vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2005418 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 décembre 2020 et le 30 décembre 2021, M. et Mme B et D C, représentés par Me Meillard, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 6 mars 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de Quessoy a approuvé la révision générale de son plan local d'urbanisme, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler la délibération du 6 mars 2020 par laquelle le conseil municipal de Quessoy a approuvé la révision générale de son plan local d'urbanisme, en tant qu'elle classe en zone UA les parcelles cadastrées section E nos 1091, 1092, 1093, 1083, 1867 et 1869 d'une part, et en zone AU les parcelles cadastrées section E nos 2123, 2124, 2418, 2415, 2423 et 2426, et d'enjoindre en conséquence à la commune de Quessoy d'adopter une délibération classant en zone N les parcelles cadastrées section E nos 1091, 1092, 1093, 1083, 1867 et 1869 et section E nos 2123, 2124, 2418, 2415, 2423 et 2426
3°) de mettre à la charge de la commune de Quessoy le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la délibération est entachée d'un vice de procédure tenant à l'irrégularité de l'enquête publique ;
- le rapport de présentation du plan local d'urbanisme est insuffisant en ce qui concerne les changements apportés par rapport au précédent plan local d'urbanisme ;
- les modifications apportées à l'issue de l'enquête publique modifient l'économie générale du projet et ne procèdent pas de l'enquête publique et nécessitaient ainsi qu'il soit procédé à une nouvelle enquête publique ;
- le classement en zone UA est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles R. 151-18 et R. 151-24 du code de l'urbanisme ;
- le classement en zone UA des parcelles cadastrées section E nos 1091, 1092, 1093, 1083, 1867 et 1869 n'est pas en cohérence avec les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables relatifs à la densification du centre-bourg, à la maitrise de l'étalement urbain et à la préservation et la valorisation du paysage ;
- le classement en zone 1AU des parcelles cadastrées E nos 2123, 2124, 2418, 2415, 2423 et 2426 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles R. 151-120 et R. 151-24 du code de l'urbanisme ;
- la délibération méconnaît les dispositions des articles L. 151-6 et L. 151-7 du code de l'urbanisme.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 3 février 2021 et le 14 janvier 2022, la commune de Quessoy, représentée par la SELARL Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme C le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Lusteau, substituant Me Meillard, représentant M. et Mme C, et E, de la SELARL Cabinet Coudray, représentant la commune de Quessoy.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 5 octobre 2015, le conseil municipal de la commune de Quessoy a prescrit la révision de son plan local d'urbanisme. La révision du plan local d'urbanisme a été approuvée par délibération du conseil municipal commune de Quessoy le 6 mars 2020. M. et Mme C, sont propriétaires et occupants du château de la Fontaine Saint Père et de plusieurs parcelles sur le territoire de la commune de Quessoy qui ont été classées en zones urbaines et à urbaniser par la délibération du 6 mars 2020. Par un courrier du 14 août 2020, M. et Mme C ont saisi le maire de Quessoy d'un recours gracieux à l'encontre de la délibération du 6 mars 2020 par laquelle le conseil municipal a approuvé la révision générale du plan local d'urbanisme. Le maire de Quessoy a expressément rejeté leur demande, par une décision du 9 octobre 2020. M. et Mme C sollicitent l'annulation de la délibération du 6 mars 2020, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'irrégularité de l'enquête publique :
2. Aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que, si elles n'imposent pas au commissaire enquêteur ou à la commission d'enquête de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique, elles l'obligent à indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis.
4. En l'espèce, il ressort du rapport du commissaire enquêteur que celui-ci a recensé 36 contributions et entretiens, retranscrits dans le registre d'enquête publique. Les pages 2 à 9 de ce rapport expose les interventions des particuliers en synthétisant pour chacun d'eux le contenu de leurs réclamations et observations dont celles de M. C concernant en particulier l'opération d'aménagement et de programmation n° 2 et ses abords. A chacune de ces interventions, le commissaire enquêteur a ajouté la réponse de la commune. Le procès-verbal d'enquête publique produit par la commune comporte également l'ensemble des observations recueillies et nominativement identifiées, ainsi que la problématique générale concernant chacune d'entre elles, notamment sous forme de questions. En outre, à l'issue de ces développements et de l'ensemble des remarques exprimées tant par les personnes publiques associées que par les administrés, le commissaire enquêteur a procédé à une synthèse de 5 remarques qui lui semblaient devoir être prises en compte par la municipalité et qu'il a ensuite formulées au titre des réserves. Enfin, le rapport se conclut par un avis motivé insistant sur l'organisation de l'urbanisation souhaitée par la municipalité et plus particulièrement sur la densification du centre-bourg. Le commissaire enquêteur indique à titre de réserve la nécessité d'étendre les espaces boisés classés sur une zone de captage, de rectifier des erreurs de cartographie et d'annexer un échéancier s'agissant de l'extension du réseau d'assainissement.
5. Dans ces conditions, alors qu'il ressort des pièces du dossier que les observations du public portaient essentiellement sur des contestations de zonages de parcelles, qui ne constituent pas des propositions au sens des dispositions précitées, devant faire l'objet d'une analyse, l'absence de réponse spécifique dans les conclusions du commissaire enquêteur, n'a pas eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ou été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'insuffisance du rapport de présentation :
6. Aux termes de l'article L. 123-13 du code de l'urbanisme, devenu L. 153-31 du même code : " I. ' Le plan local d'urbanisme fait l'objet d'une révision lorsque l'établissement public de coopération intercommunale ou, dans le cas prévu au deuxième alinéa de l'article L. 123-6, la commune envisage : / 1° Soit de changer les orientations définies par le projet d'aménagement et de développement durables ; / 2° Soit de réduire un espace boisé classé, une zone agricole ou une zone naturelle et forestière ; / 3° Soit de réduire une protection édictée en raison des risques de nuisance, de la qualité des sites, des paysages ou des milieux naturels, ou d'une évolution de nature à induire de graves risques de nuisance ; / 4° Soit d'ouvrir à l'urbanisation une zone à urbaniser qui, dans les neuf ans suivant sa création, n'a pas été ouverte à l'urbanisation ou n'a pas fait l'objet d'acquisitions foncières significatives de la part de la commune ou de l'établissement public de coopération intercommunale compétent, directement ou par l'intermédiaire d'un opérateur foncier. / La révision est prescrite par délibération de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale ou du conseil municipal. / II. ' La révision est effectuée selon les modalités définies aux articles L. 123-6 à L. 123-12. ".
7. Aux termes de l'article R*123-2-1 du code de l'urbanisme, devenu R. 151-5 à compter du 1er janvier 2016 : " En cas de modification, de révision ou de mise en compatibilité dans les cas prévus aux articles R. 123-23-1, R. 123-23-2, R. 123-23-3, R. 123-23-4 et R. 300-15 à R. 300-27, du plan local d'urbanisme, le rapport de présentation est complété par l'exposé des motifs des changements apportés. ".
8. En l'espèce, s'agissant d'une révision générale du plan local d'urbanisme, le rapport de présentation n'avait pas à contenir l'exposé des motifs des changements apportés dès lors qu'il n'était pas établi que le projet plan local d'urbanisme a pour objet de procéder à l'une des modifications mentionnées aux paragraphes 2° et 3° de l'article L. 153-31 du code de l'urbanisme. Ce moyen inopérant ne peut qu'être écarté.
9. En tout état de cause, il ressort du rapport de présentation que celui-ci expose à titre introductif que " Cette révision a pour but d'élaborer un nouveau document d'urbanisme compatible avec le nouveau cadre juridique (Lois Grenelle, ALUR, LAAF, Macron,), mais aussi avec les documents supra-communaux, et notamment les SDAGE et SAGE, mais aussi le SCOT du Pays de Saint-Brieuc entré en vigueur en mai 2015. " et que " Les élus se sont également fixés des objectifs à respecter dans le cadre de cette révision ", ceux-ci recouvrant la liste des orientations précitées du projet d'aménagement et de développement durables définies lors de la prescription du projet. En outre, le rapport de présentation comporte dans une partie consacrée aux justifications et explications des choix retenus, un tableau pages 223 et 224 indiquant l'évolution des surfaces de zonage en comparant le projet de plan local d'urbanisme et le plan local d'urbanisme approuvé en 2006. Dans ces conditions, au regard des changements substantiels apportés au plan local d'urbanisme précédent et des développements dédiés à l'explication du nouveau parti d'urbanisme retenu et de sa traduction s'agissant de l'évolution de la destination des surfaces du territoire communal, les auteurs du plan local d'urbanisme doivent être regardés comme ayant satisfait aux exigences formelles de l'article R. 151-5 du code de l'urbanisme. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'existence de modifications substantielles du projet de plan local d'urbanisme n'ayant pas fait l'objet d'une nouvelle enquête publique :
10. Aux termes du septième alinéa de l'article L. 123-13-2, devenu l'article L. 153-43, du code de l'urbanisme, applicable au litige : " A l'issue de l'enquête publique, [le projet de plan], éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par délibération de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale ou () du conseil municipal ".
11. Il résulte de ces dispositions que le projet de plan ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et qu'elles procèdent de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les
modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.
12. En l'espèce, les requérants se bornent à citer à l'appui de leur moyen la liste des modifications, certes nombreuses, figurant dans la délibération d'approbation, mais ne démontrent aucune atteinte à l'économie générale du document d'urbanisme à défaut d'établir que celles-ci seraient de nature à modifier le parti d'urbanisme retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme.
13. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que les modifications postérieures à l'enquête publique consistent en une " délimitation du périmètre d'un STECAL NT1 Parmonet ", résultant de l'avis de la CDPENAF et de l'observation n° 15 ; " la réactualisation de l'étude de densification/estimation de la consommation de l'espace (équipement, voirie) qui datait de 2016 " et une précision concernant " l'obligation de construction de logements sociaux à préciser hors OAP " pour répondre aux observation de l'établissement public du SCOT de pays de Saint Brieuc ; " la prise en compte du PLH " issue de l'avis de Lamballe Terre et Mer ; " l'actualisation des bâtiments agricoles sur le règlement graphique " sollicitée par la chambre de l'agriculture. Ces modifications, non seulement procèdent des consultations des personnes publiques associées et de l'enquête publique mais n'emportent aucune modification substantielle des orientations du parti d'aménagement. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions des articles R. 151-18 et R. 151-24 du code de l'urbanisme s'agissant du classement en zone UA des parcelles cadastrées section E nos 1091, 1092, 1093, 1083, 1867 et 1869 :
14. Aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ". Aux termes de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées. ".
15. Aux termes de l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme : " Les zones urbaines sont dites "zones U". Peuvent être classés en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter ". Aux termes de l'article R. 151-24 du même code : " Les zones naturelles et forestières sont dites "zones N". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison soit de la qualité des sites, des milieux naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique, soit de l'existence d'une exploitation forestière, soit de leur caractère d'espaces naturels. () ".
16. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan local d'urbanisme, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
17. Par ailleurs, pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
18. Enfin, il n'appartient pas au juge administratif d'examiner si un autre classement aurait été possible, mais seulement de vérifier que le classement retenu n'est pas illégal.
19. Il ressort en l'espèce des photos et plans versés aux débats que les parcelles cadastrées section E nos 1091, 1092, 1093, 1083, 1867 et 1869 composant l'ensemble immobilier du château de la Fontaine Saint-Père sont situées à moins de 250 mètres de la place du centre-bourg sur laquelle se trouve l'église de la commune et à moins de 50 mètres des premières habitations mitoyennes qui composent la partie sud de l'hyper-centre et qui longent la route départementale n° 1. La propriété des requérants est également bordée au sud par un îlot de constructions situées au bord de la rue des Kaolins.
20. Or, aux termes du rapport de présentation : " Le secteur UA correspond à la partie historique du bourg. C'est un secteur urbanisé dense où les constructions sont généralement édifiées en ordre continu, qui se caractérise également par une certaine mixité. " et " Les parcs de certaines propriétés ont été protégés au titre de l'article L. 151-19 de manière à préserver leur identité, mais aussi celle du centre-bourg historique. L'urbanisation ou la densification urbaine de ces propriétés ne seront pas possibles. Les interventions sur ces parcs ne pourront être que ponctuelles, liées soit à l'évolution de la construction existante (création d'annexe, de piscine, ou extension), soit à des interventions liées au mauvais état sanitaire des arbres y étant implantés. ".
21. Par ailleurs, aux termes de l'article 4 de la zone UA : " - Les parcs et jardins identifiés au niveau des documents graphiques comme constituant des éléments de paysage à protéger au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme doivent être maintenus et préservés de tout aménagement de nature à modifier leur caractère. / Toutefois, des travaux ayant pour effet de modifier ponctuellement la configuration de ces parcs. Par exemple, l'abattage de quelques arbres peuvent être autorisés dans le cadre d'une intervention très ponctuelle (extension de construction, création d'une piscine ou d'une annexe) ou lié à l'état sanitaire du ou des arbres concernés. Cette autorisation pourra être assortie de mesures compensatoires telles que l'obligation de replantation d'arbre(s) concourant au maintien de l'identité du parc ".
22. Tout d'abord, la circonstance que les parcelles soient pour l'essentiel à l'état d'espace naturel n'interdisait pas aux auteurs du plan local d'urbanisme de les classer en zone urbaine dès lors que les espaces non bâtis ne sont que les composantes d'un ensemble immobilier castral. En outre, le classement en zone urbaine n'emporte à l'égard des propriétaires aucune obligation de construire, qui viendrait porter atteinte au cadre paysager et monumental du château.
23. Ensuite, au regard de la situation de cet ensemble immobilier à caractère patrimonial à proximité immédiate des compartiments du centre-bourg, le classement des parcelles précitées en zone UA répond à la fois à l'objectif du projet d'aménagement et de développement durables de conforter et de valoriser l'unité d'un secteur historique central de la commune comprenant non seulement les habitations individuelles mais également le château, ces différents éléments urbains étant reliés par les principaux axes routiers de la commune. En outre, le document graphique du projet d'aménagement et de développement durables inclut en zone agglomérée les parcelles en cause. De plus, il ressort de cette même carte, illustrant les axes du projet d'aménagement et de développement durables, que le tènement foncier est grevé d'une trame de lignes vertes correspondant à l'identification d'espaces protégés dans lesquels les évolutions ne peuvent être que ponctuelles et limitées afin de préserver leur identité. Cette servitude instituée au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme permet ainsi de mettre en œuvre les orientations du projet d'aménagement et de développement durables prévoyant la protection des éléments bâtis et paysagers les plus caractéristiques du territoire communal.
24. Enfin, si les parcelles appartenant aux requérants comportent un vaste parc agrémentant le château, celles-ci s'ouvrent au nord, au sud-ouest et au sud-est sur des secteurs bâtis, l'ensemble immobilier étant au croisement des routes départementales traversant la commune, et son centre en particulier. Ce tènement foncier étant rattaché aux espaces urbanisés de la commune, les auteurs du plan local d'urbanisme, qui n'étaient pas tenus par le classement antérieur, n'ont commis aucune erreur de droit ou erreur manifeste d'appréciation en le classant en zone urbaine au plan local d'urbanisme.
En ce qui concerne les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions des articles R. 151-20 et R. 151-24 du code de l'urbanisme s'agissant du classement en zone AU des parcelles cadastrées section E nos 2123, 2124, 2418, 2415, 2423 et 2426 :
25. Aux termes de l'article R. 151-20 du code de l'urbanisme : " Les zones à urbaniser sont dites "zones AU". Peuvent être classés en zone à urbaniser les secteurs destinés à être ouverts à l'urbanisation. / Lorsque les voies ouvertes au public et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone et que des orientations d'aménagement et de programmation et, le cas échéant, le règlement en ont défini les conditions d'aménagement et d'équipement, les constructions y sont autorisées soit lors de la réalisation d'une opération d'aménagement d'ensemble, soit au fur et à mesure de la réalisation des équipements internes à la zone prévus par les orientations d'aménagement et de programmation et, le cas échéant, le règlement. / Lorsque les voies ouvertes au public et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU n'ont pas une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone, son ouverture à l'urbanisation est subordonnée à une modification ou à une révision du plan local d'urbanisme comportant notamment les orientations d'aménagement et de programmation de la zone ".
26. Selon l'article R. 151-24 du même code : " Les zones naturelles et forestières sont dites "zones N". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".
27. En l'espèce, il ressort du projet d'aménagement et de développement durables que le premier Axe " Conforter le centre-bourg tout en prenant en compte la configuration urbaine spécifique de Quessoy " prévoit de " favoriser la dynamique commerciale et de services du centre-bourg, mais aussi des différents équipements mis à la disposition de la population, l'accueil de logements programmé privilégiera le centre-bourg. Il est retenu le principe d'accueillir à minima 150 des nouveaux logements au niveau du centre-bourg. ". De même, il est prévu de " valoriser prioritairement le potentiel de densification et de renouvellement urbain existant en centre-bourg (secteurs de dents creuses, plusieurs parcelles faiblement urbanisées qui pourraient faire l'objet de divisions foncières, potentiel de renouvellement urbain au niveau des ateliers communaux et des locaux de la coopérative ) ". Ce potentiel est estimé entre 100 à 120 logements et le projet d'aménagement et de développement durables précise l'existence d'un " possible complément d'extension de l'aire urbaine à l'est du bourg ". Ainsi, pour compléter ce potentiel de densification et de renouvellement urbain qui ne permet pas d'accueillir le nombre de logements programmés en centre-bourg, " il a été décidé d'inscrire un secteur de développement d'environ 3 hectares en partie est du centre-bourg, entre la Rue des Kaolins et le secteur de La Pougeole, dans le prolongement du futur cimetière. ".
28. En outre, aux termes du rapport de présentation concernant la zone 1AU : " Ces zones correspondent (en termes de surface) aux principales zones de projets. Elles correspondent pour certaines encore à des surfaces agricoles, à des espaces urbanisés qui pourraient potentiellement être le support de projets de renouvellement urbain, de densification. Ces zones 1AU ont essentiellement été déterminées à l'intérieur de l'enveloppe urbaine du centre bourg. Une zone a également été délimitée sur le secteur de Carnonen au niveau d'une dent creuse regroupant environ 8000 m². Ces zones seront urbanisées sous forme d'aménagement d'ensemble afin de garantir la cohérence urbaine du développement. En termes de morphologie et d'organisation urbaines, l'objectif principal est de rechercher la meilleure intégration de ces futurs quartiers à l'espace urbain existant à proximité, ou naturel, tout en favorisant la mise en place de projets plus " durables ".
29. Or, il ressort des plans et photos versés aux débats que les parcelles s'ouvrent au nord sur une vingtaine d'habitations disposées le long de la route de La Pougeole, situées en continuité des franges urbanisées du centre-bourg. Au sud, les terrains en cause bordent la rue des Kaolins qui dessert un premier groupement d'une dizaine d'habitations puis un lotissement parcouru par la rue du Bief et la rue du Colombier. A l'est de ces parcelles débute une large séquence paysagère constituée de denses boisements et de zones humides.
30. Dans ces conditions, au regard de sa situation géographique dans le prolongement des secteurs urbanisés à l'est de la commune et de sa desserte par plusieurs voies routières en lien direct avec le centre de la commune, les auteurs du plan local d'urbanisme ont pu, en cohérence avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durables tendant à la construction de plus de 150 logements et à privilégier l'urbanisation des dents creuses à proximité du centre bourg, classer en zone 1AU cette unité foncière sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation.
31. La circonstance que les terrains, qui ne font l'objet d'aucune protection au titre de la législation sur l'environnement, jouxteraient une zone boisée ainsi qu'une zone humide ne fait pas obstacle à leur classement en zone à urbaniser. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 151-6 et L. 151-7 du code de l'urbanisme :
32. Aux termes de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles. ". Aux termes de l'article L. 151-7 du même code : " I. - Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : / 1° Définir les actions et opérations nécessaires pour mettre en valeur l'environnement, notamment les continuités écologiques, les paysages, les entrées de villes et le patrimoine, lutter contre l'insalubrité, permettre le renouvellement urbain, favoriser la densification et assurer le développement de la commune ; / 2° Favoriser la mixité fonctionnelle en prévoyant qu'en cas de réalisation d'opérations d'aménagement, de construction ou de réhabilitation un pourcentage de ces opérations est destiné à la réalisation de commerces ; / 3° Comporter un échéancier prévisionnel de l'ouverture à l'urbanisation des zones à urbaniser et de la réalisation des équipements correspondants ; / 4° Porter sur des quartiers ou des secteurs à mettre en valeur, réhabiliter, restructurer ou aménager ; / 5° Prendre la forme de schémas d'aménagement et préciser les principales caractéristiques des voies et espaces publics ; / 6° Adapter la délimitation des périmètres, en fonction de la qualité de la desserte, où s'applique le plafonnement à proximité des transports prévu aux articles L. 151-35 et L. 151-36. ".
33. En l'espèce, M. et Mme C soutiennent que l'OAP n° 2 méconnaîtrait les dispositions des articles L. 151-6 et L. 151-7 du code de l'urbanisme, dès lors qu'" elle se borne à prévoir un recul de 5 mètres du front bâti à partir de la seule rue de la Porte de Fer ".
34. Toutefois, il ressort du règlement du plan local d'urbanisme et plus particulièrement des annexes relatives aux orientations d'aménagement et de programmation (OAP), que l'OAP n° 2 dite de la rue de la Porte de Fer prévoit des orientations d'aménagement sur l'ensemble de son périmètre et fixe une densité de 25 logements/hectare, un taux de 20 % de logements sociaux, la réalisation de 12 logements minimum, une desserte par l'impasse du cimetière ainsi que la création d'un accès à l'est, la réalisation d'un mur haut et d'un muret pas pour clore le site, la réalisation d'un espacer vert et la réalisation d'un front bâti qui devra être implanté au maximum à 5 mètres en recul par rapport au muret et enfin un espace de stationnement au nord. Ce moyen doit ainsi être écarté comme manquant en fait.
35. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. et Mme C à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
36. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Quessoy, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. et Mme C une somme que ceux-ci demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
37. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme C le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Quessoy au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : M. et Mme C verseront à la commune de Quessoy la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et D C et à la commune de Quessoy.
Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Bozzi, premier conseiller,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
Le rapporteur,
signé
F. A
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026