principal à hauteur de

5 349,76 euros et, à titre subsidiaire, à hauteur de 849,76 euros.

Par trois mémoires, enregistrés le 4 mars, le 16 avril et le 19 avril 2021, la commune de Saint-Lunaire et la société OCDL Locosa, représentées par le cabinet Paul-Avocats, concluent au rejet de la requête, à ce que la société Even et Cie la garantisse de toute condamnation prononcée à leur encontre, et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- à titre principal la requête est irrecevable :

- à défaut de contenir une demande chiffrée ;

- à défaut d'être dirigée uniquement vers la société OCDL Locosa ;

- à défaut d'avoir été présentée par un avocat ;

- à titre subsidiaire, sur le fond :

- il n'y a pas de lien de causalité entre l'accident litigieux et les préjudices invoqués ;

- il n'y a pas de défaut normal d'entretien de l'ouvrage ;

- il existe des circonstances exonératoires de responsabilité, la faute de la victime est établie et, à titre subsidiaire, l'entreprise de terrassement la SAS Even et Cie doit être appelée en garantie ;

- le préjudice de la requérante doit être ramené à de plus justes proportions.

Par un mémoire, enregistré le 8 mars 2022, la SAS Even et Cie, représentée par la SELARL Cabinet ACTB, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Saint-Lunaire et de la société OCDL Locosa la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le tribunal administratif est incompétent pour connaître de l'action en garantie de la société OCDL Locosa à son encontre ;

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les conclusions de M. Le Roux rapporteur public ;

- et les observations orales de Me Paul, pour la commune de Saint-Lunaire et la société OCDL Locosa.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 août 2020, alors qu'elle circulait à voiture Mme A a été victime d'un accident de la circulation en passant sur une plaque d'égout placée sur une voie ouverte à la circulation dans la zone d'aménagement concerté (ZAC) Le Clos Loquen, située sur le territoire de la commune de Saint-Lunaire, et dont la société OCDL Locosa est l'aménageur. Sa voiture, accidentée, a été rendue hors d'usage. Par deux courriers du 26 août 2020, Mme A a adressé une demande indemnitaire préalable à la commune de Saint-Lunaire et au groupe Giboire auquel appartient la société OCDL Locosa. Le groupe Giboire a rejeté sa demande par une décision du 2 octobre, tout comme la commune de Saint-Lunaire par une décision implicite. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner la commune de

Saint-Lunaire et, à titre subsidiaire, la société OCDL Locosa, à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subi du fait de l'accident survenu le 14 août 2020.

Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut de représentation de la requérante :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 431-2 du code de justice administrative : " Les requêtes et les mémoires doivent, à peine d'irrecevabilité, être présentés soit par un avocat, soit par un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, lorsque les conclusions de la demande tendent au paiement d'une somme d'argent, à la décharge ou à la réduction de sommes dont le paiement est réclamé au requérant ou à la solution d'un litige né de l'exécution d'un contrat. () ". Aux termes de l'article R. 431-3 du même code : " Toutefois, les dispositions du premier alinéa de l'article R. 431-2 ne sont pas applicables : 5° Aux litiges dans lesquels le défendeur est une collectivité territoriale, un établissement public en relevant ou un établissement public de santé ".

3. En l'espèce, la requête de Mme A tend à la condamnation de la commune de Saint-Lunaire et de la société OCDL Locosa à lui verser une indemnité en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi en raison de l'accident de la circulation du 14 août 2020 dont elle a été victime. Pour ce présent litige, le défendeur est donc à titre principal une collectivité territoriale. Il entre ainsi dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 431-3 du code de justice administrative permettant à la requérante d'être dispensée de recourir au ministère d'avocat. Par suite, il y a lieu de rejeter la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'irrecevabilité de la requête, au motif qu'elle n'a pas été présentée par un avocat.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. L'usager d'une voie publique est fondé à demander réparation du dommage qu'il a subi du fait de l'existence ou du fonctionnement de cet ouvrage ou du fait des travaux publics

qui y sont réalisés tant à la collectivité gestionnaire de la voie qu'à l'auteur des travaux dommageables. Il doit démontrer, d'une part, la réalité de son préjudice et, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre les travaux publics et le dommage. Les personnes ainsi mises en cause ne peuvent dégager leur responsabilité, sauf cas de force majeure ou faute de la victime, qu'en établissant que l'ouvrage était normalement entretenu.

En ce qui concerne les conclusions dirigés contre la commune de Saint-Lunaire :

5. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 1, que l'accident litigieux est survenu, sur une voie ouverte à la circulation dans la zone d'aménagement concerté (ZAC) Le Clos Loquen qui a vocation à être incorporée au domaine public communal à l'issue des travaux. Toutefois, à la date de l'accident, cette incorporation n'avait pas eu lieu. Dès lors que l'accident s'est déroulée sur une voie qui n'appartient pas au domaine public communal, il y a lieu de mettre hors de cause la commune de Saint-Lunaire.

En ce qui concerne les conclusions dirigés contre le concessionnaire :

6. Mme A souhaite engager, à titre subsidiaire, la responsabilité de la société OCDL Locosa en qualité de concessionnaire des travaux. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 et 3 que de telles conclusions, qui ne sont pas dirigées contre une collectivité publique, doivent être présentées par ministère d'avocat. Par suite, elles sont irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

7. D'une part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros que la commune de Saint-Lunaire et la société OCDL Locosa demandent au titre des frais qu'elles ont exposés et non compris dans les dépens.

8. D'autre part, il n'y a pas plus lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Lunaire et de la société OCDL Locosa la somme de 2 000 euros que la société Even et Cie demande au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de l'ensemble des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la commune de

Saint-Lunaire, à la société OCDL Locosa et à la société Even et Cie.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

T. B Le président,

signé

G. Descombes

Le président,

P. Nom

Le greffier,

signé

J-M. RiaudLe greffier,

P. Nom

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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