lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2101267 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LE VERGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 mars 2021 et 31 mai 2022, Mme C épouse A, représentée par Me Le Verger, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2021 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) de lui donner acte du désistement de ses conclusions initialement présentées à fin d'annulation d'une décision fixant le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et réexaminer sa situation, l'ensemble dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
- il est entaché d'un vice de procédure à défaut de saisine de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de Bretagne du nouveau contrat de travail à durée déterminée du 7 janvier 2021 qu'elle a présenté ;
- il méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation privée et familiale ;
- la décision du 14 mai 2013 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé d'accorder à son mari le regroupement familial à son bénéfice est entachée d'erreur de fait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2021, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par un courrier du 31 mai 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office, tirés de l'irrecevabilité des conclusions présentées à fin d'annulation d'une décision fixant le pays à destination duquel Mme A serait susceptible d'être renvoyée dès lors qu'il n'est pas établi qu'une telle décision aurait été prise à son encontre par le préfet d'Ille-et-Vilaine et de l'irrecevabilité du moyen d'exception d'illégalité de la décision du 14 mai 2013 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé au mari de Mme A le bénéfice, à son égard, du regroupement familial, dès lors que cette décision était définitive à la date à laquelle ce moyen a été soulevé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- et les observations de Me Zaegel, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante turque, a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a demandé au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2021 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité ainsi qu'une décision par laquelle le préfet aurait fixé le pays à destination duquel elle serait, le cas échéant, reconduite d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 janvier 2021 :
2. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté la demande de titre de séjour de Mme A sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur aux motifs que si l'intéressée se prévaut d'une durée de présence en France de six années, celle-ci est liée à sa présence irrégulière sur le sol français sans démarche de régularisation ainsi qu'aux délais d'examen de sa demande de titre de séjour, que l'intéressée a déclaré être entrée de manière illégale en dehors de la procédure de regroupement familial alors qu'un tel regroupement avait été refusé à son mari par décision du 14 mai 2013 sans que cette décision ne soit alors contestée, que la décision opposée à Mme A n'implique pas qu'elle soit éloignée de son mari et de ses trois enfants majeurs, que si elle fait valoir un contrat de travail à durée indéterminée auprès de la société EFES Maçonnerie, la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de Bretagne a émis sur ce contrat un avis défavorable en septembre 2018, que si elle justifie d'un nouveau contrat de travail à durée déterminée auprès de l'entreprise de Maçonnerie dont son époux est le président, elle ne justifie pas pour autant d'une insertion d'une particulière intensité dans la société française, qu'en conséquence, la décision de refus de titre de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'elle ne fait ainsi état d'aucune circonstance humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel pouvant justifier sa régularisation à titre exceptionnel. Cet arrêté comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé. Dès lors, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait insuffisamment motivé doit être écarté.
3. Cette motivation établit que le préfet d'Ille-et-Vilaine a procédé à un examen suffisant, personnalisé et circonstancié de la situation personnelle de Mme A, notamment au regard des deux contrats de travail qu'elle a produits. Si Mme A soutient que la société dont son époux est le président a déposé un dossier de demande d'autorisation de travail s'agissant du contrat de travail à durée déterminée signé le 7 janvier 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier, à défaut pour Mme A de justifier de la date du dépôt de cette demande, que celle-ci aurait été présentée avant que ne soit adopté l'arrêté contesté, le 15 janvier 2021. Par suite, en répondant à la seule demande qui lui était alors présentée, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation de Mme A. Et, dès lors que, pour répondre à cette demande de titre de séjour sur ces deux fondements, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était pas tenu de saisir la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de Bretagne, la requérante ne peut utilement soutenir que le défaut d'une telle saisine serait susceptible d'entacher l'arrêté attaqué d'un vice de procédure.
4. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A entre dans les catégories ouvrant droit au regroupement familial. Si elle soutient que, par sa décision du 14 mai 2013, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé d'accorder à son mari un regroupement familial à son bénéfice pour un motif entaché d'erreur de fait, elle reconnaît cependant que cette décision est devenue définitive faute d'avoir fait l'objet d'un recours contentieux et qu'elle n'est pas recevable à en contester la légalité. Par suite, Mme A, n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 ".
7. Ni la durée de présence en France de Mme A de plus de cinq ans à la date de l'arrêté attaqué, ni la circonstance que son mari et ses trois enfants majeurs résident régulièrement sur le territoire français, ni ses tentatives d'obtention d'une autorisation de travail en France, ni encore la circonstance qu'elle reçoit des cours de français ne constituent des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Le droit de mener une vie privée et familiale normale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne saurait s'interpréter comme comportant l'obligation générale de respecter le choix, par des couples mariés, de leur domicile commun et d'accepter l'installation de conjoints non nationaux en France.
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A ne justifie que d'une durée de présence en France de cinq ans et cinq mois à la date de l'arrêté attaqué. Si elle dispose de l'essentiel de ses attaches familiales, à savoir son mari et ses trois enfants majeurs, sur le territoire français et bien que ceux-ci soient en situation régulière, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne lui confèrent pas, ainsi qu'il a été exposé au point précédent, un droit au choix de s'installer librement avec son époux en France. Mme A, qui, en dernier lieu, présente un contrat de travail dans l'entreprise familiale, ne justifie pas de la création en France de liens de toute nature en dehors de son cercle familial. Or, d'une part, la simple décision de refus de titre de séjour qui lui est opposée n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner des membres de sa famille. D'autre part, Mme A soutient que son mari pourvoit, par son entreprise, aux besoins de l'ensemble de sa famille, y compris les siens. Par suite, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le mari de la requérante ne pourrait pas valablement mettre en œuvre une procédure de regroupement familiale à son égard, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait ainsi les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Pour l'ensemble des motifs qui précèdent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 15 janvier 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation d'une décision fixant le pays de renvoi :
12. Le désistement de Mme A de ses conclusions à fin d'annulation d'une décision fixant un pays de renvoi est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
13. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : Il est donné acte du désistement de Mme A de ses conclusions à fin d'annulation d'une décision fixant un pays de renvoi.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C épouse A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022 à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Pottier, première conseillère,
M. Desbourdes, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
Le rapporteur,
signé
W. BLe président,
signé
O. Gosselin
La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026