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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2100305

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2100305

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2100305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS ENARD-BAZIRE COLLIOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2021, M. C F, représenté par la SELARL EBC Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2020 par lequel le maire de Sauzon a autorisé la rénovation et l'extension d'une maison individuelle sur un terrain situé rue du Four ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sauzon le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet ;

- la demande n'a fait l'objet d'aucune consultation sur le fondement des dispositions de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2022, la commune de Sauzon, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. F le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 21 avril 2021, M. A E, Mme G E et Mme D E, doivent être regardés comme concluant au rejet de la requête.

Ils font valoir qu'ils se sont conformés à la procédure applicable et aux instructions de la mairie de Sauzon.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Maccario, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune de Sauzon.

Considérant ce qui suit :

1. M. E a présenté à la mairie de Sauzon une demande de permis de construire pour l'extension et la rénovation d'une maison située rue du Four. Par un arrêté en date du 26 novembre 2020, le maire de Sauzon accordé l'autorisation sollicitée. M. F, voisin du pétitionnaire, demande l'annulation de la décision du 26 novembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " 1'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale après la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. Dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale avant cette date, le maire est compétent, au nom de la commune, après délibération du conseil municipal. En l'absence de décision du conseil municipal, le maire est compétent, au nom de la commune, à compter du 1er janvier 2017. Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif ; b) Le préfet ou le maire au nom de l'Etat dans les autres communes. Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir ainsi que les déclarations préalables sur lesquelles il n'a pas été statué à la date du transfert de compétence restent soumises aux règles d'instruction et de compétence applicables à la date de leur dépôt. ". Aux termes de l'article L. 174-3 du même code : " Lorsqu'une procédure de révision du plan d'occupation des sols a été engagée avant le 31 décembre 2015, cette procédure peut être menée à terme en application des articles L. 123-1 et suivants, dans leur rédaction issue de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, sous réserve d'être achevée au plus tard le 26 mars 2017. Les dispositions du plan d'occupation des sols restent en vigueur jusqu'à l'approbation du plan local d'urbanisme et au plus tard jusqu'à cette dernière date. ".

3. Il est en l'espèce constant que la commune de Sauzon était dotée d'un plan d'occupation des sols, approuvé le 24 juin 1999, qui a été modifié le 5 septembre 2003, puis révisé le 17 décembre 2009. Si ce plan d'occupation des sols est devenu caduc au plus tard au 26 mars 2017, et qu'aucun document d'urbanisme n'est depuis cette date devenu opposable sur le territoire de la commune, le transfert de la compétence au maire, pour délivrer les autorisations d'urbanisme au nom de la commune, est devenu définitif et le maire de Sauzon était dès lors compétent pour statuer sur la demande de M. E. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du vice de procédure :

4. Aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; () ".

5. Aux termes de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur. ".

6. Ainsi qu'il a été dit, le plan d'occupation des sols est devenu caduc au plus tard au 26 mars 2017 et la commune était ainsi soumise au règlement national d'urbanisme lors du dépôt de la demande de permis de construire de M. E le 3 septembre 2020. Dès lors, en application de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme précité, le maire devait recueillir l'avis conforme du préfet du Morbihan sur la demande de permis de construire.

7. Or, il ressort des pièces du dossier que le maire de Sauzon a saisi, au titre de la consultation requise du préfet, la direction départementale des territoires et de la mer du Morbihan, chargée d'élaborer les avis conformes au titre de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme, par un bordereau d'envoi en date du 8 septembre 2020. Par un avis tacite du 8 octobre 2020, né du silence gardé par le préfet du Morbihan, le représentant de l'État s'est prononcé favorablement sur ce projet.

8. Enfin, le requérant ne mentionne pas quel autre service aurait dû être consulté sur le projet et ne permet donc pas au tribunal d'apprécier le bien-fondé de ce moyen. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de procédure, en ses différentes branches, doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire :

9. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; () ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu () ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain () ".

10. La régularité de la procédure d'instruction d'un permis de construire requiert la production par le pétitionnaire de l'ensemble des documents exigés par le code de l'urbanisme. Pour autant, la circonstance que le dossier de demande ne les comporterait pas tous ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

11. En premier lieu, si le requérant fait valoir que la notice de présentation ne mentionnerait pas la végétation présente sur la parcelle, il ressort des pièces du dossier que la demande comporte deux plans de masse PCMI2, le premier illustrant, au titre de l'état des lieux existant, la présence de deux arbres en fond de parcelles et le second indiquant la conservation de ces végétaux, qui apparaissent également sur le plan en coupe. La notice relate aussi dans la description du terrain l'existence d'un jardin qui est matérialisé, comme les deux arbres, sur le document graphique d'insertion PCMI6.

12. En deuxième lieu, si M. F soutient à juste titre que le bâti avoisinant n'est pas décrit dans la notice, les documents graphiques de l'état existant PCMI 6 ainsi que les photographies dans le paysage lointain et proche, PCMI7 et 8 ont permis au service instructeur de localiser le projet et d'appréhender la morphologie urbaine du secteur et l'aspect des constructions avoisinantes et, en fin de compte, de se prononcer en connaissance de cause. La circonstance que le mur mitoyen entre la propriété du requérant et celle du pétitionnaire serait en réalité en pierres grises, alors que le document d'insertion fait apparaître un mur plein de couleur blanche, est en l'espèce sans incidence sur l'analyse que pouvait porter l'autorité administrative sur le projet.

13. En troisième lieu, aucune des dispositions précitées n'impose que le dossier de demande de permis de construire contienne des clichés photographiques depuis l'intérieur du terrain d'emprise du projet.

14. En quatrième lieu, si le requérant se prévaut d'une incohérence relative à la surface de plancher, qui est de 19,5 m² dans le dossier de demande, alors qu'elle est de 28 m² dans l'arrêté en litige, d'une part, un permis de construire n'a pour objet que d'autoriser un projet conforme aux plans joints à la demande et, d'autre part, le formulaire Cerfa comme le plan de masse du projet et la notice indiquent une surface de 13,40 m² pour l'extension sur la terrasse et de 6,40 m² pour celle se situant le plus au sud de la parcelle. Cette erreur de plume n'atteste donc pas d'un manque de cohérence du dossier de permis de construire et n'entache donc pas la légalité de la décision attaquée.

15. En dernier lieu, contrairement aux allégations de M. F, aucune des constructions existantes ne sera démolie et la notice précise en particulier à cet égard que l'extension la plus modeste " intégrera l'emprise du petit appentis ". Ce moyen doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme :

16. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

17. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un site ou un paysage propre à fonder un refus ou l'imposition de prescriptions spéciales, il faut apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur ce site.

18. En l'espèce, le projet se situe dans un quartier central de Sauzon, densément construit, à proximité de la mairie. Le secteur est majoritairement composé de maisons mitoyennes, dont la plupart en R+combles, bien que des maisons d'architecture contemporaine soient également présentes dans la rue du Four. Ces habitations, dont les façades sont à la limite de l'emprise publique, disposent en fond de parcelle de jardins attenants de faible superficie, soustraits au regard des usagers de la rue.

19. Or, le projet d'extension, invisible depuis la voie publique, comporte des volumes comparables à ceux des constructions avoisinantes, qui seront conçus et enduits de manière à " correspondre à l'aspect de la construction existante " et à s'implanter en continuité de celle-ci, de part et d'autre des limites séparatives, ainsi que cela est autorisé. Dans ces conditions ni l'aspect, ni les dimensions, modestes, des constructions envisagées ne sont de nature à porter atteinte à l'intérêt des lieux, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils feraient l'objet d'une protection particulière. Ce dernier moyen doit, dès lors, être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. F à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Sauzon, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. F une somme que celui-ci demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. F le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Sauzon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : M. F versera à la commune de Sauzon la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, à M. A E et à la commune de Sauzon.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le rapporteur,

F. B

Le président,

C. Radureau

Le greffier,

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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