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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2101428

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2101428

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2101428
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCOHADON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 18 mars 2021 et les 20 septembre et 4 novembre 2022, Mme C B, représentée par Me Cohadon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 8 décembre 2020 lui refusant le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil et plus particulièrement ses conditions d'hébergement ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder à un nouvel examen de sa demande dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions de l'article R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L. 744-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que des raisons pour lesquelles elle n'a pas respecté les obligations auxquelles elle avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu l'ordonnance n° 2101090 du 8 mars 2021 du juge des référés du tribunal.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante malienne, est entrée en France en juin 2018, après avoir notamment traversé l'Italie. Elle a sollicité l'asile le 27 juin 2018 auprès de la préfecture du Loir-et-Cher. Toutefois, à la suite de la décision de transfert aux autorités italiennes dont elle avait fait l'objet, elle a été déclarée en fuite. A l'issue d'une période de dix-huit mois, Mme B a présenté à la préfecture d'Ille-et-Vilaine une nouvelle demande en qualité de demandeuse d'asile en procédure normale le 15 juillet 2020. Elle a également sollicité auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil et notamment d'hébergement. Cette demande a été implicitement refusée. Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. ". Selon l'article R. 744-14 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptée à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis. ".

3. Les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion de la demande d'asile de l'intéressée en date du 12 juin 2020, conjointement présentée à la préfecture d'Ille-et-Vilaine avec une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil et d'adaptation des conditions d'hébergement, Mme B a indiqué, par l'intermédiaire de son conseil, être sans ressources, sans hébergement durable et gravement malade, faisant à ce titre l'objet d'un suivi régulier réalisé par le docteur D dans le service des maladies infectieuses du centre hospitalier universitaire de Pontchaillou.

5. En outre, l'Office français de l'immigration et de l'intégration produit à l'instance le formulaire de certificat médical confidentiel qui été remis le 15 juillet 2020 à Mme B afin que son médecin le renseigne. Ce formulaire a été complété par le docteur D le 29 juillet 2020, la mention d'une infection au VIH depuis 2018 étant indiquée, de même que le traitement et le suivi médical prescrit et enfin le fait que Mme B est " parfaitement autonome ". Au vu de ce document, le médecin coordonnateur de zone de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu un avis déclarant que la situation de Mme B correspondait au niveau 1, soit un niveau prioritaire pour l'hébergement, mais sans caractère d'urgence.

6. S'il ressort également des pièces du dossier que Mme B a ensuite de nouveau fait remplir le certificatif médical confidentiel par le même médecin spécialiste le 15 septembre 2020 et l'a transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 8 octobre 2020, cette transmission ultérieure n'a pas été de nature à changer l'avis émis par le médecin coordonnateur de zone de l'Office le 5 août 2020 dès lors que les certificats médicaux confidentiels du 29 juillet et du 15 septembre 2020 sont identiques en ce qui concerne les informations médicales et la notion d'autonomie du patient. Il en résulte que l'Office français de l'immigration et de l'intégration était fondé à ne pas instruire ce second certificat médical en l'absence d'élément nouveau de nature à intéresser le médecin coordonnateur de zone.

7. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait méconnu l'obligation lui incombant d'évaluer sa vulnérabilité dès lors qu'elle a fait l'objet d'un entretien de vulnérabilité lors de son enregistrement en guichet unique et que sa situation a été réexaminée à plusieurs reprises.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ".

9. Lorsqu'un demandeur d'asile fait l'objet d'une procédure de réadmission dans le cadre de la procédure " Dublin " il peut être regardé comme " en fuite " si, informé précisément et dans une langue qu'il comprend des modalités exactes de son réacheminement, il s'est délibérément abstenu de se conformer aux indications données par l'administration pour son voyage. Le fait de ne pas se rendre en temps utile sur le lieu programmé du départ, compte tenu des aléas de déplacement sur le trajet et de la longueur des procédures d'embarquement, sans pouvoir faire valoir un motif valable de retard, ou, une fois sur place, de refuser d'embarquer sur le vol réservé par l'administration, doit être assimilé à une telle abstention délibérée.

10. Or, d'une part, dans le cadre de la mise en œuvre de la procédure Dublin, Mme B, conduite à l'aéroport de Roissy, a refusé d'embarquer sur le vol réservé par l'administration pour l'exécution de l'arrêté de transfert. Elle a ainsi pu être regardée comme s'étant soustraite aux exigences des autorités puis être déclarée en fuite par la préfecture le 30 janvier 2019.

11. Si Mme B fait valoir que son état de santé ne lui permettait pas d'être transférée en Italie et qu'elle devait se rendre à un examen médical, d'une part, il ne ressort d'aucun document produit que cette consultation relevait d'une urgence et, d'autre part, elle ne démontre nullement que les services médicaux existants en Italie ne permettraient pas une prise en charge satisfaisante de sa pathologie.

12. Enfin, l'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir sans être contesté que Mme B est demeurée sans attestation de demandeur d'asile du 1er mars 2019 au 15 juillet 2020, soit de la déclaration en fuite à la requalification en procédure normale de sa demande d'asile par la préfecture sans engager aucune démarche pour régulariser sa situation.

13. En dernier lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme B se trouvait à la date de la décision dans une situation de vulnérabilité que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas prise en considération. Il ressort au demeurant des pièces du dossier, et ceci n'est pas contesté par la requérante, que, postérieurement à la décision litigieuse, Mme B a fait l'objet d'un réexamen de vulnérabilité lors duquel elle a de nouveau sollicité le bénéfice d'un avis du médecin coordonnateur de zone. Une nouvelle enveloppe lui a été remise avec un certificat médical confidentiel à faire remplir par un médecin le 13 avril 2021. Or, le médecin coordonnateur de zone de l'Office français de l'immigration n'a pas varié dans son appréciation de la situation de Mme B et, dans un avis du 30 avril 2021, l'a également déclarée en niveau 1 de vulnérabilité correspondant à une priorité d'hébergement sans caractère d'urgence pour raisons de santé. Au titre de ses préconisations, le médecin coordonnateur de zone suggère un " logement indiffèrent avec possibilités de changement de zone géographique, de zone rurale comme urbaine, d'étages, de logement partagé ". Ainsi, quand bien même sa situation reste précaire, celle-ci n'était pas de nature à la faire regarder comme étant au nombre des personnes vulnérables au sens des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Dans ces conditions, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu légalement estimer que la situation de l'intéressée ne justifiait, à la date de la décision attaquée, ni d'ailleurs à la date du présent jugement, le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

15. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 744-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doivent être écartés.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

18. En tout état de cause, Mme B ayant obtenu le statut de réfugié le 27 mai 2022, il n'y aurait plus lieu de statuer sur sa demande tendant à ce qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration de rétablir pour l'avenir, à son profit, les conditions matérielles d'accueil.

Sur les frais liés à l'instance :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

F. A

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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