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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2100563

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2100563

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2100563
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXARMOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 février 2021 et 14 novembre 2022, Mme B A, représentée par Me Buors, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions des 4 et 20 décembre 2020 par lesquelles le directeur du centre hospitalier des Pays de Morlaix a rejeté sa demande tendant à la revalorisation de sa rémunération ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier des Pays de Morlaix, à titre principal, de revaloriser sa rémunération à effet du 20 octobre 2020, date de réception de sa demande, et de lui soumettre un avenant à son contrat de travail tenant compte de cette décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier des Pays de Morlaix la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée du 4 décembre 2020 est entachée d'un vice d'incompétence ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une absence ou, à tout le moins, d'une insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit au regard de l'article 1-2 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant au montant de la rémunération qui lui est allouée ;

- elles méconnaissent le principe d'égalité de rémunération d'agents placés dans une situation ou une position identique ;

- elle est actuellement rémunérée à l'échelon 2, indice 400.

Par trois mémoires en défense, enregistrés pour deux d'entre eux le 11 octobre 2022 et pour le troisième le 1er décembre 2022, le centre hospitalier des Pays de Morlaix, représenté par la SELARL Lexarmor, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par courrier du 6 juillet 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête dirigées contre la lettre de la directrice adjointe chargée des ressources humaines et de la communication du centre hospitalier des Pays de Morlaix du 4 décembre 2020 dès lors que ce courrier, qui ne constitue pas un acte faisant grief, n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

Par un mémoire, enregistré le 19 juillet 2023, le centre hospitalier des Pays de Morlaix, représenté par la SELARL Lexarmor, a répondu à la communication par le tribunal du moyen susceptible d'être soulevé d'office.

Par un mémoire, enregistré le 17 août 2023, Mme B A, représentée par Me Buors, a répondu à la communication par le tribunal du moyen susceptible d'être soulevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme René,

- et les conclusions de M. Met, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée en temps partiel en qualité de psychologue par le directeur du centre hospitalier des Pays de Morlaix, par un contrat à durée déterminée du 22 mai 2018 au 31 août 2018. Elle a par la suite été maintenue à ce poste du 1er septembre 2018 ou 30 juin 2019 par un nouveau contrat à durée déterminée conclu le 1er septembre 2018 et un avenant n° 1 à ce contrat, puis jusqu'au 31 décembre 2020 par un troisième contrat à durée déterminée conclu le 26 juin 2019 et deux avenants nos 1 et 2. Par un courrier du 20 octobre 2020, l'intéressée a sollicité, à compter du 1er janvier 2017, le bénéfice d'une réévaluation de sa rémunération. Par un courrier du 4 décembre 2020, la directrice adjointe chargée des ressources humaines et de la communication du centre hospitalier des Pays de Morlaix a accusé réception de sa demande et a indiqué à l'intéressée que, conformément à l'article 1-2 du décret n° 91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements publics de santé, sa situation ferait l'objet d'une réévaluation qui interviendrait, au plus tard, au mois de mai 2021. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette lettre ainsi que de la décision implicite de rejet de sa demande née le 20 décembre 2020.

Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la lettre du 4 décembre 2020

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".

3. La lettre adressée à Mme A par la directrice adjointe chargée des ressources humaines et de la communication du centre hospitalier des Pays de Morlaix le 4 décembre 2020 se borne à accuser réception de la demande de la requérante et à l'informer que sa situation sera réévaluée au plus tard en mai 2021. Cette lettre, qui ne se prononce pas sur la décision qui sera prise à l'issue de l'instruction de la demande, ne constitue pas un acte faisant grief et n'est dès lors pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Les conclusions de la requête dirigées à son encontre sont ainsi irrecevables et doivent être, par suite, rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de Mme A :

En ce qui concerne la légalité externe :

4. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. En l'espèce, il n'est pas établi, ni même allégué, que Mme A ait sollicité la communication des motifs de la décision implicite du directeur du centre hospitalier des Pays de Morlaix rejetant sa demande dans les conditions prévues à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration précité. Le moyen tiré du défaut ou de l'insuffisance de motivation de cette décision implicite ne peut dès lors qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

6. Aux termes de l'article 1-2 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière dans sa réaction alors en vigueur : " Le montant de la rémunération est fixé par l'autorité administrative, en prenant en compte, notamment, les fonctions occupées, la qualification requise pour leur exercice, la qualification détenue par l'agent ainsi que son expérience. / La rémunération des agents employés à durée indéterminée fait l'objet d'une réévaluation au minimum tous les trois ans, notamment au vu des résultats de l'entretien professionnel prévu à l'article 1-3 du présent décret ou de l'évolution des fonctions. / La rémunération des agents recrutés sur contrat à durée déterminée en application de l'article 9 et du I de l'article 9-1 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée et employés de manière continue auprès du même employeur fait l'objet d'une réévaluation au moins tous les trois ans, notamment au vu des résultats de l'entretien professionnel prévu à l'article 1-3 ou de l'évolution des fonctions ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " () / Le contrat détermine les conditions d'emploi de l'agent et notamment les modalités de sa rémunération. / () ". La réévaluation au minimum tous les trois ans de la rémunération des agents employés à durée déterminée, notamment au vu des résultats de l'entretien professionnel, de l'évolution des fonctions, prévue par ces dispositions n'implique pas une revalorisation automatique de l'indice majoré des agents en cause.

7. Si, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires relatives à la fixation de la rémunération des agents non titulaires, l'autorité compétente dispose d'une large marge d'appréciation pour déterminer, en tenant compte notamment des fonctions confiées à l'agent et de la qualification requise pour les exercer, le montant de la rémunération ainsi que son évolution, il appartient au juge, saisi d'une contestation en ce sens, de vérifier qu'en fixant ce montant, l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A, diplômée d'un master en psychologie, spécialité " Psychologie du vieillissement normal et pathologique " obtenu en 2009, a exercé en qualité de psychologue au centre hospitalier de Redon, devenu centre hospitalier intercommunal de Redon-Carentoir, entre 2010 et 2018. Elle a au cours de cette période bénéficié d'un indice majoré de 349 lors de son recrutement en 2010, de 376 à partir de 2012 et de 416 à partir de 2014. Par la suite, à compter de son recrutement sur des fonctions de psychologue au centre hospitalier des Pays de Morlaix, les contrats de travail à durée déterminée successifs de la requérante ont prévu, entre le 22 mai 2018 et la décision implicite attaquée née le 20 décembre 2020, une rémunération mensuelle, hors primes, à l'indice majoré 376. La requérante ne décrit cependant pas les missions qui lui ont été précisément dévolues ni qu'une évolution de ses fonctions dans cet établissement où elle travaillait depuis un peu plus d'un an et demi à la date de la décision attaquée, justifierait une réévaluation de sa rémunération. Dans ces circonstances, il n'est pas établi qu'en refusant de revaloriser sa rémunération, le directeur du centre hospitalier des Pays de Morlaix aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

9. En deuxième lieu, d'une part, les agents publics non titulaires ne se trouvant pas dans la même situation que celle des fonctionnaires au regard du service public, alors même qu'ils exerceraient des fonctions analogues et justifieraient d'une ancienneté identique, ils ne sauraient se prévaloir d'un droit à percevoir la même rémunération que les agents titulaires, ni, à plus forte raison, à ce qu'une telle rémunération évolue conformément à la grille indiciaire applicable à ces derniers. Ainsi Mme A ne peut utilement faire valoir que sa rémunération serait basée sur une grille indiciaire du 31 janvier 1991 qui n'est plus en vigueur, ni davantage se prévaloir de la grille indiciaire applicable aux psychologues hospitaliers à la date de la décision attaquée. D'autre part, si le centre hospitalier des Pays de Morlaix ne démontre pas, comme il l'allègue, que les autres psychologues contractuels de l'établissement seraient rémunérés à l'indice 349, la requérante n'établit pas non plus qu'au moins deux de ses collègues psychologues contractuelles bénéficieraient d'indices supérieurs et ne donne au demeurant aucune précision quant au profil de ses derniers. Le moyen tiré d'une rupture d'égalité de traitement pris en ses deux branches doit, par suite, être écarté.

10. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur de l'établissement n'aurait pas fixé la rémunération de Mme A selon les fonctions occupées, la qualification requise pour leur exercice, la qualification détenue par l'agent ainsi que son expérience. Le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application de l'article 1-2 du décret du 6 février 1991 doit, par suite, être écarté.

11. En dernier lieu, la circonstance qu'à la suite de son congé parental, Mme A ait conclu le 4 août 2022 un nouveau contrat avec le directeur du centre hospitalier des Pays de Morlaix aux termes duquel elle est désormais rémunérée à l'indice majoré 400 est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle lui est postérieure.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier des Pays de Morlaix, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier des Pays de Morlaix.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. René

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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