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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2100309

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2100309

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2100309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantNGUYEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une protestation, et des mémoires, enregistrés les 20 janvier, 21 juin et

15 octobre 2021, Mme B D A et la Fédération nationale des infirmiers (FNI) des

Côtes-d'Armor, représentées par Me Nguyen, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2020 du Conseil national de l'ordre des

infirmiers portant refus de sa candidature aux élections des conseillers départementaux et interdépartementaux des Côtes-d'Armor et d'Ille et Vilaine de l'Ordre des infirmiers, ensemble

la décision confirmant ce rejet en date du 14 octobre 2020 ;

2°) d'annuler par voie de conséquence les élections des conseillers départementaux et interdépartementaux des Côtes-d'Armor et d'Ille-et-Vilaine de l'Ordre des infirmiers en date du

29 octobre 2020 ;

3°) de mettre à la charge du Conseil national de l'ordre des infirmiers le versement à

Mme D A et à la FNI des Côtes-d'Armor une somme de 2 000 euros chacune, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- à titre liminaire, Mme D A et la FNI des Côtes-d'Armor disposent d'un intérêt donnant qualité pour agir ;

- s'agissant des moyens de légalité externe, le procès-verbal des élections que le Conseil de l'ordre des infirmiers doit produire, devra comporter les mentions exigées à l'article

R. 4125-18 du code de la santé publique ;

- la décision de rejet de la candidature de Mme D A en date du 7 octobre 2020, confirmée par courriel du 14 octobre 2020 est irrégulière en ce qu'elle repose sur une erreur de fait et de droit, et en tout état de cause, est infondée de sorte à ce qu'elle entache d'illégalité les élections du 29 octobre 2020 ;

- s'agissant des moyens de légalité interne, la décision de rejet de la candidature de

Mme D A est irrégulière en ce que sa candidature était recevable ;

- les principes généraux du droit électoral ont été méconnus, de sorte que les élections du 29 octobre 2020 doivent être annulées.

Par deux mémoire en défense, enregistrés les 14 avril 2021 et 13 août 2021, le Conseil national de l'ordre des infirmiers conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la FNI des Côtes-d'Armor ne dispose pas d'intérêt à agir et ses conclusions sont donc irrecevables ;

- aucune disposition législative ou réglementaire n'impose la production du procès-verbal des élections du 29 octobre 2020 dans la présente instance, ou à défaut, ce vice n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision prise en ce qu'il n'a pas exercé une influence sur le sens de la décision, ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie ;

- la circonstance que Mme D A n'était pas à jour de ses cotisations ordinales en amont des élections constitue un préalable obligatoire conditionnant l'éligibilité de la requérante et non un élément relatif à la complétude du dossier de candidature ;

- le fondement légal de la décision du 7 octobre 2020 présente une " coquille " et ne saurait être interprété comme un vice de procédure ayant lésé Mme D A dans l'exercice de ses droits ;

- le 8 octobre, date butoir pour Mme D A afin qu'elle régularise son dossier de candidature, n'était pas à jour de ses cotisations ordinales et Conseil de l'ordre des infirmiers ne pouvait donc, valider sa candidature.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code électoral ;

- le code de la santé publique ;

- le code du travail ;

- le règlement électoral du 29 juin 2020 fixant les règles générales applicables à l'ensemble des scrutins de l'ordre national des infirmiers ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Le Roux, rapporteur public,

- et les observations orales de Me Thao, substituant Me Nguyen, représentant

Mme D A et de Me Huret, représentant le Conseil national de l'ordre des infirmiers.

Considérant ce qui suit :

1. Les opérations électorales pour le renouvellement partiel des membres titulaires et suppléants du collège libéral du conseil interdépartemental de l'ordre des infirmiers (CIDOI) des Côtes-d'Armor et d'Ille-et-Vilaine se sont déroulées du 14 au 29 octobre 2020 au moyen d'un

vote électronique. Mme D A, infirmière libérale, a déposé un dossier de candidature le

29 septembre 2020. Par un courrier du 7 octobre 2020, le Conseil national de l'ordre des infirmiers a informé Mme D A que sa candidature n'avait pas été retenue au motif qu'elle n'était pas à jour de ses cotisations ordinales et qu'il lui appartenait d'en apporter la preuve " avant le jeudi

8 octobre 2020 ". Par un courriel du 14 octobre 2020, le Conseil national de l'ordre des infirmiers a confirmé sa position de ne pas retenir la candidature de Mme D A en ce qu'elle n'était

pas recevable. La Fédération nationale des infirmiers (FNI) des Côtes-d'Armor a sollicité, par

courriel du 23 octobre 2020, la régularisation de la situation de Mme D A. Les résultats

des élections départementales et interdépartementales de l'ordre des infirmiers ont été annoncés le 29 octobre 2020. Par la présente protestation, Mme D A et la FNI des Côtes-d'Armor demandent l'annulation du refus d'enregistrement de la candidature de Mme D A, et par voie de conséquence, l'annulation des élections du 29 octobre 2020.

Sur l'intérêt à agir de la FNI :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2132-2 du code du travail : " Les syndicats professionnels ont le droit d'agir en justice. / Les syndicats peuvent, devant toutes les juridictions, exercer les droits réservés à la partie civile relativement aux faits portant un préjudice direct ou indirect à l'intérêt collectif de la profession qu'ils représentent. ".

3. En second lieu, aux termes de l'article II des statuts de la FNI : " Le syndicat des infirmiers libéraux FNI des Côtes d'Armor a pour but : / 1- d'établir entre les adhérents une solidarité effective, pour la défense de leurs intérêts professionnels, économiques, moraux et sociaux. / 2 - De représenter les intérêts de la profession devant les corps constitués et les pouvoirs publics et éventuellement les tribunaux. " Aux termes de l'article VIII des mêmes statuts : " Le Président () représente le syndicat auprès des administrations publiques et privées, les corps élus, les tribunaux etc (). "

4. En matière de contestation de la régularité des élections, une organisation syndicale qui a vocation à participer au processus électoral a nécessairement intérêt à agir en contestation.

5. Il résulte de ce qu'il précède, que la FNI des Côtes-d'Armor dispose d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, dès lors, la fin de non-recevoir opposée par le Conseil national de l'ordre des infirmiers doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article R. 4311-5 du code de la santé publique : " I.- Les conseils de l'ordre sont élus pour six ans au suffrage universel direct par scrutin binominal majoritaire à un tour et renouvelés par moitié tous les trois ans. Chaque binôme est composé de candidats de sexe différent. / Ils sont élus par les infirmiers inscrits au tableau dans les conditions suivantes : /

1° Les représentants départementaux ou interdépartementaux sont élus par les infirmiers inscrits au tableau de l'ordre du départemental concerné par l'élection : / 2° Les représentants régionaux ou interrégionaux sont élus par les membres titulaires des conseils départementaux ou interdépartementaux ; / 3° Les représentants nationaux sont élus par les membres titulaires des conseils régionaux ou interrégionaux. / Après chaque renouvellement, chaque conseil élit en son sein son président et son bureau. " Aux termes de l'article R. 4125-1-1 du même code : " Le candidat à une élection d'un conseil départemental, régional ou interrégional doit être inscrit au tableau du conseil départemental concerné par l'élection ou de l'un des conseils départementaux situés dans le ressort de la région ou de l'interrégion par l'élection. Le candidat à une élection d'un conseil ou d'une chambre disciplinaire doit être à jour de sa cotisation ordinale. Le dernier jour de réception des candidatures, l'heure de fermeture des bureaux est fixée à seize heures. Si ce jour est un samedi, un dimanche, un jour férié ou chômé, la réception des déclarations de candidature est close le jour ouvrable précédent à seize heures () ". Aux termes du II de l'article L. 4312-7 du même code : " Le conseil national fixe, appelle et recouvre la cotisation qui doit être réglée au cours du premier trimestre de l'année civile en cours par toute personne inscrite au tableau. ".

7. Aux termes de l'article 10 du règlement électoral fixant les règles générales applicables à l'ensemble des scrutins de l'ordre national des infirmiers : " Le président du conseil concerné par l'élection () examine l'ensemble des candidatures et décide de leur recevabilité. / Lorsqu'une candidature est incomplète, il est demandé par écrit à l'intéressé de fournir la ou les pièces complémentaires, de mettre à jour sa situation ou de modifier sa profession de foi dans un délai maximal de 2 jours ouvrés. Au-delà de ce délai et à défaut de complétude, la candidature ne pourra être retenue () / Les critères de recevabilité sont les suivants : () Pour toutes les élections les candidats doivent être inscrits au tableau de l'ordre et à jour de leur cotisation ordinale depuis au moins trois années avant la date de l'élection (). ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D A a été informée de l'incomplétude de son dossier de candidature par une décision en date du 7 octobre 2020 au motif d'un : " Non-respect du critère réglementaire fixé à l'article R. 4125-1 du code de la santé publique ", en ce qu'elle n'était pas à jour de sa cotisation ordinale, confirmée par la décision du 14 octobre 2020 et conteste le fait qu'elle a été invitée à régulariser son dossier dans un délai inférieur à deux jours ouvrés. Quand bien même la requérante a apporté la preuve de paiement de sa cotisation ordinale, le 8 octobre 2020, il ressort des dispositions précitées du règlement électoral qu'elle devait s'être acquittée de ses cotisations ordinales pour les années 2018/2019/2020, en amont des élections, au cours du premier trimestre de l'année civile, afin d'être éligible. Dès lors, Mme D A n'était pas éligible à la date de dépôt de sa candidature, le 29 septembre 2020, la circonstance qu'elle n'ait pas bénéficié du délai de deux jours ouvrés prévu par le règlement électoral afin de régulariser sa candidature est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité du refus d'enregistrement et de recevabilité de la candidature de Mme D A doivent être rejetés.

En ce qui concerne une erreur dans le fondement de la décision attaquée :

9. Aux termes de l'alinéa 2 de l'article R. 4125-3 du code de la santé publique : " Le candidat à une élection d'un conseil ou d'une chambre disciplinaire doit être à jour de sa cotisation ordinale ".

10. Mme A soutient que la décision du 7 octobre 2020 a été prise sur le fondement juridique erroné de l'article R. 4125-1 du code de la santé publique, au lieu de l'article R. 4125-3 du même code.

11. Si la décision attaquée vise, en effet, l'article R. 4125-1 du code de la santé publique, une omission ou une erreur dans les visas d'une décision administratif n'est pas de nature à en affecter la légalité.

12. En outre, la décision attaquée, vise les dispositions précitées de l'article R. 4125-3 du code de la santé publique, et a entendu se fonder sur celui-ci.

13. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur entachant le fondement juridique de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne le défaut de transmission des procès-verbaux des élections :

14. Il ressort des pièces du dossier que le Conseil de l'ordre national des infirmiers a versé au dossier les procès-verbaux des élections lesquels comportent toutes mentions prévues par l'article R. 4125-18 du code de la santé publique. Par suite, le moyen tiré d'un prétendu défaut de transmission des procès-verbaux des élections doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des principes généraux du droit électoral de la liste des candidats des élections du 29 octobre 2020 :

15. Il résulte de ce qu'il précède que le rejet de la candidature de Mme D A n'est pas irrégulier, et que la liste des candidats des élections du 29 octobre 2020 n'a pas, par voie de conséquence, méconnu les principes généraux du droit électoral. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des principes généraux du droit électoral des élections du 29 octobre 2020 doit être rejeté.

Sur les frais d'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacles à ce que soit mis à la charge du Conseil national de l'ordre des infirmiers, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme D A et la FNI des Côtes-d'Armor demandent, au titre des frais exposés par elles. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme le A et la FNI des Côtes-d'Armor, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par le Conseil de l'ordre national des infirmiers.

D E C I D E :

Article 1er : La protestation de Mme D A et la FNI des Côtes-d'Armor est rejetée.

Article 2 : Mme D A et la FNI verseront au Conseil national de l'ordre des infirmiers la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D A, à la Fédération nationale des infirmiers (FNI) des Côtes-d'Armor, au Conseil interdépartemental de l'ordre des infirmiers et au Conseil national de l'ordre des infirmiers.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

Y. C

Le président,

signé

G. Descombes

Le greffier,

signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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