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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2100045

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2100045

mercredi 14 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2100045
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOBEE TESSIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 6 janvier 2021 et 11 juillet 2022, sous le n° 2100045, M. A C, représenté par Me Dugard-Hillmeyer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) l'annulation du titre de perception du 20 février 2020 lui réclamant la somme de 9 589,18 euros ;

2°) la décharge de l'obligation de payer cette somme ;

3°) l'annulation de la décision du 18 novembre 2020 du commissariat des armées rejetant son recours administratif ;

4°) l'annulation de la décision de la direction départementale des finances publiques du 20 novembre 2020 rejetant son recours et confirmant le titre de perception émis le 20 février 2020 et l'obligation de paiement ;

5°) la mise à la charge du ministère des armées d'une somme de 1 500 euros à lui verser en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence ;

6°) la mise à la charge du ministère des armées d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

7°) la mise à la charge de la direction départementale des finances publiques d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la créance de l'Etat était prescrite, le délai de prescription ayant couru du 1er octobre 2016 au 1er octobre 2018 ;

- le délai de prescription est de deux ans en application de l'article 37-1 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 dès lors qu'il s'agit d'un indu de rémunération ;

- la décision du 27 janvier 2020 a été notifiée à son ancienne adresse alors qu'il avait informé l'administration de sa nouvelle adresse ; cela l'a privé de la possibilité de former un recours gracieux contre cette décision.

Par deux mémoires en défense, enregistrés respectivement les 21 janvier et 24 août 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il oppose une fin de non-recevoir aux conclusions indemnitaires de M. C, tirée de l'absence de liaison du contentieux et soutient pour le surplus que :

- la créance en litige n'était pas prescrite, le délai de prescription applicable étant de cinq ans ;

- la lettre du 27 janvier 2020 a été régulièrement notifiée, dès lors que M. C n'avait pas fait connaître son changement d'adresse au ministère des armées ;

- la créance en cause est fondée, aucune faute n'a été commise et M. C n'a subi aucun préjudice.

II - Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 6 janvier 2021 et 11 juillet 2022, sous le n° 2100046, M. A C, représenté par Me Dugard-Hillmeyer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) l'annulation du titre de perception du 20 février 2020 lui réclamant la somme de 9 589,18 euros ;

2°) la décharge de l'obligation de payer cette somme ;

3°) l'annulation de la décision du 18 novembre 2020 du commissariat des armées rejetant son recours administratif ;

4°) l'annulation de la décision de la direction départementale des finances publiques du 20 novembre 2020 rejetant son recours et confirmant le titre de perception émis le 20 février 2020 et l'obligation de paiement ;

5°) la mise à la charge du ministère des armées d'une somme de 1 500 euros à lui verser en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence ;

6°) la mise à la charge du ministère des armées d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

7°) la mise à la charge de la direction départementale des finances publiques d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la créance de l'Etat était prescrite, le délai de prescription ayant couru du 1er octobre 2016 au 1er octobre 2018 ;

- le délai de prescription est de deux ans en application de l'article 37-1 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 dès lors qu'il s'agit d'un indu de rémunération ;

- la décision du 27 janvier 2020 a été notifiée à son ancienne adresse alors qu'il avait informé l'administration de sa nouvelle adresse ; cela l'a privé de la possibilité de former un recours gracieux contre cette décision.

Par un mémoire, enregistré le 14 janvier 2021, l'administratrice générale des finances publiques de la direction départementale des finances publiques du Finistère s'est déclarée incompétente pour connaître du présent litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la créance en litige n'était pas prescrite, le délai de prescription applicable étant de cinq ans ;

- la lettre du 27 janvier 2020 a été régulièrement notifiée, dès lors que M. C n'avait pas fait connaître son changement d'adresse au ministère des armées ;

- la créance en cause est fondée, aucune faute n'a été commise et M. C n'a subi aucun préjudice.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code civil ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°s 2100045 et 2100046 de M. C présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin de statuer par un seul jugement.

2. M. C, second maître sous contrat au sein de la marine nationale, a été affecté au sein de la compagnie des marins-pompiers de la base navale de Brest. Il a suivi du 3 novembre 2014 au 21 juin 2015 une formation spécialisée au brevet supérieur " marin-pompier " qu'il a obtenu le 1er août 2015. Ayant réussi le concours d'admission dans le corps des sapeurs-pompiers et désirant rejoindre un poste vacant au sein du service départemental d'incendie et de secours de Seine-Maritime, M. C a sollicité, le 21 juin 2016, la résiliation de son contrat d'engagement. Le 21 juillet 2016, l'ordre de cessation de l'état militaire de M. C a été donné et il a été radié des contrôles le 1er septembre 2016. Le 27 janvier 2020, le centre expert ressources humaines de la direction du personnel militaire de la marine a adressé à l'intéressé un courrier l'informant qu'ayant quitté le service avant la fin de la période de quatre ans, prévue pour la formation spécialisée suivie, il était redevable du remboursement du montant des frais de sa formation au brevet supérieur " marin-pompier ", pour un montant de 9 589,18 euros. Ce courrier a toutefois été expédié à une adresse à laquelle M. C ne résidait plus à cette date. Le 20 février 2020, la direction générale des finances publiques a émis un titre de perception afin de recouvrer cette créance de l'État. Ce titre de perception a été adressé à M. C, d'abord à son ancienne adresse, puis le 3 juillet 2020 à l'adresse où il résidait en 2020. Cette réexpédition a été assortie d'une prorogation jusqu'au 15 septembre 2020 de la date limite de paiement. Le 2 septembre 2020, M. C a formé un recours administratif préalable obligatoire auprès du comptable public chargé du recouvrement, conformément aux prévisions de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, qui l'a transmis à l'ordonnateur. Le 18 novembre 2020, l'adjointe au chef de la division finances de la plate-forme commissariat Ouest Rennes du service du commissariat des armées a rejeté ce recours. Le 20 novembre 2020, l'administratrice générale des finances publiques de la direction départementale des finances publiques du Finistère a informé M. C qu'en raison du rejet de son recours administratif préalable obligatoire, il restait redevable de la somme de 9 589,18 euros et qu'à défaut de paiement de cette somme, un recouvrement contentieux pourrait être engagé. Dans le cadre de la présente instance, M. C demande l'annulation du titre de perception, de la décision du 18 novembre 2020 rejetant son recours administratif préalable obligatoire, ainsi que du courrier du 20 novembre 2020.

Sur les conclusions en annulation :

3. Aux termes de l'article L. 4139-13 du code de la défense : " () la résiliation du contrat du militaire servant en vertu d'un contrat, régulièrement acceptée par l'autorité compétente, entraîne la cessation de l'état militaire. () la résiliation du contrat, (), ne peut être acceptée que pour des motifs exceptionnels, lorsque, ayant reçu une formation spécialisée ou perçu une prime liée au recrutement ou à la fidélisation, le militaire n'a pas atteint le terme du délai pendant lequel il s'est engagé à rester en activité. ".

4. Aux termes de l'article R. 4139-50 du code de la défense : " Pour l'application du deuxième aliéna de l'article L. 4139-13, un arrêté conjoint du ministre de la défense et du ministre de l'intérieur fixe la liste des formations et la durée du lien au service qui leur est attachée. / Le militaire admis à une formation spécialisée s'engage à servir en position d'activité ou en détachement d'office, pour la durée fixée par l'arrêté mentionné au premier alinéa, à compter de la date d'obtention du titre validant la formation ou, à défaut, de la date de la fin de la formation. () ". Aux termes de l'article R. 4139-51 du même code : " Le militaire admis à suivre une formation spécialisée est tenue à un remboursement : 1° Lorsqu'il ne satisfait pas à l'engagement prévu au deuxième alinéa de l'article R. 4139-50 ; / () / A moins qu'il en soit disposé autrement dans les statuts particuliers, le montant du remboursement est égal au total des rémunérations perçus pendant la période de formation spécialisée, affecté d'un coefficient multiplicateur dont le taux est fixé par l'arrêté mentionné au premier alinéa de l'article R. 4139-50. Ce montant décroît proportionnellement au temps obligatoire de service accompli à l'issue de cette formation spécialisée. ". L'annexe IV à l'arrêté du 26 juillet 2013 fixant la liste des formations spécialisées et la durée du lien au service qui leur est attachée, en vigueur jusqu'au 31 décembre 2014, et l'annexe IV à l'arrêté du 16 décembre 2014 fixant la liste des formations spécialisées et la durée du lien au service qui leur est attachée, en vigueur du 1er janvier 2015 au 31 août 2015, fixent, pour les formations donnant le brevet supérieur suivies par des officiers mariniers, à quatre années la durée du lien au service.

En ce qui concerne la prescription :

5. Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. ".

6. Aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. / () ".

7. Il résulte des dispositions citées au point 4 que la créance dont le remboursement est réclamé à M. C, alors même que son montant est calculé à partir des rémunérations perçues pendant la période de formation spécialisée, ne résulte pas de paiements indus de rémunérations, mais de la résiliation par l'intéressé de son contrat d'engagement, avant la fin de la période de quatre ans au titre de laquelle il s'était engagé à servir, après avoir été admis à la formation spécialisée au brevet supérieur marin-pompier. Ce montant est réputé correspondre à la fraction du coût de la formation spécialisée en cause qu'il est tenu de rembourser en application des dispositions, citées ci-dessus, de l'article R. 4139-51 du code de la défense. Par suite, M. C ne peut valablement se prévaloir des dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le ministre des armées est fondé à soutenir que le délai de prescription, de droit commun, de cinq ans prévu à l'article 2224 du code civil est applicable et que, par suite, la créance de l'État, née le 1er septembre 2016 lors de la radiation du requérant des contrôles, n'était pas prescrite le 20 février 2020, date d'établissement du titre de perception en litige ni, au demeurant, à la date à laquelle M. C l'a effectivement reçu.

En ce qui concerne le moyen tiré de la notification du courrier du 27 janvier 2020 à l'ancienne adresse de M. C :

8. M. C soutient que n'ayant pas été destinataire de ce courrier, notifié à ce qui était alors son ancienne adresse, il n'a pas pu former un recours gracieux contre cette " décision ". Toutefois, si à l'appui de ce moyen, M. C produit le récapitulatif d'une démarche de changement d'adresse, effectuée le 26 juillet 2016 sur internet, indiquant son déménagement de Saint-Renan dans le Finistère à destination de Le Mesnil Esnard en Seine-Maritime, aucun service du ministère des armées ne figure au nombre des destinataires de cette information. Par suite, M. C n'établit pas que la direction du personnel militaire de la marine était informée de son changement d'adresse et le ministre des armées, qui soutient le contraire, sans être ainsi valablement contredit, est fondé à faire valoir que le courrier du 27 janvier 2020 expédié à la dernière adresse de M. C, connue du service, a été régulièrement notifié. Au demeurant, dans ce courrier du 27 janvier 2020, le chef du centre d'expertise des ressources humaines de la direction du personnel militaire de la marine s'est limité à informer M. C qu'il devait rembourser ses frais de formation, à porter à sa connaissance les motifs de cette obligation ainsi que le détail du calcul de cette créance et à annoncer l'émission à venir d'un titre de perception pour son recouvrement. Par suite, M. C, qui n'est pas fondé à soutenir que la notification du courrier du 27 janvier 2020 a été irrégulière, ne peut, en tout état de cause, utilement faire valoir qu'il a été privé d'une possibilité de former un recours gracieux contre ce courrier, qui ne constitue pas une décision mais uniquement un acte préparatoire au titre de perception émis le 20 février 2020.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation des actes attaqués, ainsi que celles en décharge de l'obligation de payer la somme de 9 589,18 euros, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de celles de ces conclusions qui sont dirigées contre le courrier du 20 novembre 2020.

10. M. C n'établissant pas l'illégalité des actes attaqués et par suite l'existence d'une faute, ses demandes indemnitaires doivent, en tout état de cause, être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre des armées.

Sur les frais d'instance :

11. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2100045 et 210046 de M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre des armées.

Copie du présent jugement sera adressée à la direction départementale des finances publiques du Finistère.

Délibéré après l'audience du 31 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.

Le rapporteur,

signé

E. BLe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2100045, 2100046

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