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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2101781

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2101781

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2101781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 avril et 18 mai 2021, 11 mars 2022, 17 janvier et 5 septembre 2023, Mme B A, l'association pour la Protection et la Promotion de la Côte des Légendes (APPCL), l'association Avenir et Environnement en Pays d'Iroise (AEPI) et l'association Eau et Rivières de Bretagne, représentées par Me Samuel Delalande, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2021 du préfet du Finistère portant prescriptions particulières relatives au système d'assainissement de Porspoder ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la communauté de communes du Pays d'Iroise :

- de suspendre tout projet de rejet des eaux traitées de la station d'épuration de Saint-Dénec dans l'anse de Saint-Gildas et de poursuivre le rejet de ces eaux dans les parcelles précédemment utilisées à cette fin ou dans de nouvelles parcelles,

- de réaliser une évaluation environnementale comportant un examen approfondi des différentes solutions permettant d'évacuer les eaux traitées de la station d'épuration de Saint-Dénec,

- de mettre en œuvre toute solution technique, conforme à la réglementation concernant les rejets des eaux traités de la station d'épuration de Saint-Dénec ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la communauté de communes du Pays d'Iroise de suspendre les travaux en cours sur le territoire de Lanildut ayant pour objet de rejeter les eaux de la station d'épuration de Saint-Dénec dans l'anse Saint-Gildas et de procéder à la remise en état des lieux ;

4°) d'assortir les injonctions prononcées par le tribunal sur le fonctionnement des ouvrages hydrauliques d'une astreinte de 50 000 euros par mois de retard, à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de désigner avant dire droit, aux frais de la communauté de communes du Pays d'Iroise, un expert qui déterminera notamment :

- la réalité du risque d'inondation et de submersion marine dans l'anse Saint-Gildas, et les dommages potentiels en résultant du fait du rejet des eaux traitées ;

- les hypothèses de gravité de ce projet sur la pérennité de l'ouvrage de protection de l'anse ;

- les solutions alternatives pouvant être mises en œuvre de nature à réduire le risque d'inondation au nord de l'anse Saint-Gildas ;

- le coût des différentes solutions ;

6°) de mettre à la charge de l'État, d'une part, et de la communauté de communes du Pays d'Iroise, d'autre part, une somme de 4 000 euros à verser à chacune d'elles au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- le dossier de déclaration déposé par la communauté de communes du Pays d'Iroise méconnait les dispositions des articles R. 214-32 et R. 414-23 du code de l'environnement, les eaux littorales dans lesquelles le point de rejet est envisagé entrant dans le périmètre d'une zone Natura 2000, ce qui supposait la réalisation d'une évaluation environnementale préalable ;

- il n'est pas établi que le projet aurait fait l'objet d'un examen au cas par cas, conformément aux dispositions de l'article R. 122-2 du code de l'environnement ;

- le préfet du Finistère a méconnu l'article 8 de l'arrêté ministériel du 21 juillet 2015 relatif aux systèmes d'assainissement collectif, en permettant le rejet des eaux d'assainissement directement dans l'estran de l'anse Saint-Gildas, en contrebas des maisons riveraines ;

- les travaux projetés, qui relèvent de la rubrique 3.1.1.0 de la nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités (IOTA) soumis à autorisation ou à déclaration, sont illégaux en ce qu'ils n'ont pas fait l'objet d'un dépôt de dossier de déclaration ou d'autorisation, et méconnaissent les dispositions des articles R. 214-40 et R. 214-42 du code de l'environnement ;

- le dossier de déclaration déposé était incomplet au sens de l'article R. 214-32 du code de l'environnement, s'agissant du coût des investissements prévus ;

- le dossier transmis aux services de l'Etat aurait dû se conformer à la procédure d'autorisation et non à celle de la déclaration, au regard du montant des travaux prévus ;

- le préfet du Finistère a méconnu les dispositions de l'article L. 211-1 du code de l'environnement, en permettant un nouveau rejet, en ce que celui-ci a pour effet d'augmenter le risque d'inondation et de submersion de la zone ainsi que la pollution de la plage du Crapaud, sans diminuer celle de la plage du Melon ;

- l'arrêté litigieux fixe des horaires de rejets impossibles à mettre en œuvre, ce qui ne participe pas à une gestion équilibrée de la ressource ;

- les travaux projetés ne respectent pas le règlement du schéma d'aménagement et de gestion de l'eau (SAGE) du Bas Léon, s'agissant du principe d'évitement des zones humides et des compensations aux zones humides atteintes ;

- les inconvénients de la solution retenue sont connus par la communauté de communes depuis la réalisation d'une étude d'impact en 2013, où le point de rejet litigieux a été qualifié d'impropre à recevoir des eaux traitées ;

- il appartient au tribunal d'ordonner la suspension immédiate des travaux et la remise en état des lieux, s'agissant notamment des désordres occasionnés sur les zones humides, ainsi que de désigner un expert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la procédure de déclaration, dont relève le système d'assainissement de Porspoder, ne nécessite ni enquête publique, ni procédure d'autorisation, pas plus qu'un examen au cas par cas ;

- les travaux projetés ne sont pas réalisés dans une zone Natura 2000 et ont pour objet d'améliorer les conditions de rejet des eaux traitées dans l'environnement proche ;

- le rejet doit se faire dans un système de busage, remblayé sur une hauteur de plus d'un mètre et se prolongeant sur 150 mètres jusqu'à l'estuaire de l'Aber-Ildut, qui reçoit également des eaux pluviales ;

- les travaux litigieux ont, dans un souci de protection environnementale, fait l'objet d'un document d'incidence adapté à la situation, conformément à l'article R. 214-32 du code de l'environnement ;

- la communauté de communes a déposé un dossier de déclaration relatif au nouveau système d'assainissement, dès lors que la modification de la nomenclature de l'eau a fait basculer ce système d'assainissement, antérieurement autorisé, dans le régime de la déclaration ;

- le rejet litigieux ne se fait pas directement sur l'estran et est conforme aux prescriptions de l'arrêté ministériel du 21 juillet 2015 ;

- la réalisation de ce point de rejet ne comporte aucune destruction de zones humides, de sorte que les dispositions du règlement du SAGE du Bas Léon invoquées ne sont pas applicables.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 février et 13 décembre 2022 et les

10 juillet et 7 septembre 2023, la communauté de communes du Pays d'Iroise, représentée par Me Loïc Prieur et Me Alex Voisin (Selarl Le Roy, Gourvennec, Prieur), conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de Mme A, de l'association pour la Protection et la Promotion de la Côte des Légendes, de l'association Avenir Environnement en Pays d'Iroise et de l'association Eau et Rivières de Bretagne au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, faute pour Mme A et pour les associations requérantes de justifier d'un intérêt à agir ;

- la requête est manifestement irrecevable et pourra être rejetée par application des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative ;

- le moyen selon lequel les travaux de déplacement du point de rejet des eaux traitées de la station d'épuration de Porspoder seraient illégaux est inopérant pour contester l'arrêté préfectoral du 7 avril 2021 qui n'a d'autre objet que d'autoriser les travaux détaillés dans le dossier de déclaration déposé auprès des services préfectoraux ;

- le projet ne se situe pas dans une zone Natura 2000 et n'est pas de nature à porter atteinte à une telle zone ;

- les travaux de modification du point de rejet des eaux traitées par la station d'épuration de Porspoder ne relevaient pas de la catégorie des projets soumis à examen au cas par cas, en vertu du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement ;

- les eaux usées ne sont pas rejetées dans l'estran de l'anse Saint-Gildas mais dans le regard des eaux pluviales, ce qui ne permet donc pas de soutenir que l'article 8 de l'arrêté du

21 juillet 2015 relatif aux systèmes d'assainissement collectif aurait été méconnu ;

- le projet litigieux n'est manifestement pas susceptible d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine et ne devait donc pas faire l'objet d'une enquête publique, conformément aux dispositions de l'article L. 123-1 du code de l'environnement ;

- elle a remédié au désordre tiré de ce que les travaux entrepris constituaient un obstacle à la continuité écologique du cours d'eau ;

- l'opération n'a pas à être soumise à autorisation ou à déclaration lorsque, comme en l'espèce, le tracé effectue une traversée linéaire d'une zone humide sur une surface inférieure à 0,1 hectare ;

- le projet litigieux présente un caractère d'intérêt général, ce qui le rend compatible avec les exigences de l'article 1er du SAGE du Bas Léon ;

- le projet contesté n'aura aucunement pour effet d'augmenter les risques d'inondation dans l'anse Saint-Gildas, d'autant qu'il est prévu de mettre en œuvre un poste de refoulement des eaux traitées asservi à une horloge à marée et que la zone d'infiltration est conservée en secours ;

- le dossier de déclaration comporte des études relatives à la capacité d'accueil des canalisations recevant les eaux traitées ;

- le moyen selon lequel le projet de déplacement du point de rejet de la station d'épuration de Saint-Dénec aurait dû être soumis à autorisation repose sur des calculs inexacts ;

- le dossier de déclaration comportait des éléments permettant d'estimer le coût global de la mise en œuvre du projet ;

- les omissions du dossier de déclaration s'agissant du coût de la mise en œuvre des travaux sont, en tout état de cause, sans incidence sur la décision du préfet de reconduire l'arrêté du 19 décembre 2018 ;

- le montant total du marché des travaux portant sur la station d'épuration s'est élevé à 1 306 025 euros, ce qui est inférieur au seuil de 1 900 000 euros pour lequel une autorisation s'impose en vertu du point 4.1.2.0 de l'annexe de l'article R. 214-1 du code de l'environnement ;

- les prescriptions qui lui ont été imposées au titre du déplacement du point de rejet de la station d'épuration de Saint-Dénec n'ont pas pour effet de méconnaître les dispositions de l'article L. 211-1 du code de l'environnement, que ce soit au titre de la salubrité publique ou au titre de la préservation du milieu ;

- Mme A et les associations requérantes ne sauraient demander au tribunal de mettre en œuvre son pouvoir de substitution, en l'absence de toute illégalité de l'arrêté préfectoral contesté.

Vu :

- l'ordonnance n° 2101782 du 19 avril 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Rennes ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté du 21 juillet 2015 relatif aux systèmes d'assainissement collectif et aux installations d'assainissement non collectif, à l'exception des installations d'assainissement non collectif recevant une charge brute de pollution organique inférieure ou égale à 1,2 kg/j de DB05 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thalabard,

- les conclusions de M. Blanchard, rapporteur public,

- et les observations de Me Delalande, représentant Mme A ainsi que l'association pour la Protection et la Promotion de la Côte des Légendes, l'association Avenir et Environnement en Pays d'Iroise et l'association Eau et Rivières de Bretagne et de Me Voisin, représentant la communauté de communes du Pays d'Iroise.

Une note en délibéré, présentée pour la communauté de communes du Pays d'Iroise, a été enregistrée le 25 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. La communauté de communes du Pays d'Iroise (CCPI) a décidé, en 2018, de procéder à la réhabilitation de la station d'épuration de Saint-Dénec, située sur le territoire de la commune de Porspoder (Finistère). Elle n'a toutefois pas été en mesure d'entreprendre les travaux nécessaires dans les délais qui lui avaient été impartis par le préfet du Finistère, lors de la délivrance du récépissé de la déclaration effectuée pour le déplacement du point de rejet des eaux traitées, au titre de la rubrique 2.1.1.0 de la nomenclature prévue par l'article R. 214-1 du code de l'environnement puis par un arrêté du 19 décembre 2018 portant prescriptions particulières relatives au système d'assainissement de Porspoder. Le 2 avril 2021, la communauté de communes du Pays d'Iroise a ainsi demandé au préfet du Finistère de prolonger les délais initialement accordés. Regardant ce courrier du 2 avril 2021 comme une nouvelle déclaration au titre de l'article R. 214-1 du code de l'environnement, le préfet du Finistère a, par arrêté du

7 avril 2021, donné acte de cette déclaration au titre de la rubrique 2.1.1.0 de la nomenclature des opérations soumises à autorisation ou à déclaration en application des articles L. 214-1 à

L. 214-3 du code de l'environnement, et fixé des prescriptions particulières quant au fonctionnement du système d'assainissement de Porspoder. Par la présente requête, Mme A ainsi que l'association pour la Protection et la Promotion de la Côte des Légendes, l'association Avenir et Environnement en Pays d'Iroise et l'association Eau et Rivières de Bretagne, demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de l'environnement : " Toute association ayant pour objet la protection de la nature et de l'environnement peut engager des instances devant les juridictions administratives pour tout grief se rapportant à celle-ci. / Toute association de protection de l'environnement agréée au titre de l'article L. 141-1 ainsi que les fédérations départementales des associations agréées de pêche et de protection du milieu aquatique et les associations agréées de pêcheurs professionnels justifient d'un intérêt pour agir contre toute décision administrative ayant un rapport direct avec leur objet et leurs activités statutaires et produisant des effets dommageables pour l'environnement sur tout ou partie du territoire pour lequel elles bénéficient de l'agrément dès lors que cette décision est intervenue après la date de leur agrément. ".

3. L'association Eau et Rivières de Bretagne, agréée au titre de la protection de l'environnement sur le territoire de la région Bretagne, conformément à l'article L. 141-1 du code de l'environnement, a pour objet, notamment, selon l'article 2 de ses statuts, " de promouvoir le respect de l'eau et des milieux naturels aquatiques, tout au long du cycle de l'eau, et notamment des sources et des nappes jusqu'aux estuaires et à la mer ", " de défendre les intérêts des usagers de l'eau et des milieux aquatiques, en particulier des consommateurs, notamment du fait des atteintes à la qualité de l'eau affectant directement ou indirectement la santé publique " et " de contribuer à l'amélioration de la gestion équilibrée des eaux souterraines et superficielles phréatiques, alluviales, fluviales, estuariennes et marines. () ". En vertu des dispositions précitées de l'article L. 142-1 du code de l'environnement, l'association Eau et Rivières de Bretagne a, dès lors, intérêt à contester la légalité d'un arrêté préfectoral fixant les prescriptions particulières de fonctionnement d'un système d'assainissement, au regard de ses incidences sur le traitement des eaux.

4. De même, l'association Avenir et Environnement en Pays d'Iroise (AEPI) dont les statuts indiquent qu'elle a pour objet de " surveiller au sein du Pays d'Iroise toutes les activités individuelles, collectives ou autres susceptibles de porter atteinte à la santé, à l'environnement et à la qualité de vie de ses habitants " ainsi que d'exercer notamment " toutes actions de nature à faire obstacle à la réalisation de tels projets ou activités nuisibles à la santé et à la tranquillité de ses habitants " justifie, en raison de cet objet social et de son aire d'intervention suffisamment délimitée, d'un intérêt lui donnant qualité pour agir contre l'arrêté préfectoral du 7 avril 2021.

5. Il n'est, par ailleurs, pas contesté qu'aux termes de l'article 2 de ses statuts, l'association pour la Protection et la Promotion de la Côte des Légendes (APPCL) a vocation à " sauvegarder le patrimoine naturel de la Côte des Légendes " et " participer, dans le même souci de protection de la nature et de l'habitat, à la mise en valeur des possibilités touristiques des communes côtières et limitrophes par tous les moyens légaux jugés utiles. ". Au regard des incidences du projet de modification du rejet des eaux usées de la station d'assainissement de Porspoder, notamment sur la zone côtière, l'APPCL doit être regardée comme justifiant d'un intérêt à agir dans le cadre de la présente instance.

6. Enfin, contrairement à ce qui est soutenu par la communauté de communes du Pays d'Iroise, Mme A justifie suffisamment par les pièces produites, être propriétaire d'une maison d'habitation située route de l'Aber-Ildut à Lanidult, à proximité immédiate du point de rejet des eaux usées et au droit de l'anse de Saint-Gildas. Eu égard à la configuration des lieux et aux risques et inconvénients que ce nouveau point de rejet des eaux usées est susceptible de présenter pour les voisins immédiats de ce secteur côtier, Mme A doit être regardée comme justifiant d'un intérêt suffisamment direct pour contester l'arrêté préfectoral du

7 avril 2021.

7. Il résulte de ce qui précède que les fins de non-recevoir soulevées par la communauté de communes du Pays d'Iroise tirées du défaut d'intérêt à agir des associations requérantes ainsi que de Mme A contre l'arrêté préfectoral du 7 avril 2021 portant prescriptions particulières relatives au système d'assainissement de Porspoder doivent être écartées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 214-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions des articles L. 214-2 à L. 214-6 les installations, les ouvrages, travaux et activités réalisés à des fins non domestiques par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et entraînant des prélèvements sur les eaux superficielles ou souterraines, restitués ou non, une modification du niveau ou du mode d'écoulement des eaux, la destruction de frayères, de zones de croissance ou d'alimentation de la faune piscicole ou des déversements, écoulements, rejets ou dépôts directs ou indirects, chroniques ou épisodiques, même non polluants. ". Selon l'article L. 214-3 du même code : " I.- Sont soumis à autorisation de l'autorité administrative les installations, ouvrages, travaux et activités susceptibles de présenter des dangers pour la santé et la sécurité publique, de nuire au libre écoulement des eaux, de réduire la ressource en eau, d'accroître notablement le risque d'inondation, de porter gravement atteinte à la qualité ou à la diversité du milieu aquatique, notamment aux peuplements piscicoles. () / II.- Sont soumis à déclaration les installations, ouvrages, travaux et activités qui, n'étant pas susceptibles de présenter de tels dangers, doivent néanmoins respecter les prescriptions édictées en application des articles L. 211-2 et L. 211-3. / Dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat, l'autorité administrative peut s'opposer à l'opération projetée s'il apparaît qu'elle est incompatible avec les dispositions du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux ou du schéma d'aménagement et de gestion des eaux, ou porte aux intérêts mentionnés à l'article L. 211-1 une atteinte d'une gravité telle qu'aucune prescription ne permettrait d'y remédier. Les travaux ne peuvent commencer avant l'expiration de ce délai. / Si le respect des intérêts mentionnés à l'article L. 211-1 n'est pas assuré par l'exécution des prescriptions édictées en application des articles L. 211-2 et L. 211-3, l'autorité administrative peut, à tout moment, imposer par arrêté toutes prescriptions particulières nécessaires. () ". Le tableau annexé à l'article R. 214-1 de ce code fixe la nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités soumis à autorisation ou à déclaration en application des articles L. 214-1 à L. 214-6.

9. Il résulte de l'instruction que la station d'épuration de Saint-Dénec, située sur le territoire de la commune de Porspoder, d'une capacité de 6 800 équivalents habitants dont

2 400 équivalents habitants l'hiver, a été mise en service en 2000, après délivrance d'une autorisation par un arrêté préfectoral du 17 novembre 1998. La zone d'infiltration, par laquelle passent les rejets de la station après un traitement de désinfection par ultra-violets, ne permettant plus d'absorber la totalité des besoins, la communauté de communes du Pays d'Iroise a étudié plusieurs solutions visant à modifier les conditions de rejet de la station d'épuration. Après avoir choisi de procéder au déplacement du point de rejet dans un réseau d'eaux pluviales se jetant dans l'estuaire de l'Aber-Ildut, au droit de l'anse Saint-Gildas sur le territoire de la commune de Lanildult, elle a déposé, en avril 2018, un dossier de déclaration au titre de la rubrique 2.1.1.0 de la nomenclature fixée par l'article R. 214-1 du code de l'environnement portant, selon la version alors en vigueur, sur les stations d'épuration des agglomérations d'assainissement ou dispositifs d'assainissement non collectif devant traiter une charge brute de pollution organique au sens de l'article R. 2224-6 du code général des collectivités territoriales inférieure ou égale à 600 kg de DBO5. Les travaux envisagés n'ayant pu être réalisés selon le tracé initialement déclaré, la communauté de communes du Pays d'Iroise a été regardée comme ayant déposé une nouvelle déclaration, sur le fondement du dossier initialement enregistré, complété par les " porter à connaissance " adressés au préfet.

10. Aux termes de l'article R. 214-32 du code de l'environnement, dans sa version applicable au litige : " I.- Toute personne souhaitant réaliser une installation, un ouvrage, des travaux ou une activité soumise à déclaration adresse une déclaration au préfet du département ou des départements où ils doivent être réalisés. / II.- Cette déclaration, remise en trois exemplaires et sous forme électronique, comprend : / () 3° La nature, la consistance, le volume et l'objet de l'ouvrage, de l'installation, des travaux ou de l'activité envisagés, ainsi que la ou les rubriques de la nomenclature dans lesquelles ils doivent être rangés ; / 4° Un document : / () b) Comportant l'évaluation des incidences du projet sur un ou plusieurs sites Natura 2000, au regard des objectifs de conservation de ces sites. Le contenu de l'évaluation d'incidence Natura 2000 est défini à l'article R. 414-23 et peut se limiter à la présentation et à l'exposé définis au I de l'article R. 414-23, dès lors que cette première analyse conclut à l'absence d'incidence significative sur tout site Natura 2000 ; / c) Justifiant, le cas échéant, de la compatibilité du projet avec le schéma directeur ou le schéma d'aménagement et de gestion des eaux et avec les dispositions du plan de gestion des risques d'inondation mentionné à l'article L. 566-7 et de sa contribution à la réalisation des objectifs visés à l'article L. 211-1 ainsi que des objectifs de qualité des eaux prévus par l'article D. 211-10 ; () / () Ce document est adapté à l'importance du projet et de ses incidences. Les informations qu'il doit contenir peuvent être précisées par un arrêté du ministre chargé de l'environnement. / Lorsqu'une étude d'impact est exigée en application des articles R. 122-2 et R. 122-3-1, elle est jointe à ce document, qu'elle remplace si elle contient les informations demandées ; (). / III.- Lorsqu'il s'agit de systèmes d'assainissement collectif des eaux usées de l'agglomération d'assainissement ou d'installations d'assainissement non collectif, la déclaration inclut en outre : / 1° Une description du système de collecte des eaux usées comprenant : () / 5° L'estimation du coût global de la mise en œuvre du projet d'assainissement, son impact sur le prix de l'eau, le plan de financement prévisionnel, ainsi que les modalités d'amortissement des ouvrages d'assainissement. () ".

11. Il résulte des pièces du dossier, et particulièrement du dossier de déclaration déposé auprès des services préfectoraux, que la solution initialement retenue consistait à déplacer le point de rejet de la station d'épuration vers un réseau d'eaux pluviales situé à proximité du stade de Lanildut, par raccordement du refoulement dans la chambre d'un regard, les eaux traitées ainsi collectées dans le réseau d'eaux pluviales se rejetant alors dans l'estuaire de l'Aber-Ildut à 90 mètres linéaires en aval. Par un courrier du 27 juin 2018 de porter à connaissance, le président de la communauté de communes a informé les services de l'Etat que sur les quatre tracés envisagés pour l'implantation de la canalisation de transfert, deux étaient abandonnés et remplacés par deux autres tracés excluant les zones humides, le choix définitif devant être effectué avec la maîtrise d'œuvre au regard des contraintes techniques et des servitudes à instaurer sur les terrains privés. Par un nouveau porter à connaissance adressé en juillet 2020, le président de la communauté de communes a fait part au préfet des difficultés rencontrées, compte-tenu des sous-sols et de la topographie des communes traversées, lors des travaux de pose de la canalisation de rejet des eaux traitées, selon le tracé projeté. Un nouveau tracé a donc été présenté, incluant notamment la traversée d'un cours d'eau busé ainsi que d'une zone humide, soumises à déclaration au titre de la rubrique 3.1.2.0 et de la rubrique 3.3.1.0 de la nomenclature des IOTA, ainsi que le déplacement de quelques mètres du point de rejet, prévu sur l'aqueduc du ruisseau busé, pour le faire déboucher directement dans l'anse maritime à proximité immédiate de l'arrivée de l'aqueduc.

12. Toutefois, alors que le circuit des eaux traitées par la station d'épuration prévoit un rejet direct dans l'anse maritime de Saint-Gildas, dont le dossier de déclaration mentionne qu'elle est située dans la zone Natura 2000 Ouessant-Molène, il est constant qu'aucune évaluation des incidences du projet sur cette zone, au regard des objectifs de conservation du site, n'a été transmise aux services préfectoraux. Aucune précision n'est davantage apportée sur l'impact du projet sur la zone naturelle d'intérêt écologique, floristique et faunistique (ZNIEFF) de l'Aber-Ildut.

13. De même, le dossier de déclaration déposé par la communauté de communes du Pays d'Iroise demeure imprécis sur l'évaluation de la capacité de traitement de la station d'épuration, laquelle conditionne pourtant la procédure d'instruction à mettre en œuvre, les stations devant traiter une charge brute de pollution organique supérieure à 600 kg de DBO5 relevant du régime de l'autorisation. Alors qu'il est rappelé que la capacité de la station à sa mise en service en 2000 était de 408 kg de DBO5 par jour et qu'en 2017, la charge organique moyenne reçue était estimée à 32 % pour 3 680 habitants raccordés, la définition des besoins ne détaille pas les conséquences de l'accroissement des populations des trois communes de Porspoder, Landunvez et Lanildut, dont les eaux usées sont traitées par la station d'assainissement de Saint-Dénec. La déclaration d'une capacité nominale maintenue à 408 kg de DBO5 par jour n'est ainsi pas suffisamment justifiée par les pièces du dossier, d'autant qu'il est fait état des insuffisances du dispositif actuel.

14. Enfin, si le dossier de déclaration comporte une évaluation sommaire du seul coût estimatif des travaux portant sur le déplacement du point de rejet, selon les tracés initialement envisagés, il est constant qu'il ne comporte aucune précision sur l'estimation du coût global de la mise en œuvre du projet d'assainissement, son impact sur le prix de l'eau, le plan de financement prévisionnel ainsi que les modalités d'amortissement des ouvrages d'assainissement, conformément aux exigences du 5°) du III de l'article R. 214-32 du code de l'environnement, applicables aux dates auxquelles la déclaration en litige a été finalisée et l'arrêté préfectoral du 7 avril 2021 est intervenu. Une telle mention est, pourtant, susceptible d'influer directement la procédure d'instruction à mettre en œuvre, la rubrique 4.1.2.0 de la nomenclature des IOTA prévoyant que les travaux d'aménagement portuaires et autres ouvrages réalisés en contact avec le milieu marin et ayant une incidence directe avec ce milieu d'un montant supérieur ou égal à 1 900 000 euros relèvent de la procédure de l'autorisation.

15. Il résulte, en outre, de l'instruction que, par un avis émis le 16 novembre 2020 sur le porter à connaissance relatif à la nouvelle implantation de la canalisation de rejet des eaux traitées de la station d'assainissement de Porspoder, le directeur départemental des territoires et de la mer du Finistère a alerté le président de la communauté de communes du Pays d'Iroise sur la nécessité, dans l'hypothèse où la solution d'un rejet direct en mer serait retenue, d'apporter une information suffisante au public sur l'emplacement des zones où la baignade est habituellement pratiquée, de procéder à une étude des sources de pollution potentielle de baignade incluant l'impact du rejet de la station d'assainissement sur la qualité des eaux, de veiller à ce que la hauteur d'eau entre la génératrice supérieure de la canalisation de rejet au niveau de l'exutoire et la surface de l'eau durant la période de rejet soit d'un mètre minimum et de réaliser une évaluation environnementale. Il ne résulte pourtant d'aucune des pièces du dossier que le pétitionnaire aurait complété son dossier avant que le préfet n'édicte, le

7 avril 2021, l'arrêté portant prescriptions particulières du système d'assainissement de Porspoder. Néanmoins, postérieurement à l'arrêté du 7 avril 2021, le préfet du Finistère a, par arrêté du 10 juin 2022, décidé, après examen au cas par cas de la modification apportée au rejet des eaux traitées par la station d'épuration de Saint-Dénec, prévoyant désormais un rejet direct sur l'estran en contournant la digue de quelques dizaines de mètres, prescrit la réalisation d'une évaluation environnementale, en application des dispositions du 19° du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement. Le préfet a notamment pris en considération la circonstance que le point de rejet en mer des eaux traitées par la station d'assainissement, dans l'anse Saint-Gildas, estran de l'Aber-Ildut, se trouve dans la zone Natura 2000 Ouessant-Molène et dans la zone naturelle d'intérêt écologique, floristique et faunistique (ZNIEFF) de l'Aber-Ildut. S'il appartient au juge du plein contentieux des installations soumises à la législation sur l'eau d'apprécier le respect des règles de procédure régissant le dossier de déclaration au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date où celui-ci a été déposé, ces circonstances postérieures démontrent le caractère incomplet du dossier de déclaration constitué par la communauté de communes du Pays d'Iroise qui fonde l'arrêté du 7 avril 2021.

16. Par suite, le dossier de déclaration déposé par la communauté de communes du Pays d'Iroise étant dépourvu des éléments utiles et nécessaires pour apprécier notamment les incidences du projet, les modalités d'exécution des travaux, les volumes des eaux affectées, le préfet du Finistère n'a, en conséquence, pas été en mesure de vérifier que le projet relevait bien du régime de la déclaration et de fixer des prescriptions particulières en disposant d'une information complète.

17. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme A et autres sont fondées à soutenir que le préfet du Finistère n'a pu légalement, compte tenu des insuffisances du dossier déposé par la communauté de communes du Pays d'Iroise, lui délivrer un récépissé de déclaration au titre de la législation sur l'eau assorti de prescriptions particulières portant sur le fonctionnement de la station d'assainissement de Porspoder. Par suite, l'arrêté préfectoral du 7 avril 2021 doit être annulé. Les conclusions aux fins de désignation d'un expert doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

18. Il résulte de ce qui a été développé précédemment s'agissant des carences du dossier de déclaration déposé par la communauté de communes du Pays d'Iroise auprès des services de l'Etat concernant les modifications apportées au fonctionnement de la station d'assainissement de Porspoder, ainsi que des informations contradictoires exposées au tribunal sur les conditions actuelles du fonctionnement de la station d'assainissement et sur le point de rejet effectif des eaux usées, qu'il y a lieu pour le juge du plein contentieux de décider la suspension des travaux, dont la dernière tranche resterait à réaliser, jusqu'à ce que le préfet se prononce sur le dossier complété par la communauté de communes du Pays d'Iroise pour lui permettre de finaliser les opérations de réhabilitation de la station de Saint-Dénec. Dans l'attente, et sauf à ce que le préfet du Finistère décide, à titre provisoire, de prescriptions particulières complémentaires, la station d'épuration fonctionnera conformément à l'arrêté préfectoral du

17 novembre 1998, désormais seul en vigueur. Il n'y a pas lieu d'assortir la présente injonction d'une astreinte. Le surplus des conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A et autres doit être rejeté.

Sur les frais liés au litige :

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 2 000 euros au titre des frais exposés par Mme A ainsi que par l'association pour la Protection et la Promotion de la Côte des Légendes, l'association Avenir et Environnement en Pays d'Iroise et l'association Eau et Rivières de Bretagne et non compris dans les dépens. En revanche, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la communauté de communes du Pays d'Iroise ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 avril 2021 du préfet du Finistère portant prescriptions particulières relatives au système d'assainissement de Porspoder est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la communauté de communes du Pays d'Iroise de suspendre les travaux de raccordement de la station d'assainissement de Porspoder au nouveau point de rejet des eaux usées jusqu'à ce que le préfet du Finistère statue, de nouveau, sur le dossier de demande qu'il lui appartiendra de déposer s'agissant des conditions de rejet des eaux usées.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A, à l'association pour la Protection et la Promotion de la Côte des Légendes, à l'association Avenir et Environnement en Pays d'Iroise et à l'association Eau et Rivières de Bretagne la somme globale de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la communauté de communes du Pays d'Iroise sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à l'association pour la Protection et la Promotion de la Côte des Légendes, à l'association Avenir et Environnement en Pays d'Iroise, à l'association Eau et Rivières de Bretagne, à la communauté de communes du Pays d'Iroise et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Une copie du présent jugement sera adressée au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Plumerault, première conseillère,

Mme Thalabard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

M. Thalabard

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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