vendredi 6 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2100997 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | GOUACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 février 2021 et 9 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Poquet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 janvier 2021 par laquelle le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Lorient a retiré son agrément en qualité d'agent de police municipale ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que la procédure contradictoire n'a pas été respectée en l'absence d'entretien préalable et en raison du défaut d'impartialité objective et subjective de la personne qui devait mener son entretien préalable ;
- elle a été prise à la suite d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas eu connaissance de l'ensemble des éléments de son dossier et que les droits de la défense n'ont ainsi pas été respectés ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Soreau, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été agréée en qualité d'agent de police municipale par le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Rennes le 2 mars 2012. Elle a été affectée à la police municipale de la commune de Ploemeur à compter du 1er mars 2016. Par un arrêté du 5 juillet 2019, le maire de Ploemeur lui a infligé la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée d'un an à compter du 7 juillet 2019. Par une décision du 12 janvier 2021 dont Mme A demande l'annulation, le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Lorient a retiré son agrément d'agent de police municipale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-2 du code de la sécurité intérieure alors en vigueur : " Les fonctions d'agent de police municipale ne peuvent être exercées que par des fonctionnaires territoriaux recrutés à cet effet dans les conditions fixées par les statuts particuliers prévus à l'article 6 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale. / Ils sont nommés par le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale, agréés par le représentant de l'Etat dans le département et le procureur de la République, puis assermentés. Cet agrément et cette assermentation restent valables tant qu'ils continuent d'exercer des fonctions d'agents de police municipale. En cas de recrutement par une commune ou un établissement de coopération intercommunale situé sur le ressort d'un autre tribunal judiciaire, les procureurs de la République compétents au titre de l'ancien et du nouveau lieu d'exercice des fonctions sont avisés sans délai. / L'agrément peut être retiré ou suspendu par le représentant de l'Etat ou le procureur de la République après consultation du maire ou du président de l'établissement public de coopération intercommunale. Toutefois, en cas d'urgence, l'agrément peut être suspendu par le procureur de la République sans qu'il soit procédé à cette consultation. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 8 octobre 2020, le procureur de la République a indiqué à Mme A avoir engagé une procédure de retrait de son agrément. Dans cette lettre, après avoir rappelé à l'intéressée qu'elle avait fait savoir qu'elle ne pouvait se déplacer au commissariat pour présenter ses observations préalables dans le cadre de la mise en œuvre de la procédure contradictoire en raison de son placement en arrêt de travail et qu'elle n'avait donné aucune suite, malgré plusieurs rappels, à sa proposition tendant à ce qu'un agent du commissariat se rende à son domicile pour l'entendre, le procureur de la République a informé Mme A qu'elle pouvait formuler des observations écrites et, le cas échéant, demander à faire des observations orales ainsi que se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix, ces observations devant lui parvenir avant le 30 octobre 2020. En réponse à cette lettre, l'intéressée a présenté ses observations écrites par un courrier du 15 octobre 2020. Il ne ressort pas des pièces du dossier que postérieurement à cette lettre, la requérante ait contesté les modalités ainsi proposées par le procureur de la République en vue de la présentation de ses observations, ni qu'elle ait été empêchée de présenter ses observations orales, y compris en bénéficiant d'un entretien mené dans le respect du principe d'impartialité objective et subjective. Il s'ensuit que les droits de la défense de Mme A n'ont pas été méconnus. Le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure préalable contradictoire en l'absence d'organisation d'un entretien préalable doit être écarté.
4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le courrier du procureur de la République du 8 octobre 2020 précisait que Mme A avait la possibilité de demander la communication du dossier la concernant ou de le consulter au greffe du parquet de Lorient avant le 19 octobre 2020. La requérante, qui admet que son dossier lui a été transmis le 20 octobre 2020, soutient en revanche qu'elle n'a pas eu connaissance de l'ensemble des éléments y figurant avant l'intervention de la décision attaquée, s'agissant en particulier de l'avis émis par le maire de la commune de Ploemeur le 5 janvier 2021 visé par cette décision. Il ressort toutefois de cet avis du 5 janvier 2021 que le maire de Ploemeur s'est borné à indiquer au procureur de la République qu'il n'avait pas d'élément complémentaire à porter à sa connaissance depuis ses courriers des 28 février 2019, 5 avril 2019 et 25 juin 2020, Mme A ayant été placée de manière presque continue en arrêt maladie depuis sa réintégration au sein des effectifs municipaux le 8 juillet 2020. Ainsi, dans ces circonstances, l'absence de consultation de cette lettre par Mme A n'a pas porté atteinte aux droits de la défense et n'a en tout état de cause pas privé l'intéressée d'une garantie, ni été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision de retrait de l'agrément en litige. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure et de l'atteinte aux droits de la défense de la requérante en ce qu'elle n'a pas eu connaissance de l'ensemble des éléments de son dossier doivent être écartés.
En ce qui concerne la légalité interne :
5. Il résulte de l'application des dispositions précitées de l'article L. 511-2 du code de la sécurité intérieure que l'agrément accordé à un policier municipal par le procureur de la République peut légalement être retiré lorsque l'agent ne présente plus les garanties d'honorabilité auxquelles est subordonnée la délivrance de cet agrément. L'honorabilité d'un agent de police municipale, nécessaire à l'exercice de ses fonctions, dépend notamment de la confiance qu'il peut inspirer, de sa fiabilité et de son crédit.
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des rapports d'enquête administrative et d'enquête pénale ainsi que des nombreux procès-verbaux d'audition, qu'en août 2017, Mme A a, de son initiative, procédé à la mise en scène d'une interpellation fictive dans les locaux de la police municipale de Ploemeur, mis en joue un agent de surveillance de la voie publique et prêté son arme de service à un agent de surveillance de la voie publique non habilité, cette mise en scène ayant été filmée avec le téléphone portable de Mme A qui a ensuite ajouté des effets spéciaux à cette vidéo. Par ailleurs, en participant à l'établissement, en septembre 2018 et 19 novembre 2018, de deux rapports en partie mensongers mettant en cause respectivement l'une de ses collègues brigadier et le chef de service qui occupait ces fonctions depuis l'été 2017 et aboutissant à la réalisation d'une enquête administrative ainsi que d'une enquête pénale à l'encontre du chef de service, Mme A a contribué à la perte de confiance entre les agents et de la dégradation de l'ambiance de travail au sein de la police municipale de Ploemeur, qualifiée de " clanique " et " détélère " dans le rapport administratif. En particulier, l'enquête pénale diligentée contre le chef de service à la suite de la transmission du rapport établi le 19 novembre 2018 qui dénonçait de multiples faits de vols qu'il aurait commis entre 2016 et 2018, a été classée sans suite le 21 février 2019 en l'absence de caractérisation de l'existence de faits de vol, l'intéressé ayant seulement fait l'objet d'un rappel à la loi. Cette procédure, qui a justifié la suspension temporaire du chef de service à partir du 27 novembre 2018 et son placement en congé de maladie à compter de cette date, a nécessairement eu pour effet de déstabiliser davantage l'intéressé, mais également plus généralement l'organisation et le fonctionnement du service. A supposer même que les faits relatifs à des visionnages de films, à la participation à des jeux et à la consommation d'alcool au cours du service, dénoncés par plusieurs des collègues de Mme A dans les auditions versées au dossier mais dont la matérialité est contestée par elle, ne puissent être regardés comme établis, les autres faits qui lui sont reprochés sont en tout état de cause de nature à mettre en cause l'honorabilité de Mme A ainsi que la confiance nécessaire au bon accomplissement de sa mission et son crédit auprès de ses collègues, de sa hiérarchie, du maire de Ploemeur et de l'autorité judiciaire. De plus, indépendamment des problèmes de gestion du service qu'ont certes révélé les enquêtes administrative et pénale et alors même que d'autres agents de la police de Ploemeur auraient eux-mêmes commis des manquements, les faits reprochés à Mme A sont d'une gravité suffisante pour justifier que le procureur de la République près du tribunal judiciaire de Lorient décide de retirer, pour ce motif, l'agrément de Mme A. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de qualification juridique des faits et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
7. Enfin, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut dès lors qu'être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au garde des sceaux, ministre de la justice et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Une copie sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Lorient et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Thielen, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
C. René
Le président,
signé
N. Tronel
La greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026