jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2101410 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LOUSSOUARN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 mars 2021, Mme B D, représentée par Me Loussouarn, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 août 2020, par lequel le préfet du Morbihan a décidé la fermeture administrative temporaire pour une durée de douze jours de l'établissement
" Ti Beudeff ", ainsi que la décision implicite du 16 décembre 2020, portant rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris en l'absence de toute procédure contradictoire préalable ;
- l'urgence n'est pas caractérisée ;
- l'établissement " Ti Beudeff " n'a pas été destinataire d'un avertissement préalable relatif aux faits qui lui sont reprochés ;
- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence, dès lors que la délégation est trop générale ;
- les faits reprochés ne sont ni circonstanciés ni détaillés, dès lors leur matérialité n'est pas établie ;
- l'établissement est entouré d'autres restaurants et débits de boissons, ainsi que d'un supermarché où une clientèle jeune achète de l'alcool pour la consommer sur la voie publique ;
- compte-tenu de son activité de bureau de tabac, il reçoit la clientèle alcoolisée des autres établissements ;
- aucune anomalie dans le respect des règles prophylactiques n'a été relevée par la cellule d'enquête contre le travail illégal et la fraude (CELTIF) lors de son contrôle du
29 juillet 2020 ;
- aucun concert n'a été organisé durant l'été 2020 dans l'établissement, qui respecte par ailleurs les normes acoustiques.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2021, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le décret n°2020-860 du 10 juillet 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de M. Rémy, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 21 août 2020, le préfet du Morbihan a prononcé à l'encontre de l'établissement de bar-restauration à l'enseigne " Ti Beudeff ", situé sur l'île de Groix et géré par Mme D, une fermeture administrative d'une durée de douze jours, sur le fondement de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique. Mme D a formé le 15 octobre 2020 un recours gracieux à l'encontre de cette décision, auquel il n'a pas été répondu. Par la présente requête, elle demande l'annulation de cet arrêté, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 43 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature, notamment en matière d'ordonnancement secondaire : [] 5° Pour toutes les matières intéressant son arrondissement et pour l'exécution des missions qu'il lui confie conformément aux dispositions de l'article 14, au sous-préfet. ".
3. La décision contestée a été signée par M. A E, sous-préfet de l'arrondissement de Lorient, lequel avait reçu, par arrêté du 5 août 2019, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs du département du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, délégation de signature du préfet du Morbihan à l'effet de signer " pour toutes les matières intéressant son arrondissement ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Cette délégation n'étant pas trop générale, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté en litige : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements. / Cette fermeture doit être précédée d'un avertissement qui peut, le cas échéant, s'y substituer, lorsque les faits susceptibles de justifier cette fermeture résultent d'une défaillance exceptionnelle de l'exploitant ou à laquelle il lui est aisé de remédier. / 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois. Le représentant de l'Etat dans le département peut réduire la durée de cette fermeture lorsque l'exploitant s'engage à suivre la formation donnant lieu à la délivrance d'un permis d'exploitation visé à l'article L. 3332-1-1. [] / 4. Les crimes et délits ou les atteintes à l'ordre public pouvant justifier les fermetures prévues au 2 et au 3 doivent être en relation avec la fréquentation de l'établissement ou ses conditions d'exploitation. / 5. A l'exception de l'avertissement prévu au 1, les mesures prises en application du présent article sont soumises aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration. ". Lorsqu'elle est ordonnée, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, en raison d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture administrative doit être regardée non pas comme une sanction, mais comme une mesure de police qui a pour objet de prévenir la continuation ou le retour de désordres liés au fonctionnement de l'établissement, indépendamment de toute responsabilité de l'exploitant.
5. Par ailleurs, aux termes de l'article 29 du décret du 10 juillet 2020 visé ci-dessus : " Le préfet de département est habilité à interdire, à restreindre ou à réglementer, par des mesures réglementaires ou individuelles, les activités qui ne sont pas interdites en vertu du présent titre. Dans les parties du territoire dans lesquelles est constatée une circulation active du virus mentionnées à l'article 4, le préfet de département peut en outre fermer provisoirement une ou plusieurs catégories d'établissements recevant du public ainsi que des lieux de réunions. / Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret. ".
6. Il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué que celui-ci est intervenu à la suite de la constatation, opérée par procès-verbaux de gendarmerie des 2 et 13 août 2020, de ce que la clientèle de l'établissement ne respectait pas les règles de distanciation sociale instituées dans les débits de boissons au regard de la situation sanitaire liée à l'épidémie de la covid-19 par le code de la santé publique et que le fonctionnement de l'établissement n'obéissait pas aux dispositions réglementaires applicables, en particulier s'agissant du service d'alcool à des clients manifestement ivres, des nuisances sonores ou de l'occupation par la clientèle de la voie publique. Si les faits ainsi constatés étaient de nature à justifier une mesure de fermeture tant sur le fondement du 1 que sur celui du 2 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, ou, s'agissant des mesures de distanciation sociale, sur le fondement du décret du 10 juillet 2021, il ressort explicitement de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet a entendu tenir compte des atteintes à l'ordre public et à la santé et à la tranquillité publiques constatées par les rapports mentionnés ci-dessus.
7. Or, Mme D n'apporte pas la preuve, par les seules pièces produites, de l'inexactitude des faits constatés dans les procès-verbaux de renseignements administratifs établis par la gendarmerie locale les 2 et 13 août 2020, et desquels il ressort qu'aux droits de son établissement qui, ne disposant pas d'une terrasse, " donne directement sur la voie publique (), environ une centaine de personnes sont présentes, de part et d'autre de la chaussée, assises ou debout. Elles consomment pour la majeure partie de l'alcool " et que des clients ont été servis jusqu'à l'heure de fermeture, achevant leur boisson sur la voie publique. De même, la circonstance que la cellule de lutte contre le travail illégal et les fraudes du Morbihan n'ait relevé aucune infraction lors de son contrôle du 29 juillet 2020, n'a pas d'incidence sur la matérialité des faits qui fondent l'arrêté attaqué, dans la mesure où le contrôle du respect des mesures mises en œuvre dans le contexte de circulation du virus de la covid-19 a été réalisé à 14h et non en soirée, durant les heures d'affluence de l'établissement. Enfin, le certificat acoustique du
27 juin 2008 produit par Mme D, n'a pas davantage de valeur probatoire eu égard à sa date et au fait que les nuisances sonores en cause résultent d'un fonctionnement de l'établissement toutes portes ouvertes.
8. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Morbihan pouvait légalement estimer que les atteintes à l'ordre public ainsi qu'à la santé et à la tranquillité publiques constatées à l'occasion du fonctionnement de l'établissement de Mme D suffisaient à justifier, sur le fondement du seul 2 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique une mesure de fermeture administrative. Les moyens tirés de l'erreur de fait ou de l'erreur de droit soulevés à cet égard doivent donc être écartés.
9. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". L'article L. 121-1 de ce code dispose que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. ". Aux termes de l'article L. 121-1 de ce code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles. () ".
10. Il résulte de ces dispositions combinées qu'en cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles, les décisions individuelles devant être motivées n'ont pas à être soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable.
11. Eu égard à la gravité des atteintes à l'ordre public, à la santé et à la tranquillité publiques relevées les 2 et 13 août 2020, et alors que la période estivale n'était pas encore achevée, le préfet était fondé à estimer que la mesure de fermeture destinée à prévenir la réitération de tels faits soit prononcée, eu égard à l'urgence, moins de dix jours après la réception
du second procès-verbal, sans que soit mise en œuvre la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure soulevé à cet égard doit être écarté.
12. En dernier lieu, et alors qu'ainsi qu'il a été dit au point 8 l'arrêté attaqué pouvait légalement être fondé sur les seules dispositions du 2 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, les moyens tirés de ce qu'il serait intervenu sans avoir été précédé de l'avertissement préalable prévu par le 1 du même article et de la mise en demeure prévue à l'article 29 du décret du 10 juillet 2020, présentent un caractère inopérant.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Kolbert, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
Mme Barbaste, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
M. Barbaste
Le président,
Signé
E. KolbertLa greffière,
Signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026