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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2100520

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2100520

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2100520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEMONNIER-BARTHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 janvier et 20 juillet 2021, et 17 janvier 2022, M. C D, Mme F D, M. A E et Mme I E, représentés par Me Delalande, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2020 par lequel le maire de Bazouges-la-Pérouse a délivré à M. H un permis de construire un bâtiment d'élevage, ainsi que la décision implicite par laquelle cette même autorité a rejeté leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bazouges-la-Pérouse une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le dossier de demande de permis de construire était insuffisant ;

- la décision litigieuse a été prise en méconnaissance des prescriptions de l'architecte des Bâtiments de France ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnaît le règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 juin et 20 octobre 2021 et 15 juin 2022, la commune de Bazouges-la-Pérouse, représentée par Me Troude, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G,

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public,

- les observations de Me Delalande, représentant M. D et autres et de Me Troude, représentant la commune de Bazouges-la-Pérouse.

Considérant ce qui suit :

1. M. H, gérant de la SCEA La Ballue, a déposé, le 20 février 2020, à la mairie de Bazouges-la-Pérouse une demande de permis de construire, complétée les 17 mars et 21 avril 2020, pour la construction de deux bâtiments d'engraissement de porcs, d'un local d'embarquement, d'un couloir de jonction, de deux silos et pour la plantation d'une haie bocagère sur un terrain situé lieu-dit Le Clos Bout Lande à Bazouges-la-Pérouse. Par arrêté du 15 mai 2020, le maire de Bazouges-la-Pérouse a accordé le permis demandé sous réserve du respect d'une prescription relative à l'enduit de toutes les parties en béton. Par courrier du 29 septembre 2020, reçu le 30 septembre, M. et Mme D, et M. et Mme E ont demandé le retrait de ce permis. Par la présente requête, ils demandent l'annulation de l'arrêté du 15 mai 2020 et de la décision implicite ayant rejeté leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ".

3. Le dossier de demande de permis de construire comporte un plan de situation permettant de situer le terrain d'assiette par rapport aux parcelles voisines, sur lequel figurent les constructions les plus proches, à savoir le manoir de La Boucharderie, le manoir de Martigné et la propriété de M. et Mme D. Il comporte, par ailleurs, une notice descriptive précisant le parti architectural retenu, l'environnement paysager, décrivant le terrain d'assiette et précisant que les nouvelles constructions ne seront pas visibles des plus proches habitations du fait de la configuration du site et des haies bocagères présentes et en projet. Il présente enfin des vues prochaines et lointaines permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement. Si le dossier de demande ne mentionne pas le classement des trois bâtiments précités au règlement de l'AVAP, cette circonstance n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative, qui a d'ailleurs saisi l'architecte des Bâtiments de France, sur la conformité du projet à la réglementation applicable, notamment aux règles de protection du patrimoine.

4. Aux termes de l'article L. 632-2 du code de l'urbanisme : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine. Tout avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France rendu dans le cadre de la procédure prévue au présent alinéa comporte une mention informative sur les possibilités de recours à son encontre et sur les modalités de ce recours. Le permis de construire, le permis de démolir, le permis d'aménager, l'absence d'opposition à déclaration préalable, l'autorisation environnementale prévue à l'article L. 181-1 du code de l'environnement ou l'autorisation prévue au titre des sites classés en application de l'article L. 341-10 du même code tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I. En cas de silence de l'architecte des Bâtiments de France, cet accord est réputé donné. / L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation peut proposer un projet de décision à l'architecte des Bâtiments de France. Celui-ci émet un avis consultatif sur le projet de décision et peut proposer des modifications, le cas échéant après étude conjointe du dossier. L'autorisation délivrée énonce, le cas échéant, les prescriptions motivées auxquelles le demandeur doit se conformer. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, consulté pour avis sur le projet de permis de construire, l'architecte des Bâtiments de France a émis le 7 avril 2020 un avis favorable assorti de prescriptions relatives à la mise en place de haies bocagères en limite ouest et nord, au renforcement des espaces boisés en limite sud et à l'habillage des bâtiments en lames de bois verticales, larges et irrégulières, dans des essences de type châtaignier ou mélèze non traité permettant une patine avec le temps. A la suite de cet avis, le pétitionnaire a complété son dossier le 21 avril 2020. Au vu de ce dossier complété, l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord au projet, sans prescriptions. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le permis de construire litigieux a été délivré en méconnaissance de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France.

6. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit de créer un chemin d'accès aux services de secours incendie au terrain d'assiette du projet depuis la route départementale 91 par le sud de la propriété via la parcelle cadastrée n° 882. Même si les camions de pompiers devront, pour accéder aux installations qui seront créées sur la parcelle n° 886 tourner à droite d'un bâtiment existant sur la parcelle n° 882, puis tourner à gauche d'un bâtiment accueillant une cuve à fioul sur la parcelle n° 883 la jouxtant, les manœuvres à accomplir pour atteindre les bâtiments pourront s'accomplir à distance suffisante de cette cuve, la voie d'accès à la parcelle n° 883 étant dégagée par la démolition prévue d'un bâtiment situé au nord-ouest de la parcelle n° 882 et les requérants n'établissent pas que les caractéristiques de cet accès seraient insuffisantes au regard des nécessités de la sécurité publique. Il n'est pas davantage établi que l'accès à la fosse de réserve incendie nécessite de se garer à proximité immédiate de la fosse, ni par conséquent d'accomplir des manœuvres périlleuses aux abords de la cuve à fioul. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

8. Aux termes de la catégorie l'article III.1. du titre III du règlement de l'aide de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine de la commune de Bazouges-la-Pérouse concernant les perspectives majeures à conserver sur un édifice, un site ou un ensemble bâti : " Toute construction nouvelle projetée dans un faisceau de vue aboutissant à la vision sur les

monuments historiques ou sur un édifice exceptionnel ou sur un ensemble bâti de grande qualité,

ne doit pas atteindre une hauteur susceptible de faire obstacle à la perspective existante, vue depuis l'espace public, ou depuis l'origine du faisceau de vue mentionné au plan. La composition du volume projeté doit s'inscrire dans le paysage en tenant compte particulièrement du point de vue répertorié (silhouette, couleur). ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est inclus dans un faisceau de vue dont l'origine est située au lieu-dit La Fauvelais et dont la surface inclut le Manoir de Martigné, le Manoir de la Boucharderie, classés comme bâtiments du patrimoine architectural exceptionnel, et la maison de M. et de Mme D, classée au patrimoine architectural remarquable. Toutefois, il ressort du règlement graphique de l'AVAP que les différents faisceaux de vue définis par ce règlement visent à préserver la perspective de vue sur le centre-bourg de Bazouges-la-Pérouse, depuis l'origine du faisceau ou depuis la voie publique, et ne sauraient imposer de préserver toutes les perspectives sur tous les bâtiments présentant un intérêt patrimonial figurant dans le faisceau. Par suite, le moyen tiré de ce que le permis de construire méconnaîtrait le règlement de l'AVAP doit être écarté comme inopérant.

10. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

11. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.

12. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, marqué par une déclivité naturelle du nord au sud, est inclus dans un faisceau de vue défini par le règlement graphique de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine, dans lequel figurent plusieurs bâtiments relevant, selon l'AVAP, du patrimoine architectural exceptionnel ou remarquable. Quatre exploitations agricoles comportant un ou plusieurs hangars se situent à moins d'un kilomètre du terrain d'assiette à l'ouest et au sud-ouest du terrain d'assiette. Le projet autorisé par le permis de construire litigieux aura pour effet d'étendre une exploitation agricole existante, dans laquelle sont déjà construits deux hangars, en détruisant certains bâtiments et en construisant, au sud de la parcelle et en alignement à l'ouest d'un hangar existant, deux nouveaux bâtiments d'une longueur de 41,10 mètres sur 12,40 mètres de largeur et d'une hauteur maximale de 6,21 mètres. Le bâtiment le plus élevé, situé à l'ouest, sera en partie dissimulé par un ensemble d'arbres sur la parcelle n° 885, et le projet prévoit la plantation d'une haie bocagère au nord des bâtiments, qui permettra de limiter leur impact visuel. Par ailleurs, le permis de construire est assorti d'une prescription relative à l'enduit des bâtiments qu'il est prévu, par ailleurs, de recouvrir de lames de bois non traitées. Enfin, si les nouveaux bâtiments seront visibles depuis la maison d'habitation de M. et Mme D, classée au patrimoine architectural remarquable de l'AVAP, ils ne remettent pas en cause les perspectives sur le centre-bourg. Dans ces conditions, le maire de la commune de Bazouges-la-Pérouse n'a pas, en accordant le permis de construire litigieux, commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Bazouges-la-Pérouse, que M. et Mme D et M. et Mme E ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 15 mai 2020 par lequel le maire de Bazouges-la-Pérouse a délivré à M. H un permis de construire, ni de la décision implicite par laquelle cette même autorité a rejeté leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. et Mme D et M. et Mme E doivent, dès lors, être rejetées.

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme D et M. et Mme E solidairement une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Bazouges-la-Pérouse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme D et de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : M. et Mme D et M. et Mme E verseront solidairement à la commune de Bazouges-la-Pérouse la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, Mme F D, M. A E, Mme I E, à la commune de Bazouges-la-Pérouse et à M. B H, gérant de la SCEA La Ballue.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Gourmelon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

V. G

Le président,

signé

O. Gosselin

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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