mercredi 12 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2005327 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | MATEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 30 novembre 2020 et 18 mai 2022, M. C B, représenté par Me Matel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 novembre 2020 par laquelle la présidente de l'université de Bretagne Sud a refusé de reconnaître le caractère professionnel de sa pathologie et a annulé l'arrêté de placement en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire ;
2°) de mettre à la charge de l'université de Bretagne Sud une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- dès lors que la première constatation de sa pathologie est antérieure au décret n° 2019-122 du 21 février 2019, l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 n'est pas applicable ; seules les dispositions prévues par l'article 34-2 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 doivent trouver application ;
- aucun lien ne pouvant être établi entre sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle et les faits disciplinaires reprochés ; aucun fait ni aucune faute personnelle ne sauraient lui être imputés de manière à lui refuser le bénéfice des dispositions relatives aux maladies professionnelles ; la dégradation de ses conditions de travail l'a conduit à un syndrome d'épuisement professionnel alors qu'aucun état antérieur n'a été constaté.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 mars 2021, 24 mai et 27 octobre 2022, la présidente de l'université de Bretagne Sud, représentée par la SELARL Valadou, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 n'est effectivement pas applicable ;
- aucun des autres moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 2019-122 du 21 février 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tourre,
- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,
- et les observations de Me Allaire, représentant l'université de Bretagne Sud.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, maître de conférence à l'institut universitaire technologique (IUT) de Vannes, composante de l'université de Bretagne Sud, a été convoqué le 29 mars 2018 à un entretien avec le directeur de l'IUT, qui devait se tenir le 5 avril suivant, notamment pour un comportement inadapté à l'égard de plusieurs collègues de sexe féminin. Il a été placé en congé de maladie du 3 au 20 avril 2018. À la suite de cet entretien, qui s'est finalement tenu le 26 avril 2018, des mesures conservatoires ont été décidées. M. B a ensuite, de nouveau, été placé en congé de maladie du 14 au 30 juin 2018 puis à compter du 6 août 2018 en raison d'un état anxio-dépressif. Le 12 juillet 2018, il a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service de cette pathologie. Parallèlement à cette demande, M. B a été placé en congé de longue maladie du 5 août 2018 au 5 août 2019 puis en congé de longue durée. Le 26 novembre 2018, la commission disciplinaire lui a infligé une interdiction d'exercer toutes les fonctions d'enseignement et de recherche à l'université de Bretagne Sud pendant une durée d'un an avec privation de la moitié de son traitement. M. B a fait appel de cette sanction devant le conseil national de l'enseignement supérieur. Après avis de la commission départementale de réforme, le président de l'université de Bretagne Sud a, par arrêté du 25 novembre 2019, placé M. B en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire. Par arrêté du 18 septembre 2020, la présidente de l'université de Bretagne Sud a annulé le placement de M. B en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire à compter du 5 février 2020 et a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie. À la suite d'un recours gracieux de l'intéressé, la présidente de l'université de Bretagne Sud a retiré l'arrêté du 18 septembre 2020, M. B relevant des dispositions de l'article 34-2 de la loi du 11 janvier 1984, et a pris le 19 novembre 2020 une nouvelle décision annulant, de nouveau, le placement de l'intéressé en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire à compter du 5 février 2020 et refusant de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie. M. B demande au tribunal l'annulation de ce dernier arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. L'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires n'est entré en vigueur, en tant qu'il s'applique à la fonction publique d'État, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 24 février 2019, du décret visé ci-dessus du 21 février 2019 par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'État, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Par ailleurs, les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée.
3. Il ressort des pièces du dossier que la maladie de M. B a été diagnostiquée le 12 juillet 2018, avec une première constatation médicale de maladie professionnelle le 30 juin 2017, donc antérieurement à l'entrée en vigueur des nouvelles dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires. Il s'ensuit que la situation de M. B est entièrement régie par les dispositions, alors applicables, de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État, dans sa rédaction alors en vigueur, aux termes desquelles : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 35. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () ".
4. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le Dr D, psychiatre, a estimé dans son rapport du 12 septembre 2018 que M. B ne présentait pas d'antécédent susceptible de constituer un état pathologique antérieur et que le lien entre la symptomatologie de syndrome anxio-dépressif majeur présentée et le contexte professionnel était direct et certain. Ces constatations ne sont pas remises en cause par les autres éléments médicaux du dossier et en particulier par les expertises médicales postérieures datées du 9 avril 2019 et du 25 février 2020. La commission de réforme, lors de sa séance du 17 octobre 2019, a émis un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la maladie de M. B à compter du 30 juin 2017 en précisant qu'il n'existait " pas d'état antérieur au vu des deux expertises ". Aucun élément du dossier ne permettant de remettre en cause les avis concordants rendus par les différents praticiens ayant eu à connaître du cas de M. B, sa maladie doit être regardée comme présentant un lien direct avec l'exercice de ses fonctions.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une procédure disciplinaire au printemps 2018 à la suite notamment de comportements déplacés à l'égard de plusieurs femmes de la communauté universitaire et de troubles du comportement sur son lieu de travail ayant perturbé le fonctionnement d'un département de l'IUT de Vannes. Le 26 avril 2018, des mesures conservatoires ont été décidées. La section disciplinaire de l'université de Bretagne Sud lui a infligé, par une décision du 18 décembre 2018, une interdiction d'exercer toutes les fonctions d'enseignement et de recherche à l'université de Bretagne Sud pendant une durée d'un an avec privation de la moitié de son traitement à titre de sanction disciplinaire. M. B fait valoir qu'aucune faute personnelle n'est susceptible de lui être reprochée dans l'exercice de ses fonctions et qu'aucun lien ne peut être établi entre sa maladie et les faits disciplinaires reprochés. Il soutient ainsi que si la demande initiale de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie est intervenue le 12 juillet 2018, soit postérieurement à la mise en place d'une procédure disciplinaire à son encontre, les premiers signes de sa maladie ont débuté dès juin 2017 et sont la conséquence de la dégradation de ses relations avec son supérieur hiérarchique et d'une surcharge de travail liée en particulier à la mise en place à la rentrée universitaire 2017 d'une nouvelle formation de licence professionnelle dans la filière commerciale agro-alimentaire à Pontivy qui ont conduit à un syndrome d'épuisement professionnel. Contrairement à ce qu'affirme l'administration en défense, l'apparition des premiers troubles en juin 2017 est effectivement corroborée par le certificat du 20 août 2018 ainsi que par le certificat initial de maladie professionnelle établis par le médecin traitant de M. B et a justifié la prescription d'antidépresseurs dès juin 2017. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, le premier arrêt maladie de M. B est intervenu le 3 avril 2018, soit juste après sa convocation à un entretien avec le directeur de l'IUT, qui devait se tenir le 5 avril suivant. Ainsi que l'a relevé le Dr A le 6 novembre 2018, une nette aggravation des troubles voire une décompensation aigüe a été constatée à compter d'avril 2018 et de l'engagement de la procédure disciplinaire à l'encontre de M. B, qui a constitué l'élément déclencheur de son placement en arrêt de travail et un facteur déterminant dans la décompensation dépressive de l'intéressé. Même si le requérant a, lors de la procédure disciplinaire, nié certains gestes et paroles qui lui étaient reprochés et a fait appel de sa sanction devant le conseil national de l'enseignement supérieur, l'administration, qui détenait plusieurs témoignages précis et circonstanciés de personnes sans lien entre elles, disposait d'un nombre suffisant d'éléments justifiant l'engagement d'une procédure disciplinaire. Il n'est, par ailleurs, pas allégué que la procédure disciplinaire se serait déroulée dans des conditions anormales. Dans ces conditions, alors même que l'engagement de la procédure disciplinaire à l'encontre de M. B ne peut être regardé, en l'absence d'élément sur l'issue de sa contestation, comme révélant un fait personnel avéré à l'origine de l'aggravation de sa maladie, l'engagement de cette procédure constitue en l'espèce une circonstance particulière de nature à détacher l'aggravation de sa pathologie du service. L'administration pouvait, en conséquence, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser de reconnaître l'imputabilité au service de l'état de santé de M. B.
Sur les frais liés au litige :
7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à l'université de Bretagne Sud .
Délibéré après l'audience du 15 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Albouy, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2023.
La rapporteure,
signé
L. TourreLe président,
signé
F. Etienvre
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026