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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2101020

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2101020

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2101020
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 février, 19 octobre 2021 et 20 janvier, 24 février et 5 avril 2022, M. et Mme B E, représentés par Me Béguin demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté n° PA 035 051 20 A0003 du 22 septembre 2020 par lequel le maire de Cesson-Sévigné a délivré à M. C et Mme D un permis d'aménager pour la réalisation d'un lotissement de 6 lots, ensemble la décision du 18 décembre 2020 portant rejet du recours gracieux ainsi que le permis d'aménager modificatif en date du 2 mars 2021 ;

2°) de rejeter les conclusions présentées par M. et Mme C sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ;

3°) de mettre solidairement à la charge de la commune de Cesson-Sévigné, de M. C et Mme D la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- le dossier de demande de permis d'aménager est incomplet ;

- l'arrêté méconnait les articles 1.1, 6, 8.1, 8.2 du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes ;

- il méconnait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 avril, 9 juin et 6 décembre 2021, M. C et Mme D, représentés par Me Paul, concluent dans le dernier état de leurs écritures, au rejet de la requête, à la condamnation des requérants à leur verser la somme de 40 000 euros en application des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme E la somme de 8 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par M. et Mme E ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 septembre, 13 décembre 2021, le 1er mars 2022 et le 7 avril 2022, la commune de Cesson-Sévigné, représentée par Me Josselin, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, au sursis à statuer afin de permettre la notification au tribunal d'un permis de construire modificatif régularisant le permis de construire du 22 septembre 2020 et à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme E la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par M. et Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gosselin, président ;

- les conclusions de Mme Touret, rapporteure publique,

- et les observations de Me Béguin, représentant M. et Mme E, J représentant M. et Mme C et H, représentant de la commune de Cesson-Sévigné.

Considérant ce qui suit :

1. Le 25 juin 2020, M. C et Mme D ont déposé une demande de permis d'aménager un lotissement de 6 lots sur un terrain situé 11 rue de la Ménouriais. Par un arrêté du 22 septembre 2020, le maire de Cesson-Sévigné a accordé l'autorisation sollicitée. Par un courrier du 18 novembre 2020, M. et Mme E ont saisi le maire d'un recours gracieux qui a été rejeté le 18 décembre 2020. M. et Mme E demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2020 portant autorisation d'aménager un lotissement de 6 lots et le permis d'aménager modificatif en date du 2 mars 2021, ensemble la décision du 18 décembre 2020 rejetant le recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 28 mai 2020, régulièrement publié le même jour, le maire de Cesson-Sévigné a donné délégation de fonction et de signature à M. I G, 2ème adjoint et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet d'assurer les fonctions relatives aux domaines de l'urbanisme et du patrimoine immobilier de la commune et notamment la délivrance des autorisations d'urbanismes au nombre desquelles figurent les permis d'aménager. S'agissant du permis de construire modificatif du 2 mars 2021, M. F, 8ème adjoint, avait reçu, par arrêté du 22 février 2021, délégation de signature pour la période du 1er au 5 mars 2021, dans le domaine de l'urbanisme et du patrimoine immobilier de la commune notamment pour la délivrance des autorisations d'urbanismes au nombre desquelles figurent les permis d'aménager. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés du 22 septembre 2020 et 2 mars 2021 doit être écarté.

3. Aux termes de l'article R. 441-2 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis d'aménager : () / b) Le projet d'aménagement comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 441-3 et R. 441-4. ". Aux termes de l'article R. 441-3 du même code : " Le projet d'aménagement comprend une notice précisant : () / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) La composition et l'organisation du projet, la prise en compte des constructions ou paysages avoisinants, le traitement minéral et végétal des voies et espaces publics et collectifs et les solutions retenues pour le stationnement des véhicules ; () ". Aux termes de l'article R. 441-4 de ce code : " Le projet d'aménagement comprend également : () / 2° Un plan coté dans les trois dimensions faisant apparaître la composition d'ensemble du projet et les plantations à conserver ou à créer. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la notice précise la composition et l'organisation du projet d'aménagement, comporte deux chapitres relatifs à l'aménagement du terrain et au traitement des espaces végétaux, des voies et des espaces publics qui mentionnent notamment l'existence et la préservation des arbres en limite nord et est du terrain d'assiette. La pièce PA 8.1 du programme des travaux indique la topographie du terrain et les terrassements envisagés. La notice explicative du projet et les plans de composition détaillés mentionnent donc de manière suffisante l'aménagement du terrain et notamment la conservation des arbres situés en limite séparative de la propriété des requérants ainsi que les emplacements dédiés au stationnement des véhicules sur chacun des lots. L'ensemble de ces documents a ainsi permis au service instructeur d'être suffisamment renseigné sur les caractéristiques du projet porté par les pétitionnaires concernant l'aménagement du terrain, les éléments supprimés ou conservés et le stationnement des véhicules. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du a) et du b) du 2° de l'article R. 441-3 du code de l'urbanisme et du 2°) de l'article R. 441-4 du même code doit être écarté

5. Aux termes des dispositions de l'article 1.1 du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes métropole applicable à la zone UE.3 : " Règles générales / Les constructions s'implantent en retrait minimal de 5 m par rapport aux voies ou emprises ouvertes au public (*). Règles alternatives : Voir titre IV- Règles littérales applicables à toutes les zones/ 2. Implantation des constructions ".

6. Le retrait minimal de 5 mètres prescrit par l'article 1.1 du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes métropole applicable à la zone UE.3 où est situé le projet, s'impose uniquement aux constructions faisant l'objet d'un permis de construire et non aux projets d'aménagement mais il appartient à l'autorité administrative, au stade du permis d'aménager, de vérifier que la composition des lots permettra l'implantation des constructions dans le respect de la règle. Il ressort des pièces du dossier que les trois lots composant le projet d'aménagement en bordure de la voie publique sont de dimension suffisante pour permettre l'implantation des constructions dans le respect du retrait de 5 mètres imposé par l'article précité du plan local d'urbanisme intercommunal. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 1.1 du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes métropole doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 6 relatif à la végétalisation et clôtures du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes métropole : " Règles générales / Dans toutes les zones : Le projet privilégie une composition paysagère dans laquelle les trois strates végétales sont présentes (herbacée, arbustive, arborée). Le projet conserve dans la mesure du possible les plantations existantes en termes de sujet repérés, d'espaces suffisants et de mesures de protection pour assurer leur conservation. () Les arbres existants sont maintenus ou remplacés lorsque la superficie et la configuration de la surface de pleine terre (*) le permet. () / Dans les zones U et 1AU : Le terrain doit comporter au minimum les normes cumulatives suivantes : / - 1 arbre planté par tranche complète de 200 m² de surface de pleine terre (*). / - Les aires de stationnement des véhicules automobiles doivent faire l'objet d'un traitement paysager d'ensemble, y compris les délaissés. Elles comportent un arbre pour 4 emplacements de stationnement aérien et sont entourées de haies ou plantes arbustives à l'exception des aires de stationnement sur dalle pour lesquelles seul 1 arbre pour 4 emplacements de stationnement est exigé. () ".

8. L'incomplétude alléguée du dossier de présentation concernant le traitement spécifique des arbres situés en limite de propriété n'est pas de nature, à elle seule, à établir que le projet d'aménagement méconnait les dispositions de l'article 6 du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes métropole. Il ne ressort d'ailleurs pas des pièces du dossier que le projet d'aménagement autorisé, qui est localisé en zone urbaine, ne permette pas aux futurs projets de construction d'habitation de respecter les règles de l'article précité selon lesquelles le terrain d'assiette du projet doit comporter, d'une part, un arbre pour l'aménagement de 4 emplacements de stationnement et d'autre part, un arbre par tranche complète de 200 mètres carrés de surface de pleine terre. Les documents de projection graphique joints à la notice représentent d'ailleurs plusieurs arbres existants ou plantés de façon homogène sur les lots. Dans ces conditions, même si les travaux nécessaires au terrassement des lots qui le composent entraineront l'abattage de plusieurs arbres situés le long de leur parcelle ZV n° 256, le projet respecte les prescriptions posées par l'article précité du plan local d'urbanisme intercommunal, la conservation des arbres existants restant un objectif qui n'interdit pas certains abattages ou remplacements selon la superficie et la configuration de la surface de pleine terre du terrain d'assiette du projet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes métropole doit être écarté.

9. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Aux termes de l'article 8.1 du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes métropole : " Lorsque les constructions et installations doivent être desservies par des voies ouvertes au public (*), leurs caractéristiques correspondent à leur destination. () Aucun accès automobile ne peut s'effectuer sur les voies affectées exclusivement aux cycles et piétons à l'exception de traversées ponctuelles. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que la voie existante desservant le lotissement est une impasse présentant une dimension d'environ 4,50 mètres avec deux étranglements à 3,60 mètres et 3,10 mètres environ et disposant d'accotements stabilisés. Elle est en grande part rectiligne et ne comporte qu'une courbe peu marquée autorisant une bonne visibilité sur l'ensemble de son parcours. Elle desservira à terme moins d'une quinzaine d'habitations et sa vitesse est limitée à 20 kilomètres par heure. Elle présente donc des caractéristiques garantissant le passage et le croisement des véhicules et la sécurité du trafic routier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8.1 du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes métropole et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

11. Aux termes de l'article 8.2 du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes métropole : " Les règles ci-dessous s'appliquent dans toutes les zones. () / Collecte des déchets ménagers et assimilés / Tout projet de construction nouvelle quelle que soit sa destination, doit prévoir pour la gestion des déchets du site, un lieu de stockage spécifique suffisamment dimensionné sur le terrain d'assiette du projet. Les préconisations techniques à respecter sont indiquées dans les annexes du PLUI. / Dans le cas d'un mode de collecte des déchets par apport volontaire retenu par la collectivité, le lieu de stockage ne vise que les déchets occasionnels de type encombrants. / Dans tous les nouveaux projets générant des bio-déchets, une solution de tri à la source de ces déchets doit être intégrée soit par le biais d'aire de compostage soit par une surface supplémentaire des locaux déchets. ".

12. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 22 septembre 2020 a été pris au visa de l'avis favorable assorti de prescriptions du service collecte des déchets de Rennes métropole en date du 17 juillet 2020. S'agissant d'une voie en impasse ne disposant pas d'une raquette de retournement, les véhicules de collecte des déchets n'y entrent pas et un point de collecte existe à l'entrée de la rue la Ménouriais. Par ailleurs, deux points de regroupement sont prévus au dossier de demande en vue d'une éventuelle future desserte du lotissement par le service d'enlèvement des déchets de la métropole de Rennes. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8.2 du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes métropole doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que M. et Mme E ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 22 septembre 2020 et de l'arrêté du 2 mars 2021 portant permis d'aménager modificatif, ensemble le rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions indemnitaires des pétitionnaires :

14. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable à la date du présent jugement : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel. ".

15. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué autorise l'aménagement d'un lotissement de 6 lots à proximité immédiate de l'habitation des requérants qui est susceptible de porter atteinte aux vues de la propriété de M. et Mme E. Ainsi, le recours pour excès de pouvoir formé par M. et Mme E ne peut être regardé comme excédant la défense de leurs intérêts légitimes. Il en résulte que les conclusions indemnitaires présentées par Mme D et M. C tendant à la condamnation de M. et Mme E sur le fondement des dispositions précitées doivent, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par et M. et Mme E doivent, dès lors, être rejetées. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. et Mme E, la somme de 750 euros au titre des frais exposés par la commune de Cesson-Sévigné et la somme de 750 euros au titre de ceux exposés par Mme D et M. C.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions indemnitaires présentées par Mme D et M. C au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme sont rejetées.

Article 3 : M. et Mme E verseront la somme de 750 euros à la commune de Cesson-Sévigné et la somme de 750 euros à Mme D et M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B E, K D, M. A C et à la commune de Cesson-Sévigné.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

M. Desbourdes, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

signé

O. Gosselin

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Pottier

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101020

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