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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2100963

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2100963

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2100963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS CELICE SOLTNER TEXIDOR PERIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 février 2020 et 4 novembre 2021, M. D B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le conseil régional de l'ordre des géomètres-experts de Rennes a implicitement rejeté sa demande du 12 novembre 2021 tendant à ordonner à un géomètre-expert de lui délivrer le conseil qui lui est imposé par la législation et de réaliser la division parcellaire souhaitée sans opération de bornage ;

2°) d'enjoindre au conseil régional de l'ordre des géomètres-experts de Rennes de lui accorder le bénéfice de la division parcellaire sollicitée sans opération de bornage ;

3°) de condamner le conseil régional de l'ordre des géomètres-experts de Rennes à lui verser une somme de 1 000 euros, en réparation du préjudice matériel subi ;

4°) de mettre à la charge du conseil régional de l'ordre des géomètres-experts de Rennes une somme de 300 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les cas où une division parcellaire nécessite un bornage sont définis par la loi et ne concernent pas sa situation ; les " pratiques professionnelles " et les directives ordinales ne peuvent constituer la base légale de l'obligation qui lui est imposée ;

- la limite séparative de la parcelle à créer étant entièrement constituée de murs, l'opération de bornage est irrecevable ;

- en lui délivrant une information inexacte relative à la nécessité de procéder à un bornage, le géomètre-expert a manqué à ses devoirs professionnels ;

- le conseil régional n'a pas accusé réception de sa demande, ni ne lui a notifié l'obligation de procéder à un recours administratif préalable obligatoire ;

- il revêt la qualité de personne intéressée dès lors qu'il est en phase de négociation d'un contrat de prestation avec un géomètre-expert ;

- il en résulte des préjudices matériels à hauteur de 1 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2021, le conseil régional de l'ordre des géomètres-experts de Rennes, représenté par la SCO Celice-Texidor-Perier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que :

- la demande indemnitaire, qui relève d'une action civile distincte de l'action disciplinaire, est portée devant une juridiction incompétente pour en connaitre ;

- les conclusions d'annulation sont irrecevables dès lors qu'elles ne tendent pas à l'annulation d'une décision de classement sans suite d'une plainte, que le requérant n'établit pas avoir la qualité de " personne intéressée " au sens de l'article 23 de la loi n° 46-942, et qu'elles n'ont pas été précédées d'un recours administratif préalable obligatoire ;

- les conclusions d'injonction sont irrecevables ;

- à titre subsidiaire, le classement de la plainte est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 46-942 du 7 mai 1946,

- le décret n° 96-478 du 31 mai 1996,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Le Roux, rapporteur public,

- les observations orales de M. B,

- et les observations orales de Me Carpentier, pour le conseil régional de l'ordre des géomètres-experts de Rennes.

Une note en délibéré, enregistrée le 17 novembre 2022, a été présentée par M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B souhaite acquérir un bâtiment situé 30 rue ange Fontan sur le territoire de la commune de Saint-Malo, lequel est rattaché à la parcelle voisine cadastrée section B n° 235, située 29 rue Lucet, et appartenant aux consorts A. Cette opération nécessitant une division parcellaire, M. B a contacté un géomètre-expert. Par un devis du 2 septembre 2020, le géomètre-expert a inclus une prestation de bornage de la nouvelle parcelle au motif qu'elle était obligatoire. M. B, ne souhaitant pas recourir à un bornage, a sollicité le bénéfice de la division parcellaire sans opération de bornage préalable. En absence de réponse positive à sa demande, il a saisi le conseil régional de l'ordre des géomètres-experts, lequel a, par courrier du 26 octobre 2020, confirmé la nécessité de procéder à un bornage. Le 12 novembre 2020, M. B a saisi une nouvelle fois le conseil régional de l'ordre des géomètres-experts d'une demande tendant à ordonner au géomètre-expert de lui délivrer le conseil qui lui est imposé et de réaliser la division parcellaire sans opération de bornage. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le conseil régional de l'ordre des géomètres-experts à implicitement rejeté cette demande.

Sur les conclusions d'annulation et indemnitaires :

2. Aux termes des dispositions de l'article 23 de la loi n° 46-942 du 7 mai 1946 : " Tout manquement aux devoirs de la profession rend son auteur passible d'une sanction disciplinaire. Toutefois, le défaut de paiement de cotisations ne peut faire l'objet d'une sanction disciplinaire. Les poursuites sont intentées auprès du conseil régional soit par le commissaire du gouvernement, soit d'office, soit sur plainte des intéressés () ".

3. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. B demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le conseil régional de l'ordre des géomètres-experts de Rennes a implicitement rejeté sa demande du 12 novembre 2020. Toutefois, par cette demande, le requérant s'est borné à solliciter du conseil régional d'ordonner à un géomètre-expert de lui délivrer le conseil qui lui est imposé par la législation et de réaliser la division parcellaire sans opération de bornage, sans aucunement faire état de manquements aux devoirs de la profession passibles de sanctions disciplinaires. Cette demande ne relève pas de la compétence du conseil régional qui ne saurait imposer à un géomètre-expert qu'il réalise une prestation selon des modalités déterminées, ou délivre un conseil. Elle ne saurait pas plus revêtir le caractère de plainte au sens de l'article 23 de la loi du 7 mai 1946, plainte qui ne peut au demeurant avoir ni pour objet ni pour effet de faire intervenir l'ordre dans ses relations entre le géomètre-expert et son client. Dans ces conditions, faute d'avoir saisi le conseil régional de l'ordre des géomètres-experts d'une plainte relevant de sa compétence, M. B n'est pas fondé à demander d'annuler la décision rejetant implicitement sa demande du 12 novembre 2020.

4. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris s'agissant des conclusions indemnitaires.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite et en tout état de cause, il y a lieu de rejeter ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au conseil régional de l'ordre des géomètres-experts de Rennes de lui accorder le bénéfice de la division parcellaire sollicitée sans opération de bornage.

Sur les frais liés au litige :

6. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le conseil régional de l'ordre des géomètres-experts de Rennes, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à M. B la somme de 300 euros sollicitée au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

7. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 2 500 euros sollicitée par le conseil régional de l'ordre des géomètres-experts de Rennes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le conseil régional de l'ordre des géomètres-experts de Rennes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, et au conseil régional de l'ordre des géomètres-experts de Rennes.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le rapporteur,

T. C

Le président

O. Gosselin

Le greffier,

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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