lundi 15 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2100294 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SALIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2021, M. G, représenté par Me Salin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2020 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;
2°) de saisir la Cour de justice de l'Union européenne d'une question préjudicielle tenant à la compatibilité des dispositions des articles L. 832-2 et R. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard des droits conférés par le statut de citoyen européen ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trois jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. F soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;
- les articles L. 832-2 et R. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inconventionnels ;
- le visa demandé pour l'installation en France métropolitaine des étrangers résidant à Mayotte méconnait le principe de non-discrimination ;
- la décision méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 et 27 avril 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- et les observations de M. F.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant comorien, bénéficiaire d'un titre de séjour à Mayotte, valable jusqu'au 17 mai 2017, déclare être entré sur le territoire métropolitain le 18 janvier 2017. L'intéressé a fait l'objet d'un arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine en date du 13 mars 2018 portant obligation de quitter le territoire français sans délai. Il s'est maintenu en situation irrégulière et a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " parent d'enfant français ". Par une décision du 12 août 2020, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de faire droit à sa demande
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Par un arrêté du 23 juin 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation à M. B C, directeur des étrangers en France et, en cas d'absence ou d'empêchement, à M. D A, directeur adjoint et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer, notamment les refus de titre de séjour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit ainsi être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-3, les titres de séjour délivrés par le représentant de l'Etat à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 121-3, L. 313-4-1, L. 313-8, du 6° de l'article L. 313-10, de l'article L. 313-13 et du chapitre IV du titre Ier du livre III, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte. / Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département doivent obtenir un visa. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat, par le représentant de l'Etat à Mayotte après avis du représentant de l'Etat dans le département où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public. / Le visa mentionné au présent article est délivré de plein droit à l'étranger qui demande l'asile lorsqu'il est convoqué par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides pour être entendu. () ".
4. Ces dispositions imposaient à M. F, pour entrer en France métropolitaine, de disposer du visa mentionné à l'article L. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si l'intéressé soutient que ces dispositions font obstacle à la libre circulation en France, il ne ressort pas des pièces du dossier, s'agissant d'un refus de titre de séjour qui n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner de sa famille ni de contraindre ses proches à quitter la métropole, qu'elles feraient obstacle à la libre circulation en France de la personne avec laquelle il a conclu, postérieurement à son entrée en France métropolitaine, un pacte civil de solidarité ou de son enfant ni qu'elle conduirait à leur expulsion, ni qu'elle les obligerait à quitter la France. Dès lors, M. F n'est pas fondé à soutenir que ces dispositions seraient contraires à l'article 20 du Traité de fonctionnement de l'Union européenne ou aux articles 2 et 3 du protocole n° 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors au demeurant, qu'il ressort des énonciations du jugement du tribunal administratif de Poitiers que l'intéressé n'établit pas contribuer à l'entretien et l'éducation de son enfant tant en 2019 qu'en 2020, ni même avoir une vie commune avec la mère de son enfant. Par ailleurs, M. F qui n'établit pas, en tant que citoyen des Comores, être dans la même situation que les Mahorais ou les citoyens de l'Union européenne, n'établit pas que le visa spécial dont il doit disposer violerait le principe de non-discrimination ou le droit des nationaux à résider dans l'Etat membre de leur nationalité. Le moyen tiré de l'inconventionnalité des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile instituant un visa spécial pour les étrangers venant de Mayotte doit, en tout état de cause, être écarté.
5. Sous la qualification de " visa ", ces dispositions instituent une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'Etat à Mayotte, que doit obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans un autre département. La délivrance de cette autorisation spéciale, sous condition que l'étranger établisse les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour et les garanties de son retour à Mayotte, revient à étendre la validité territoriale du titre de séjour qui a été délivré à Mayotte, pour une durée qui ne peut en principe excéder trois mois. Les dispositions du 6° de l'article 313-11 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, qui subordonnent ainsi l'accès aux autres départements de l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte à l'obtention de cette autorisation spéciale, font obstacle à ce que cet étranger, s'il gagne un autre département sans avoir obtenu cette autorisation, puisse prétendre dans cet autre département à la délivrance de plein droit de la carte de séjour temporaire telle que prévue à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. F était titulaire d'un titre de séjour délivré par le représentant de l'Etat à Mayotte, valable jusqu'au 17 mai 2017 et qu'il est entré sur le territoire métropolitain le 18 janvier 2017. Il est constant qu'il n'a ni obtenu, ni même sollicité l'autorisation spéciale prévue par les dispositions précitées. La circonstance qu'il a conclu un pacte civil de solidarité le 9 juillet 2018 à Rennes avec une ressortissante française ne le dispensait pas de l'obligation de détenir cette autorisation spéciale, dès lors que cette union est intervenue postérieurement à son entrée sur le territoire métropolitain. Par suite, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pu légalement lui opposer une entrée irrégulière pour rejeter sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur.
7. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
8. La présente décision n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. F de sa famille et l'intéressé, qui n'a jamais disposé d'un titre de séjour en France métropolitaine, ne fait état d'aucun obstacle à la poursuite de sa vie familiale. Dans ces conditions, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. En se bornant à produire un rapport de portée générale sur l'enseignement à Mayotte, alors que la présente décision n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de leur père, M. F, qui n'apporte d'ailleurs aucun élément permettant de considérer qu'il assurerait l'entretien et l'éducation de son enfant, n'établit pas que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
11. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de saisir la Cour de justice de l'Union européenne d'une question préjudicielle, que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 août 2020, par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a refusé la délivrance d'un de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. F n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Ettat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. F demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H F et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Gourmelon, première conseillère,
Mme Le Berre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2023.
Le président-rapporteur,
signé
O. E
L'assesseur le plus ancien,
signé
V. GourmelonLa greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026