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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2101340

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2101340

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2101340
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 26 février 2021, le 2 juin 2021 et le 3 avril 2023, M. A D, Mme C D et M. B D doivent être regardés comme demandant au tribunal d'annuler le certificat d'urbanisme du 12 février 2021 par lequel le maire de la commune de Rédéné a certifié que les parcelle cadastrées ZI nos 176, 177 et 178, formant un terrain situé lieu-dit Mongardi, ne pouvaient pas être utilisées pour la réalisation d'une construction à usage d'habitation.

Ils doivent être regardés comme soutenant que :

- l'opération de construction projetée ne méconnaît pas les dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme dès lors que les parcelles sont desservies par un chemin d'une largeur de 5 mètres permettant le passage des véhicules de lutte contre les incendies ;

- elle ne méconnaît pas les dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que ces terrains n'ont plus aucun intérêt agricole et que la direction départementale de l'aménagement foncier a approuvé leur morcellement ;

- elle ne méconnaît ni les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ni celles de l'article R. 111-2 de ce code dès lors que le raccordement de la parcelle au réseau d'assainissement collectif et au réseau de distribution d'électricité est possible au niveau de la voie communale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2021, la commune de Rédéné, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérants la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 21 juillet 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, dès lors que les dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ne s'appliquent pas sur les territoires dotés d'un plan local d'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Villebesseix,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Oueslati, de la SELARL Lexcap, représentant la commune de Rédéné.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, Mme C D et M. B D sont propriétaires des parcelles cadastrées section ZI nos 176, 177 et 178 situées lieu-dit Mongardi sur le territoire de la commune de Rédéné. Le 17 décembre 2020, M. A D a sollicité un certificat d'urbanisme opérationnel en vue de la construction d'une maison à usage d'habitation sur la parcelle ZI n° 178. Le 12 février 2021, le maire de la commune de Rédéné lui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif. Il s'agit de la décision dont les requérants demandent l'annulation.

2. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus () ".

3. Pour délivrer un certificat d'urbanisme négatif à M. D, le maire de Rédéné s'est fondé sur les motifs tirés de la méconnaissance par le projet de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme et des dispositions des articles R. 111-5, L. 111-11 et R. 111-2 du code de l'urbanisme.

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme : " Le règlement national d'urbanisme est applicable aux constructions et aménagements faisant l'objet d'un permis de construire, d'un permis d'aménager ou d'une déclaration préalable ainsi qu'aux autres utilisations du sol régies par le présent code. / Toutefois les dispositions des articles R. 111-3, R. 111-5 à R. 111-19 et R. 111-28 à R. 111-30 ne sont pas applicables dans les territoires dotés d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ". Aux termes de l'article R. 111-5 du même code : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic ".

5. Comme l'indique la décision attaquée, le territoire de la commune de Rédéné est couvert par un plan local d'urbanisme approuvé le 19 octobre 2017 et rendu exécutoire le 13 novembre 2017. Or il ressort des dispositions de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme citées au point 4 que l'article R. 111-5 n'est pas applicable dans les communes dotées d'un plan local d'urbanisme. Par suite, en se fondant sur les dispositions précitées de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme, alors qu'elles étaient inapplicables, pour délivrer à M. D un certificat d'urbanisme négatif, le maire de Rédéné a méconnu le champ d'application de la loi.

6. En deuxième lieu, l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Rédéné autorise l'occupation et l'utilisation du sol à condition que les constructions soient " liées et nécessaires aux activités agricoles et forestières, aquacoles, extractives ainsi que les constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif ". En secteur Aa, en ce qui concerne les constructions à usage d'habitation, seule est autorisée par cet article : " l'édification des constructions à usage de logement de fonction des exploitants strictement liées et nécessaires au fonctionnement des exploitations agricoles et forestières (surveillance permanentes et rapprochée justifiée) () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que les terrains des requérants, qui sont situés en zone Aa du plan local d'urbanisme, sont vierges de construction et arborés. Il n'est pas contesté que la construction projetée sur la parcelle cadastrée section ZI n° 178 n'a pas vocation à être utilisée comme un logement de fonction destiné à assurer la surveillance permanente et rapprochée d'une exploitation agricole, répondant aux conditions posées par l'article A2 du plan local d'urbanisme.

8. Les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des circonstances tirées de ce que des habitations auraient été autorisées sur des terres agricoles, de ce qu'ils résident dans la commune, de ce qu'ils n'ont pas d'intention spéculative, ou de ce que la direction départementale de l'aménagement foncier aurait approuvé le morcellement des parcelles, dès lors qu'elles sont sans incidence sur le bien-fondé du motif tiré de ce que la construction envisagée méconnaît les dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés () ". Il résulte de ces dispositions qu'un permis de construire doit être refusé ou qu'un certificat d'urbanisme négatif doit être délivré lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, lorsque l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation. L'autorité compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou le certificat d'urbanisme opérationnel demandé pour un projet qui exige une modification de la consistance d'un réseau public qui, compte tenu de ses perspectives d'urbanisation et de développement, ne correspond pas aux besoins de la collectivité. Il appartient à l'autorité compétente pour délivrer le certificat d'urbanisme d'apprécier si les équipements publics existants ou prévus susceptibles de desservir le terrain concerné permettent ou non la construction sur ce terrain. Si elle estime que tel n'est pas le cas, cette autorité peut, sous le contrôle du juge, déclarer que le terrain est inconstructible ou non utilisable pour cette opération, alors même qu'aucune règle d'urbanisme n'imposerait le refus de toute construction ou autorisation.

10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis de la société Enedis du 28 janvier 2021, que la distance entre le réseau existant et la parcelle ne permet pas un raccordement au réseau public de distribution d'électricité et que ce raccordement suppose la réalisation de travaux d'extension du réseau sur une longueur de 141 mètres. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le raccordement des terrains litigieux, qui sont classés en zone agricole, répondrait à un besoin de la collectivité. Par suite, le maire de la commune de Rédéné était fondé à délivrer un certificat d'urbanisme négatif au motif que le projet méconnaissait les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Pour apprécier si les risques d'atteinte à la sécurité publique justifient la délivrance d'un certificat d'urbanisme négatif par application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, il appartient à l'autorité compétente en matière d'urbanisme, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'apprécier compte tenu des données scientifiques disponibles, tant la probabilité de réalisation de ces risques que la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

12. Le maire de la commune de Rédéné s'est également fondé sur le motif tiré de ce que le projet méconnaissait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que l'aptitude du terrain à l'assainissement non collectif n'était pas avérée et qu'en l'état, il était de nature à porter atteinte à la salubrité publique. Toutefois, aucune disposition du code de l'urbanisme, notamment pas les articles L. 410-1 et R. 410-1 du code de l'urbanisme, n'impose au pétitionnaire d'assortir sa demande de certificat d'urbanisme de la description d'un dispositif d'assainissement autonome pour la construction faisant l'objet de la demande. Conformément aux dispositions du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, il appartenait au maire d'indiquer sur ce certificat l'état des équipements publics existants ou prévus. Ce certificat pouvait également indiquer que la réalisation de l'opération envisagée nécessiterait l'aménagement d'un dispositif d'assainissement autonome. Dès lors, le maire de Rédéné, qui n'établit pas qu'il avait connaissance d'éléments démontrant que le terrain d'assiette du projet ne serait pas apte à l'assainissement individuel, ne pouvait légalement fonder le certificat d'urbanisme litigieux sur ce motif.

13. Il résulte de ce qui précède que le maire de Rédéné ne pouvait pas fonder le certificat d'urbanisme du 12 février 2021 sur les dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-5 du code de l'urbanisme. Toutefois, il résulte de l'instruction que le maire de Rédéné, compte tenu des autres motifs fondant le certificat d'urbanisme négatif, aurait pris la même décision s'il n'avait pas retenu la méconnaissance par le projet de ces deux articles du code de l'urbanisme.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation du certificat d'urbanisme négatif délivré par le maire de Rédéné le 12 février 2021.

Sur les frais liés au litige :

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune de Rédéné au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des consorts D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Rédéné présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, désigné représentant unique des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune de Rédéné.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

J. Villebesseix

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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