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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2100625

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2100625

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2100625
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS CHEVALLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 février 2021, Mme C B, représentée par Me Adam, demande au tribunal :

1°) A titre principal :

- d'annuler les décisions des 8 octobre et 7 décembre 2020 par lesquelles la directrice adjointe des ressources humaines du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Brest a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie à l'origine de ses arrêts de travail du 17 janvier au 15 mars 2020 et du 13 juillet au 17 juillet 2020 et des soins du 17 janvier au 17 juillet 2020 ;

- d'enjoindre au CHRU de Brest de reconnaître comme imputables au service les arrêts de travail du 17 janvier au 15 mars 2020 et du 13 au 17 juillet 2020 ainsi que les soins du 17 janvier au 17 juillet 2020 ;

2°) A titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale ;

3°) de mettre à la charge du CHRU de Brest la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2021, le CHRU de Brest conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

et les conclusions de M. Met, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 7 février 2020, Mme B, adjointe des cadres hospitaliers au CHRU de Brest, a établi une déclaration de maladie professionnelle pour des troubles anxio-dépressifs réactionnels au travail. Par une décision du 8 octobre 2020 la directrice adjointe des ressources humaines de cet établissement a refusé de reconnaître cette pathologie comme imputable au service et de prendre en charge à ce titre les arrêts de travail de l'intéressée du 17 janvier au 15 mars 2020 et du 13 au 17 juillet 2020, ainsi que les soins du 17 janvier au 17 juillet 2020. Suite au recours de Mme B, cette même autorité a pris le 7 décembre 2020 une nouvelle décision également défavorable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont réputés constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée. Le diagnostic de la pathologie dont Mme B a sollicité la reconnaissance au titre de la maladie professionnelle a été posé le 17 janvier 2020. Dès lors, la situation de Mme B est régie par les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, alors applicable, l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 n'étant pas encore entré en vigueur à la date de constat de cette pathologie, faute de décret d'application, le décret d'application du 13 mai 2020 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique hospitalière n'étant entré en vigueur que le 16 mai 2020.

3. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 précitée : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 42. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite , à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ".

4. D'autre part, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été affectée à compter de 2010 au bureau des entrées du CHRU, d'abord en qualité de responsable de l'équipe des gestionnaires chargés des admissions, puis comme référent identito-vigilance. Si l'intéressée soutient avoir été victime d'agissements répétés de son supérieur hiérarchique visant à discréditer son travail et à la conduire à une situation d'isolement professionnel, elle ne produit au soutien de ses allégations, aucun élément permettant de tenir ces faits pour établis. En revanche, les évaluations de Mme B attestent de ses difficultés dans l'exercice de ses fonctions, liées notamment à son cantonnement dans des missions d'exécution sans être force de proposition, à des qualités d'analyse et de synthèse insuffisantes au regard des fonctions exercées, ainsi qu'à un savoir être et un positionnement inadaptés, ces difficultés qui ont perduré pendant plusieurs années en dépit de mesures d'accompagnement et de formations, ayant été constatées par ses supérieurs hiérarchiques successifs. Elles ont justifié des avis défavorables à un avancement de grade de Mme B. Cette situation a conduit le CHRU de Brest à envisager un changement d'affectation de l'intéressée, ce dont elle a été informée le 2 octobre 2019 dans le cadre d'un entretien avec sa hiérarchie. Le 19 novembre 2019, lors d'un nouvel entretien, un poste de gestionnaire de la pharmacie hospitalière lui a été proposé, qu'elle n'a pas accepté. Par la suite, Mme B soutient qu'un poste de régulateur de transports ne correspondant pas à son grade lui a été proposé. A la suite de cette proposition, intervenue selon les indications du CHRU le 15 janvier 2020, Mme B a été placée en arrêt de travail à compter du 17 janvier 2020 pour des " troubles anxio-dépressifs réactionnels au travail " et prolongé jusqu'au 15 mars 2020. Mme B soutient sans être contredite que lors de sa reprise, elle a constaté que son nom avait été supprimé des documents de travail de son service, qu'elle n'a plus été conviée aux réunions hebdomadaires de coordination destinées à l'ensemble des cadres du service ni aux réunions ponctuelles et que son poste était occupé par un autre agent, informé le 5 mars 2020 par le directeur adjoint qu'elle ne reprendrait sans doute pas ses fonctions. La requérante produit au soutien de ses dires un organigramme de la direction des finances daté du 17 février 2020 qui ne fait plus apparaître son nom mais celui d'un autre agent comme étant en charge de son service.

6. Les conditions de travail de Mme B qui s'est trouvée à compter du 2 octobre 2019 et durant plusieurs mois dans l'attente du changement d'affectation décidé par son employeur mais qui n'a pas été effectif, alors par ailleurs que son remplacement au sein du service dans lequel elle était affectée avait été organisé et que l'intéressée n'exerçait plus à compter de la fin de sa première période d'arrêts de travail certaines de ses attributions, doivent être regardées dans les circonstances de l'espèce comme de nature à susciter le développement de la pathologie en cause. Toutefois, s'agissant de l'existence d'un lien direct entre ces conditions de travail et la pathologie anxio-dépressive de Mme B, le certificat du 13 février 2020 établi par le médecin généraliste de l'intéressée et joint à sa déclaration de maladie professionnelle, se borne à reproduire les dires de celle-ci, sans se prononcer sur ce lien. Dans son rapport du 5 février 2020, le médecin du travail ne s'est pas d'avantage prononcé sur l'existence d'un tel lien et mentionne que Mme B l'a consulté à plusieurs reprises dans le passé pour une souffrance psychique. Les médecins agréés se sont prononcés respectivement les 26 mars et 19 novembre 2020 en défaveur d'une maladie professionnelle en relevant l'existence d'un état antérieur. Cependant, les termes des conclusions du médecin généraliste agréé, lequel indique que son avis est " plutôt " négatif et qu'il " penche " pour la non imputabilité, ne sont pas affirmatives. Le médecin psychiatre agréé a quant à lui conclu à une absence de maladie professionnelle au motif erroné que la pathologie de Mme B ne répondait pas aux conditions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, lequel n'était pas ainsi qu'il a été dit, applicable à la situation de l'agent. Enfin la commission de réforme qui a également relevé l'existence d'un état antérieur s'est fondée à tort sur l'absence de lien unique et certain entre la pathologie de l'agent et le service, alors qu'un tel lien s'il doit être direct et certain n'a pas à être exclusif. Dans ces conditions, le tribunal ne s'estime pas suffisamment informé sur l'existence d'un lien direct et certain entre la pathologie anxio-dépressive de Mme B et le service. Dès lors, il y a lieu d'ordonner avant dire droit une expertise médicale aux fins indiquées ci-après.

D E C I D E :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête, procédé à une expertise médicale confiée à un spécialiste en psychiatrie aux fins de :

- décrire la pathologie de Mme B à l'origine de ses arrêts de travail à compter du 17 janvier 2020 et dire si l'intéressée présentait à cette date un état antérieur, en le décrivant ;

- dire si la pathologie de Mme B présente un lien direct et certain avec les conditions de travail décrites aux points 5 et 6 du présent jugement ;

- dans l'hypothèse où Mme B présenterait un état antérieur, fournir tous éléments utiles permettant de déterminer si celui-ci est de nature à détacher la survenance ou l'aggravation de la pathologie du service ;

- fournir d'une manière générale tous éléments de nature à éclairer le tribunal et lui permettre de se prononcer.

Article 2 : L'expert prendra connaissance du présent jugement et accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il se fera communiquer l'intégralité du dossier médical de Mme B. Il prêtera serment par écrit devant la greffière en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant.

Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au centre hospitalier régional universitaire de Brest.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, où siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

La rapporteure,

signé

A. ALe président,

signé

N. TronelLa greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100625

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