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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2101487

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2101487

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2101487
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLE BIHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mars 2021, M. E B, représenté par Me Le Bihan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er octobre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision du 1er octobre 2020 a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision est entachée d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne justifie pas lui avoir permis de présenter préalablement des observations écrites conformément aux dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne sa situation de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 janvier 2021

Vu les autres pièces du dossier.

Vu l'ordonnance n° 2101488 du 22 mars 2021 du juge des référés du tribunal.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Le Bihan, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, ressortissant nigérian, est entré en France le 28 septembre 2018. Sa demande d'asile a été enregistrée à la préfecture d'Ille-et-Vilaine, le 11 octobre 2018 et l'intéressé placé en procédure dite " Dublin " le 21 novembre 2018 pour un transfert aux autorités italiennes. Il a été déclaré en fuite le 7 mars 2019. L'Office français de l'immigration et de l'intégration a ensuite suspendu les conditions matérielles d'accueil pour non-respect de l'obligation de présentation aux autorités. À l'expiration du délai de transfert, le requérant s'est de nouveau présenté à la préfecture d'Ille-et-Vilaine, en faisant valoir que la France était devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile. Par un courrier du 15 septembre 2020, il a saisi l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 1er octobre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de faire droit à cette demande de rétablissement. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été signée par Mme D C, directrice territoriale à Rennes de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui bénéficie d'une délégation de signature régulière, conformément à la décision du 15 janvier 2019 publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Ainsi Mme C était compétente pour signer la décision du 1er octobre 2020. Par suite, le moyen doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions dont elle fait application et relève que M. B n'a pas respecté leurs obligations, notamment de se présenter aux autorités, auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 11 octobre 2018. Enfin, la décision indique que l'intéressé ne présente pas une situation de vulnérabilité ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Cette motivation révèle en outre que, contrairement à ce que soutient le requérant, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à un examen particulier de sa situation avant de prendre cette décision. La seule circonstance que la décision, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, ne mentionne pas qu'il n'avait plus la possibilité d'être hébergé à Rennes est sans incidence sur la légalité de la décision dès lors que la décision indique avoir été notamment prise au regard de la " situation personnelle " du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, comme celui du défaut d'examen, doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au présent litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile () n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; () / La décision de suspension () des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. () ". Aux termes de l'article D. 744-38 du même code : " La décision de suspension, de retrait ou de refus de l'allocation est écrite, motivée et prise après que l'allocataire a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans le délai de quinze jours. () / La reprise du versement intervient à compter de la date de la décision de réouverture. ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'obligation de mise en mesure de présenter des observations écrites avant toute décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ne s'applique pas aux décisions de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. B ne saurait utilement soutenir que les dispositions des articles L. 744-8 et D. 774­38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ont été méconnues.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines () ".

7. Par ailleurs, si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande d'asile, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement, au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

8. En l'espèce, il n'est pas contesté que l'intéressé a bénéficié lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 11 octobre 2018 au guichet unique des demandeurs d'asile, qui regroupe des agents des services de la préfecture et de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, d'un entretien avec un agent formé spécifiquement et dans une langue qu'il comprend, durant lequel sa situation a été évaluée. M. B n'a pas fait état de problèmes de santé et sur une échelle de 0 à 3, sa vulnérabilité a été estimée à 1.

9. En outre, les dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposent pas de réaliser un nouvel entretien de vulnérabilité à l'occasion de l'examen d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

10. En tout état de cause, il ressort des termes de la décision contestée du 1er octobre 2020 que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'évaluation de la situation personnelle et familiale de l'intéressé ne faisait pas apparaître de facteur de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. B se trouvait à la date de la décision dans une situation de vulnérabilité que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas prise en considération. Alors que le requérant admet bénéficier de l'aide d'associations caritatives et qu'il n'apporte aucun élément probant relatif à la situation matérielle exacte dans laquelle il se trouvait à la date de la décision en litige, notamment en ce qui concerne son hébergement, quand bien même sa situation était précaire, celle-ci n'était pas de nature à le regarder comme étant au nombre des personnes vulnérables au sens des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Dans ces conditions, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu légalement estimer que la situation de l'intéressé ne justifiait, à la date de la décision attaquée, ni d'ailleurs à la date du présent jugement, le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

12. Par suite les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 744-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

Le rapporteur,

signé

F. A

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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