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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2100288

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2100288

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2100288
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 janvier 2021 et le 25 mars 2021,

M. A B, représenté par Me Vincent Lahalle, avocat de la SELARL Lexcap, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 août 2020 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de l'autoriser à acquérir et détenir trois armes de la catégorie B1, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui accorder les trois autorisations d'acquisition et de détention d'armes de la catégorie B1 qu'il a sollicitées ou, à défaut, de procéder au réexamen de ses demandes, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son recours n'est pas tardif, le préfet n'ayant pas accusé réception de son recours gracieux en lui exposant les conditions dans lesquelles une décision implicite est susceptible d'intervenir et en l'informant des délais de recours ouverts ;

- la décision contestée du 14 août 2020 a été signée par une autorité dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il possède déjà de manière régulière, en sa qualité de tireur sportif, trois carabines, selon une autorisation délivrée un an auparavant par les services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, et qu'il exerce actuellement au sein d'un club de tir des fonctions d'animateur pour lesquelles il a suivi une formation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2021, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut à l'irrecevabilité de la requête.

Il fait valoir que la requête de M. B est tardive, le recours gracieux qu'il a formé, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet, née le 6 novembre 2020, n'ayant prolongé les délais de recours contentieux que jusqu'au 7 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public,

- et les observations de Me Cazo, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 14 août 2020, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé d'accorder à

M. B les autorisations d'acquisition et de détention de trois armes de la catégorie B1 qu'il avait sollicitées le 2 janvier 2020. Après avoir vainement formé un recours gracieux,

M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". L'article R. 421-2 de ce code dispose que : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. () ". Enfin, l'article R. 421-5 du même code rappelle que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 110-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérées comme des demandes au sens du présent code les demandes et les réclamations, y compris les recours gracieux ou hiérarchiques, adressées à l'administration. ". L'article L. 112-3 du même code précise que : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. () ". L'article R. 112-5 du même code ajoute que : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : / 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; / 2° La désignation, l'adresse postale et, le cas échéant, électronique, ainsi que le numéro de téléphone du service chargé du dossier ; / 3° Le cas échéant, les informations mentionnées à l'article L. 114-5, dans les conditions prévues par cet article. / Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. () ". En outre, selon l'article L. 112-6 dudit code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. () ".

4. Il résulte de ces dispositions, d'une part, qu'en l'absence d'accusé de réception comportant les mentions prévues par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, les délais de recours contentieux contre une décision implicite de rejet ne sont, en principe, pas opposables à son destinataire et, d'autre part, qu'un recours gracieux constituant une demande, ce principe s'applique aux décisions rejetant implicitement un tel recours gracieux.

5. Le préfet d'Ille-et-Vilaine soutient que la requête de M. B, enregistrée le

20 janvier 2021, est tardive dès lors que le recours gracieux qu'il a formé, par courrier daté du

6 septembre 2020, implicitement rejeté, n'a eu pour effet de prolonger le délai de recours contentieux contre la décision initiale du 14 août 2020 que jusqu'au 7 janvier 2021. Toutefois, si le préfet admet ainsi avoir été destinataire du recours gracieux que lui a adressé M. B, il n'établit ni la date à laquelle ses services l'ont réceptionné ni en avoir accusé réception, par un courrier comportant les mentions prévues par l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, le délai de recours contentieux fixé par le code de justice administrative n'était pas opposable à M. B. Dans ces conditions, le préfet

d'Ille-et-Vilaine n'est pas fondé à opposer une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête de M. B. Cette fin de non-recevoir ne peut donc qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. D'une part, aux termes de l'article R. 312-40 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable au litige : " Peuvent être autorisés pour la pratique du tir sportif à acquérir et à détenir des armes, munitions et leurs éléments des 3° bis et 7° de la rubrique 1 du I et des 1°, 2°, 4°, 5°, 9° et 10° du II de l'article R. 311-2 : / () 2° Les personnes majeures et les tireurs sélectionnés de moins de dix-huit ans participant à des concours internationaux, membres des associations mentionnées au 1° du présent article, dans la limite de douze armes. () ". Selon l'article R. 312-21 de ce code, dans sa version en vigueur à la date de la décision litigieuse : " En application des articles L. 312-2 et L. 312-4, les conditions dans lesquelles peuvent être autorisées l'acquisition et la détention des matériels de guerre, armes, munitions et de leurs éléments des catégories A et B sont définies, par catégorie de personnes intéressées, au paragraphe 6 de la présente sous-section. / L'autorisation n'est pas accordée lorsque le demandeur : /1° Se trouve dans une situation prévue aux 1°, 2° ou 3° de l'article L. 312-16 ; / 2° A été condamné pour l'une des infractions mentionnées au 1° de l'article L. 312-3 du présent code figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ou dans un document équivalent pour les ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne ou d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ; / 3° A un comportement incompatible avec la détention de ces matériels de guerre, armes, munitions et leurs éléments, révélé par l'enquête diligentée par le préfet. Cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; / 4° Fait l'objet d'une mesure de protection juridique en application de l'article 425 du code civil, a été ou est admis en soins psychiatriques sans consentement en application de l'article 706-135 du code de procédure pénale et des articles L. 3212-1 à

L. 3213-11 du code de la santé publique ou est dans un état physique ou psychique manifestement incompatible avec la détention de ces matériels de guerre, armes, munitions et leurs éléments. / L'autorisation peut toutefois être accordée par le préfet dès lors que la personne ayant fait l'objet de soins psychiatriques sans consentement présente un certificat médical conforme aux dispositions de l'article R. 312-6. "

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; (). ".

8. De la lecture de la décision du 14 août 2020, il ressort qu'après avoir rappelé que M. B a déposé le 2 janvier 2020 trois demandes d'autorisation d'acquisition et de détention d'armes de la catégorie B1, le secrétaire général de la préfecture se borne à lui faire savoir qu'" après étude attentive de votre demande, j'ai le regret de vous faire connaître qu'il ne m'est pas possible de lui réserver une suite favorable. ". Bien que les décisions qui refusent l'autorisation ou le renouvellement d'une autorisation de détention ou de port d'armes sont au nombre de celles dont la communication des motifs est de nature à porter atteinte à la sécurité publique et n'ont dès lors pas à être motivées en application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, les seules mentions portées sur la décision en litige ne permettent ni au requérant, ni au tribunal d'apprécier les considérations de fait sur lesquelles le préfet a entendu se fonder. Or, dans le cadre de la présente instance, le préfet d'Ille-et-Vilaine se contente de conclure à l'irrecevabilité de la requête de M. B, sans apporter la moindre précision sur les considérations de fait l'ayant conduit à refuser les demandes d'autorisation d'acquisition d'armes déposées par l'intéressé. Il n'établit pas, ainsi, que M. B se trouvait dans un des cas, listés à l'article R. 312-21 du code de la sécurité intérieure, permettant de refuser les autorisations sollicitées sur le fondement de l'article R. 312-40 du même code. Le préfet ne conteste pas davantage que M. B exerce régulièrement le tir sportif au sein d'un club tir, dans lequel il a également la qualité d'animateur et qu'il l'a autorisé, l'année précédente, à détenir, en cette qualité de tireur sportif, trois carabines. Par suite, et en l'état de l'instruction, M. B est fondé à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 14 août 2020 du préfet d'Ille-et-Vilaine concernant M. B, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux, doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique seulement que le préfet d'Ille-et-Vilaine procède au réexamen des demandes d'autorisation d'acquisition et de détention d'armes qui lui ont été présentées par M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à M. B d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 14 août 2020 du préfet d'Ille-et-Vilaine concernant M. B, ainsi que la décision de rejet implicite de son recours gracieux, sont annulées.

Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Une copie du présent jugement sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vergne, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

La rapporteure,

signé

M. Thalabard

Le président,

signé

G.-V. Vergne

La greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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