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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2101305

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2101305

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2101305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS BEAUVOIS - PICART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 12 mars 2021 et les 24 mai et 27 juin 2022, Mme D E et M. C B, représentés par la SELARL Beauvois - Picard - Bernard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er février 2021 par laquelle le maire de la commune de Pluvigner a rejeté leur demande d'abrogation partielle du plan local d'urbanisme ;

2°) d'enjoindre au maire d'inscrire cette question à l'ordre du jour du premier conseil municipal intervenant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à la commune de définir la notion d'extension mesurée par application d'un pourcentage de 30 % par rapport à l'emprise du bâtiment existant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Pluvigner le versement de la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les dispositions de l'article A2 du règlement de plan local d'urbanisme, relatives aux possibilité d'extension introduisent une rupture d'égalité entre les propriétaires ;

- les dispositions de l'article A2 du règlement de plan local d'urbanisme sont incohérentes et méconnaissent le principe de subsidiarité ;

- les dispositions de l'article A2 méconnaissent la charte de l'agriculture et de l'urbanisme.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 31 mars et le 13 juin 2022, la commune de Pluvigner, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir contre le règlement en litige ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Levêque, de la SELARL Lexcap, représentant la commune de Pluvignier.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération en date du 10 mars 2016, le conseil municipal de la commune de Pluvigner a approuvé le plan local d'urbanisme, celui-ci classant notamment en zone agricole Aa la parcelle cadastrée section ZN n° 58 située lieudit La Haie et appartenant aux consorts E - B. Par une décision en date du 18 mars 2019, le maire de Pluvigner a refusé un projet tendant à " l'installation d'une marquise partiellement vitrée et complétée en ardoise sur structure bois " sur cette unité foncière. Par une lettre en date du 30 novembre 2020, Mme E et M. B ont sollicité auprès du maire de Pluvigner l'abrogation de l'article A2.2.4 du règlement de plan local d'urbanisme. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme E et M. B saisissent le tribunal d'une requête tendant à l'annulation de la décision implicite du 1er février 2021 par laquelle le maire a rejeté leur demande d'abrogation partielle du plan local d'urbanisme.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de la rupture d'égalité introduite par les dispositions de l'article A2 du plan local d'urbanisme :

2. Le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.

3. En l'espèce, les auteurs du plan local d'urbanisme ont souhaité fixer un objectif de limitation de la consommation foncière et de préservation des espaces agricoles et naturels et le projet d'aménagement et de développement durables, traduisant cette volonté, prévoit de " Valoriser et optimiser les potentialités relevées au sein du tissu urbain existant ", de " Minimiser les extensions d'urbanisation aux besoins prévisibles compte tenu de la croissance démographique attendue et les localiser en continuité immédiate du tissu urbain existant afin de préserver les espaces agricoles et naturels ", de " Conforter les centralités existantes en densifiant le centre-bourg de Pluvigner, le village de Bieuzy Lanvaux ainsi que les hameaux de Malachappe et Trélécan, sans étendre les écarts et autres espaces bâtis en secteur agricole qui essaiment la commune " et enfin de " Classer tous les autres écarts d'urbanisation comme du mitage en zone agricole (A) ou naturelle (N) avec possibilité limitée d'extension des bâtiments d'habitation existants ".

4. Pour la mise en œuvre de ce parti d'aménagement, il a été défini dans le règlement du plan local d'urbanisme des limites d'extension des constructions existantes en fonction de leur emprise au sol sur l'unité foncière. Cette différenciation conduit à permettre des extensions plus ou moins importantes en surface selon que le bâtiment existant est compris entre 30 m² et 70 m² ou entre 70 m² et 130 m², les augmentations de surface étant prohibées pour les constructions d'une surface initiale supérieure à 130 m². Il en résulte que le potentiel de constructibilité est en théorie proportionnellement plus important pour les bâtiments existants dont l'emprise est au plus égale à 70 m². Toutefois, le conseil municipal de Pluvigner a pu sans méconnaitre le principe d'égalité octroyer des droits à construire variables au regard de la surface d'occupation foncière et réserver un sort différent, voire plus favorable, à des tènements ayant connu auparavant une artificialisation moindre.

5. La distinction de régime entre les constructions existantes d'emprise au sol de 30 à 70 m² et celles d'emprise au sol de 70 à 130 m² relève également du souhait des auteurs du plan local d'urbanisme de cantonner les possibilités d'extension en exigeant, d'une part, qu'elles soient mesurées et, d'autre part, qu'elles n'aient en tout état de cause pas pour effet de conduire à l'existence de constructions non liées à l'activité agricole d'une emprise au sol excédant 130 m². Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incohérence des dispositions de l'article A2 du plan local d'urbanisme :

6. Aux termes de l'article A2.2.4 du règlement de plan local d'urbanisme : " L'extension mesurée des constructions à usage d'habitation existantes dans la zone à la date d'approbation du présent plan local d'urbanisme à condition qu'elle se fasse en harmonie avec la construction d'origine, sans élévation du bâtiment principal, en continuité du volume existant, dans le respect des règles de réciprocité rappelées à l'article L. 111-3 du Code Rural et que l'extension ne crée pas de logement nouveau ". Ces dispositions sont suivies d'un tableau indiquant les droits à construire en fonction des surfaces d'emprise au sol existantes.

7. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que les possibilités spécifiques d'extension des constructions existantes ne dispensent pas les projets de respecter l'obligation générale tenant au caractère mesuré, quelle que soit la surface d'occupation foncière initiale, de l'augmentation d'emprise au sol, de sorte que l'extension doit nécessairement demeurer accessoire par rapport à l'existant.

8. En second lieu, les requérants font valoir que la rédaction telle qu'elle figure au tableau mentionné précédemment, implique que les constructions existantes de 70 m² sont soumises à la fois au régime fixant une limite maximale d'extension d'emprise au sol à 100 m² mais également à 130 m².

9. Cependant, dès lors que, s'agissant des emprises au sols inférieures à 30 m² et supérieures à 130 m², les limites à caractère strict sont composées de nombres à valeur entière, les auteurs du plan local d'urbanisme ont nécessairement entendu faire usage pour les surfaces au sols entre ces deux valeurs d'un encadrement d'une amplitude à l'unité près permettant une limite d'extension maximale d'emprise au sol de 100 m² pour les constructions existantes présentant une surface au sols à partir de 30 m² incluse et jusqu'à 70 m², cette dernière valeur étant exclue, et une limite d'extension maximale d'emprise au sol de 130 m² pour les constructions existantes présentant une surface au sols à partir de 70 m², cette dernière valeur étant incluse, et jusqu'à 130 m², cette valeur étant incluse également. La " maladresse rédactionnelle " invoquée, à la supposer établie, n'est pas de nature à entacher d'incohérence et d'illégalité le plan local d'urbanisme et d'en justifier son abrogation.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de la charte de l'agriculture et de l'urbanisme :

10. Si les requérants soutiennent que la délibération du 10 mars 2016 a méconnu la charte de l'agriculture et de l'urbanisme du Morbihan qui fixe un principe de gestion économe de l'espace au moyen de la densification des espaces bâtis, les mentions de cette charte sont dépourvues de valeur réglementaire et ne peuvent être utilement invoquées à l'appui d'une contestation de la légalité d'une délibération approuvant un plan local d'urbanisme. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune, que les conclusions présentées par Mme E et M. B à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Pluvigner, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux requérants une somme que ceux-ci demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de Mme E et M. B le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Pluvigner au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E et M. B est rejetée.

Article 2 : Mme E et M. B verseront solidairement à la commune de Pluvigner la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et M. C B ainsi qu'à la commune de Pluvigner.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

F. A

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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