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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2005738

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2005738

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2005738
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 18 décembre 2020, 13 juillet 2021 et 6 septembre 2022, M. L D, Mme E H, ainsi que et M. J et Mme C I, représentés par la SELARL Genesis Avocats, demandent au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 15 juillet 2020 par lequel le maire de la commune de Loctudy a délivré à M. G B et Mme F A un permis de construire en vue de la rénovation de leur habitation ainsi que l'extension et la surélévation d'une remise attenante sur un terrain situé 38 Corniche de Penhador à Loctudy, ensemble la décision du 21 octobre 2020 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Loctudy le versement de la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué a été pris sur la base d'un dossier de demande de permis de construire incomplet, en méconnaissance des dispositions des articles R. 431-8 et R. 431-9 et du code de l'urbanisme ;

- les pièces du dossier de demande de permis de construire présentent des contradictions ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions du plan de prévention des risques littoraux Ouest Odet ;

- il méconnaît les dispositions de l'article Uh 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Loctudy ;

- il méconnaît les dispositions de l'article Uh 11 du même règlement ;

- il méconnaît les dispositions de l'article Uh 13 du même règlement ;

- il méconnaît les dispositions de l'article Uh 15 du même règlement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, la commune de Loctudy, représentée par la SELARL Le Roy Gourvennec Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérants le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants n'ont pas intérêt à agir ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par deux mémoire, enregistrés le 8 juin 2021 et le 5 septembre 2022, M. B et Mme A, représentés par la SELARL Valadou-Josselin et Associés, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge des requérants le versement de la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les requérants n'ont pas intérêt à agir ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu l'ordonnance n° 2104083 du 2 septembre 2021 du juge des référés du tribunal.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Radureau,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Cassin, de la SELARL Genesis Avocats, représentant M. D, Mme H ainsi que M. et Mme I, K, M, représentant la commune de Loctudy, et de Me Nadan, de la SELARL Valadou-Josselin et Associés, représentant M. B et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 avril 2020, M. G B et Mme F A ont déposé une demande de permis de construire en vue de la rénovation de leur habitation, ainsi que l'extension et la surélévation d'une remise attenante sur leurs parcelles cadastrées section AS nos 290, 291, 292 et 293 située 38 Corniche de Penhador à Loctudy. Par un arrêté du 15 juillet 2020 le maire de la commune de Loctudy a délivré le permis de construire sollicité. M. D, Mme H ainsi que M. et Mme I ont présenté le 11 septembre 2020 un recours gracieux qui a été rejeté le 21 octobre par la commune de Loctudy. Les requérants demandent l'annulation de cet arrêté du 15 juillet 2020, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la composition du dossier de demande de permis de construire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". Aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R. 431-9 de ce code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. () ".

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. D'une part, la notice descriptive des travaux jointe au dossier de demande de permis de construire présente l'état de la végétation sur le terrain. Le dossier comprend, en outre, un plan de masse de l'état du terrain avant travaux, faisant apparaître les constructions, les espaces libres non imperméabilisés et la végétation existante, ainsi qu'un plan de masse représentant ces mêmes éléments après les travaux projetés. Ces éléments ont été de nature à permettre à l'autorité administrative d'appréhender le traitement des espaces libres et de la végétation.

5. D'autre part, les requérants soutiennent que le dossier de demande de permis présenterait des contradictions. Cependant, il ressort des pièces de ce dossier de demande que le conduit du poêle prévu est visible et expressément mentionné en légende sur l'ensemble des plans de façade du projet et pas uniquement sur le plan de la façade sud comme ils l'indiquent. En outre, la circonstance que la notice descriptive du projet ne mentionne pas explicitement l'existence d'un chauffage au bois mais indique " l'utilisation des énergies renouvelables (aérothermie) pour le chauffage " ne peut être regardée comme de nature à fausser l'appréciation de l'autorité administrative sur la conformité du projet à l'article Uh.15 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Loctudy prévoyant de privilégier les énergies renouvelables notamment le chauffage au bois, dès lors que l'existence d'un poêle ressort clairement des plans joints à la demande de permis de construire.

6. Enfin, si les requérants font valoir que le service instructeur n'aurait pas été en mesure d'apprécier la conformité du projet à l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, en raison de l'incohérence des cotes altimétriques entre le plan de masse et le plan de coupe du projet, il est constant que les pièces, reçues en mairie le 8 juillet 2020, correspondent à un plan de masse et un plan de coupe du projet mentionnant des cotes altimétriques ne comportant aucune incohérence.

7. Il résulte de ce qui précède que les moyens relatifs au caractère incomplet et contradictoire du dossier de demande de permis de construire, en méconnaissance des dispositions des articles R. 431-8, et R. 431-9 du code de l'urbanisme, doivent être écartés.

En ce qui concerne la légalité de la construction objet des travaux :

8. Aux termes de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou la décision d'opposition à déclaration préalable ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme. / Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables : 1° Lorsque la construction est de nature, par sa situation, à exposer ses usagers ou des tiers à un risque de mort ou de blessures de nature à entraîner une mutilation ou une infirmité permanente ; / 2° Lorsqu'une action en démolition a été engagée dans les conditions prévues par l'article L. 480-13 ;/ 3° Lorsque la construction est située dans un parc national créé en application des articles L. 331-1 et suivants du code de l'environnement ou dans un site classé en application des articles L. 341-2 et suivants du même code ; / 4° Lorsque la construction est située sur le domaine public ; / 5° Lorsque la construction a été réalisée sans qu'aucun permis de construire n'ait été obtenu alors que celui-ci était requis () ".

9. Les dispositions précitées sont uniquement applicables aux refus de permis de construire ainsi qu'aux décisions d'opposition à déclaration préalable et, par suite, inopérantes en l'espèce. En tout état de cause, il ressort des actes de ventes successifs produits à l'instance, dont un acte daté du 1er septembre 1919, que la remise faisant l'objet des travaux contestés a été édifiée avant l'entrée en vigueur de la loi du 15 juin 1943 instaurant la législation sur les permis de construire et doit ainsi être regardée comme légalement édifiée. Par suite, le moyen tiré du caractère irrégulier de la construction initiale faisant l'objet des travaux doit être écarté.

En ce qui concerne le risque de submersion marine :

10. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". En vertu de l'article L. 562-1 du code de l'environnement, l'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles, en particulier pour les inondations, qui ont notamment pour objet de délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de leur nature et de leur intensité, d'y interdire les constructions ou la réalisation d'aménagements ou d'ouvrages ou de prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités. L'article L. 562-4 du code de l'environnement précise que : " le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé vaut servitude d'utilité publique. Il est annexé au plan d'occupation des sols, conformément à l'article L. 126-1 du code de l'urbanisme () ".

11. Les prescriptions d'un plan de prévention des risques naturels prévisibles, destinées notamment à assurer la sécurité des personnes et des biens exposés aux risques en cause et valant servitude d'utilité publique, s'imposent directement aux autorisations de construire, sans que l'autorité administrative soit tenue de reprendre ces prescriptions dans le cadre de la délivrance du permis de construire. Il incombe à l'autorité compétente pour délivrer une autorisation d'urbanisme de vérifier que le projet respecte les prescriptions édictées par le plan de prévention et, le cas échéant, de préciser dans l'autorisation les conditions de leur application. Si les particularités de la situation l'exigent et sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, il peut subordonner la délivrance du permis de construire sollicité à des prescriptions spéciales, s'ajoutant aux prescriptions édictées par le plan de prévention dans cette zone, si elles lui apparaissent nécessaires pour assurer la conformité de la construction aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Ce n'est que dans le cas où l'autorité compétente estime, au vu d'une appréciation concrète de l'ensemble des caractéristiques de la situation d'espèce qui lui est soumise et du projet pour lequel l'autorisation de construire est sollicitée, y compris d'éléments déjà connus lors de l'élaboration du plan de prévention des risques naturels, qu'il n'est pas légalement possible d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions permettant d'assurer la conformité de la construction aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, qu'elle peut refuser, pour ce motif, de délivrer le permis.

12. En vertu de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

13. Pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, il appartient à l'autorité compétente en matière d'urbanisme, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent, et pour l'application de cet article en matière de risque de submersion marine, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, en l'état des données scientifiques disponibles, ce risque de submersion en prenant en compte notamment le niveau marin de la zone du projet, le cas échéant, sa situation à l'arrière d'un ouvrage de défense contre la mer ainsi qu'en pareil cas, la probabilité de rupture ou de submersion de cet ouvrage au regard de son état, de sa solidité et des précédents connus de rupture ou de submersion.

14. Aux termes du chapitre 6 du titre II du règlement du plan de prévention des risques littoraux Ouest Odet relatif aux dispositions applicables en zone réglementaire " bleu " : " La zone bleue correspond à la zone urbanisée où l'aléa est moyen ou faible. () / Les constructions nouvelles, comme les transformations de constructions existantes, n'y sont très généralement admises que sous réserve de prescriptions, en relation avec leur exposition au risque d'inondation. Lors de travaux de transformation de constructions existantes, leur vulnérabilité ne doit pas être aggravée et si possible réduite. / Aucune pièce de sommeil* ne pourra être réalisée au-dessous de la cote N2100 + 0,20 m d'incertitudes liées au bâti. / () Article 1 - Occupations et utilisations du sol interdites / Sont interdits : / - toutes les constructions, installations, ouvrages, aménagements nouveaux, la création et l'extension de terrains de camping, de parcs résidentiels de loisir et des aires d'accueil de camping-cars, à l'exception des cas prévus à l'article 2 suivant. / Article 2 - Occupations et utilisations du sol soumises à prescriptions particulières / Sont autorisés : / a. les constructions nouvelles, à l'exception des établissements sensibles et des établissements stratégiques indispensables à la gestion de crise, à condition que le premier niveau de plancher soit situé à la cote N2100 augmentée de 0,20 m d'incertitudes liées au bâti. / b. les extensions des constructions existantes et les dépendances : / b.1 - Les extensions / Pour les bâtis à usage d'habitation - si le bâti déjà existant sur le terrain est inférieur à 80 m² d'emprise au sol, dans la limite de 40 m² d'emprise au sol du bâtiment existant à la date d'approbation du PPRL, / - si le bâti déjà existant sur le terrain est supérieur à 80 m² d'emprise au sol, dans la limite de 50 % d'emprise au sol du bâti existant à la date d'approbation du PPRL, / et à condition que : / - la sécurité des occupants soit assurée et la vulnérabilité des biens réduite, / - le premier niveau de plancher soit situé : / soit à la cote N2100 augmentée de 0,20 m d'incertitudes liées au bâti, / soit à la cote NR augmentée de 0,20m d'incertitudes liées au bâti avec accès à un espace refuge situé au minimum à la cote N2100 augmentée de 0,20m d'incertitudes liées au bâti. / () c. les travaux de réhabilitation, de rénovation, ou les changements de destination, n'induisant pas plan local de l'urbanismes de vulnérabilité, à condition : - que le premier niveau de plancher soit situé : / - soit à la cote N2100 augmentée de 0,20 m d'incertitudes liées au bâti, / - soit à la cote NR augmentée de 0,20 m d'incertitudes liées au bâti avec accès à un espace refuge situé au minimum à la cote N2100 augmentée de 0,20 m d'incertitudes liées au bâti. / () ". Le glossaire figurant dans ce règlement définit la vulnérabilité comme : " Exprime et mesure le niveau de conséquences prévisibles de l'impact d'un aléa sur les enjeux (populations, bâtiments, infrastructures, etc.). Notion indispensable en gestion de crise déterminant les réactions probables des populations, leurs capacités à faire face à la crise, les nécessités d'évacuation, etc. / Afin de diminuer la vulnérabilité, il sera recherché en priorité de diminuer le risque d'atteinte à la vie humaine (niveau refuge, pas de pièce de sommeil sous la cote de référence, ) et au bâti (adapter les éléments de construction aux aléas potentiels : submersion, chocs mécaniques des vagues, ) ".

15. Le terrain d'assiette du projet est situé en zone bleue du règlement graphique du plan de prévention des risques littoraux Ouest Odet approuvé le 12 juillet 2016. Il résulte des cartes de cotes d'eau annexées au règlement du plan de prévention des risques littoraux que, dans le secteur concerné par le projet, la cote d'eau de référence à cent ans N2100 à terre est fixée au niveau du terrain naturel auquel doivent être ajoutés vingt centimètres.

16. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées du plan de prévention de risques littoraux Ouest Odet que le classement en zone bleue correspond à un aléa faible à moyen au regard des risques de submersion, entraînant le respect de certaines prescriptions telles l'interdiction de prévoir des pièces de sommeil en dessous d'une cote altimétrique donnée et celle d'accroître la vulnérabilité des constructions existantes. D'une part, il ressort de la lecture combinée du règlement graphique et du rapport de présentation du plan local d'urbanisme de la commune de Loctudy que le règlement graphique du plan local d'urbanisme se limite à reproduire le zonage instauré par le plan de prévention des risques littoraux Ouest Odet et n'identifie, en conséquence, aucun risque supplémentaire pour la sécurité publique. D'autre part, si les requérants soutiennent que le terrain d'assiette du projet n'est pas protégé par un quelconque ouvrage de défense contre la mer, il ressort de l'atlas cartographique annexé au plan de prévention des risques littoraux Ouest Odet qu'il est situé en retrait d'un mur de protection. Enfin, si les requérants invoquent l'existence de dommages subis par le passé en raison d'épisodes météorologiques tempétueux, ils n'établissent pas la survenue de dégâts dans le secteur du terrain d'assiette du projet litigieux alors même que les documents du plan de prévention des risques littoraux permettent d'identifier précisément les conséquences de ces évènements sur les différents secteurs de la commune.

17. En deuxième lieu, les requérants font valoir que le dossier de permis de construire comporte un premier niveau de plancher situé à une cote altimétrique inférieure à celle du terrain naturel prévu par le plan de prévention des risques littoraux Ouest Odet et que projet prévoit la création d'une surface habitable supplémentaire conduisant à accroître la présence humaine sur le terrain qui a nécessairement pour effet d'aggraver la vulnérabilité de la construction initiale. Cependant, d'une part, la création d'un étage supplémentaire par la surélévation de la remise existante assure un niveau refuge, au sens du plan de prévention des risques littoraux Ouest Odet, et apparaît ainsi de nature à améliorer la sécurité des occupants. D'autre part, à supposer que le projet comporte un premier niveau de plancher situé à une cote altimétrique inférieure à celle du terrain naturel, en méconnaissance des dispositions du plan de prévention des risques littoraux Ouest Odet, il est constant que le maire de la commune de Loctudy a fait usage des pouvoirs qu'il tient de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme cité au point 10 en assortissant le permis de construire d'une prescription spéciale, à l'article 2 , portant sur la hauteur du premier plancher de l'extension de la maison, ainsi d'ailleurs que sur la surface de la remise de stockage, pour respecter le plan de prévention des risques littoraux Ouest Odet.

18. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté litigieux n'est pas entaché d'illégalité au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, ni au regard du chapitre 6 du titre II du règlement du plan de prévention des risques littoraux Est Odet.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Uh 3 du règlement du plan local d'urbanisme :

19. Aux termes de l'article Uh 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Loctudy : " Les dimensions, formes et caractéristiques techniques des voies publiques ou privées, doivent être adaptées aux usages qu'elles supportent ou aux opérations qu'elles doivent desservir. / Les voies doivent présenter des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie et de la protection civile () ".

20. Les requérants invoquent l'étroitesse de la voie d'accès au terrain d'assiette du projet, les risques d'inondation et la configuration des lieux qui obligerait les occupants à sortir de leur propriété en marche arrière sans visibilité. Le projet litigieux qui a pour seul objet d'autoriser l'extension d'une construction existante n'emporte en lui-même aucune augmentation significative de la circulation et ne modifie pas la desserte du bien existant qui s'effectue par une voie à sens unique, d'une largeur de 3,79 mètres, sur laquelle la vitesse de circulation est limitée à 20 km/h. Par suite, les risques pour la sécurité allégués par les requérants n'étant pas établis, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Uh 11 du règlement du plan local d'urbanisme :

21. Aux termes de l'article Uh 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Loctudy : " () 2. Généralités / Rappel de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales." / Les matériaux et couleurs utilisés devront s'harmoniser avec les éléments du voisinage (bâtiments existants) et donc s'inscrire dans la même gamme de teinte et dans la même tonalité, conformément au nuancier présenté en mairie ou en annexe 2 du présent règlement. / 2.1 Constructions à vocation d'habitation ou de bureaux / () Sont interdits : / - Toute référence architecturale locale autre que bretonne ; / () 2.4 Extensions des bâtiments existants. / Les interventions sut le bâti existant () devront respecter et préserver l'esprit de l'architecture d'origine du bâtiment. La volumétrie, les toitures, l'aspect, le rythme et les proportions des ouvertures, les matériaux et menuiseries des extensions devront s'inspirer de ceux du bâtiment existant et être en harmonie avec celui-ci, l'autorité chargée de la délivrance des autorisations d'urbanisme veillera à la qualité architecturale du projet, et arrêtera avec les auteurs de tels projets les conditions d'intégration. () ".

22. Il résulte de ces dispositions que, si le projet porte atteinte à l'environnement naturel ou urbain, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une telle atteinte de nature à fonder le refus d'autorisation ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de cette autorisation, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité de l'environnement naturel ou urbain dans lequel le projet est prévu et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que ce projet, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur lui. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité de l'autorisation d'urbanisme délivrée, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés à ces dispositions.

23. Le terrain d'assiette du projet en litige se situe en zone Uh du plan local d'urbanisme de la commune de Loctudy qui, selon son règlement, " est consacrée à l'habitat et peut accueillir les commerces, les services et activités compatibles avec l'habitat ". L'extension de la construction projetée s'inscrit dans un secteur comportant à la fois des maisons d'architecture bretonne traditionnelle, caractérisées principalement par une toiture à deux pentes en ardoise, et des maisons de style contemporain comportant des toitures mono-pente, voire arrondies. Les constructions avoisinantes présentent une hétérogénéité des matériaux et des coloris utilisés avec des façades qui peuvent être en pierres ou recouvertes d'un enduit blanc, mais également en bardage bois foncé pour une maison située à environ 180 mètres du terrain d'assiette litigieux. Le projet, qui a en particulier pour objet de surélever la construction en pierre existante pour créer un premier étage, prévoit de conserver la pierre existante comme matériau pour le rez-de chaussée, et la mise en place d'un bardage vertical en lames de bois de couleur claire pour la surélévation. La toiture du projet sera réalisée en aluminium de couleur grise favorisant une insertion harmonieuse avec les toitures majoritairement en ardoise du secteur. Le volume et la hauteur de la construction seront comparables aux autres maisons du secteur, en particulier au regard de la maison des requérants comme des pétitionnaires. Enfin, les requérants ne peuvent utilement invoquer les dispositions précitées du point 2.1 de l'article Uh 11 du règlement du plan local d'urbanisme qui ne sont pas relatives aux extensions de bâtiments existants mais aux nouvelles constructions à usage d'habitation ou de bureaux, l'extension projetée ne faisant en tout état de cause pas référence à une architecture locale autre que bretonne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article Uh 11 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Uh 13 du règlement du plan local d'urbanisme :

24. Aux termes de l'article Uh 13 du plan local d'urbanisme de la commune de Loctudy : " Des espaces libres non imperméabilisés doivent être aménagés et représenter au minimum 20% de la superficie du terrain. Cette règle ne s'applique pas aux extensions de construction existante sur des terrains d'une superficie inférieure à 300 m² () ".

25. Les requérants qui se bornent à soutenir que cette règle " ne paraît pas être respectée " n'assortissent ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, ils ne contestent pas les éléments produits par les pétitionnaires retenant une surface de 84,34 m² non imperméabilisée représentant plus de 20 % de la surface du terrain, respectant ainsi les dispositions de l'article Uh 13 du règlement du plan local d'urbanisme.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Uh 15 du règlement du plan local d'urbanisme :

26. Aux termes de l'article Uh 15 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Loctudy : " Les systèmes de production d'énergies renouvelables seront privilégiés, par exemple : panneaux solaire, chauffage au bois, pompe à chaleur Ces systèmes doivent être intégrés aux volumes des constructions (par exemple, les panneaux solaires seront intégrés dans la toiture) () ".

27. Ainsi que précisé au point 5, le projet litigieux prévoit notamment un chauffage par un poêle à bois. Il résulte expressément des dispositions précitées que le chauffage au bois fait partie des modes de production d'énergie à privilégier. Par suite, le moyen tiré de ce que le projet ne prévoirait pas l'utilisation d'énergies renouvelables en méconnaissance de l'article Uh 15 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune doit être écarté.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 15 juillet 2020 par lequel le maire de la commune de Loctudy a délivré un permis de construire à M. B et Mme A, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Loctudy, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

30. Il a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de M. D, Mme H et M. et Mme I le versement d'une somme de 750 euros à la commune de Loctudy et d'une somme de 750 euros à M. B et Mme A, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête e M. D et autres est rejetée.

Article 2 : M. D, Mme H et M. et Mme I verseront à la commune de Loctudy une somme globale de 750 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. D, Mme H et M. et Mme I verseront à M. B et Mme A une somme globale de 750 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. L D et Mme E H, désignés représentants uniques des requérants dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Loctudy, ainsi qu'à M. G B et Mme F A.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

C. Radureau

L'assesseur le plus ancien,

Signé

F. Bozzi

Le greffier,

Signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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