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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2101998

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2101998

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2101998
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantHILLION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 avril 2021, Mme B A, représentée par Me Hillion, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire d'un montant de 36 264,69 euros émis le 28 janvier 2021 par le centre hospitalier de Cornouaille (CHC) ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 36 264,69 euros ;

3°) de mettre à la charge du CHC la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre ne comporte pas l'identité et la qualité de son auteur ;

- le titre ne comporte pas les motifs et bases de liquidation et est insuffisamment motivée ;

- la créance n'est pas établie ;

- la créance est excessive.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2021, la trésorerie des centres hospitaliers de Quimper conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'elle n'a pas compétence pour se prononcer sur la légalité de cette décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2021, le CHC conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le décret n° 2008-824 du 21 août 2008 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dayon,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Hillion, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A exerçait les fonctions d'infirmière au sein du CHC jusqu'à sa démission, le 19 juillet 2020. Par un courrier du 17 février 2021, le CHC a transmis à Mme A un avis de somme à payer d'un montant de 36 624,69 euros en application du titre exécutoire n° 369807 du 28 janvier 2021. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler ce titre exécutoire et de la décharger du paiement de la somme.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire :

2. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

3. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. () / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ". En application de ce principe, un établissement public de santé ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge des redevables.

4. Il résulte de l'instruction que le titre litigieux indique comme objet de la créance, " remboursement pour rupture engagement de service suite au financement des études à l'institut de formation des cadres de santé ". Il résulte toutefois de l'instruction que si le CHC a communiqué à Mme A un décompte du solde à rembourser permettant de calculer le montant de 36 264,69 euros réclamé, l'avis des sommes à payer ne fait ni référence à ce document, ni au courrier du 2 décembre 2020 par lequel le CHC avait indiqué les bases de la liquidation de la créance au conseil de Mme A. Dans ces conditions, le titre litigieux ne comporte pas les mentions permettant d'identifier les éléments de calcul sur lesquels il se fonde.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, le titre exécutoire d'un montant de 36 264,69 euros émis le 28 janvier 2021 par le CHC doit être annulé.

6. L'annulation du titre exécutoire en litige résultant seulement d'un vice de forme, elle n'implique pas, aucun des autres moyens invoqués n'étant susceptibles de la fonder, que la requérante soit déchargée de l'obligation de payer la somme dont les titres exécutoires contestés l'ont constitué débitrice. Par suite, les conclusions à fins de décharge doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHC la somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire émis le 28 janvier 2021 par le CHC est annulé.

Article 2 : Le CHC versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Cornouaille et à la trésorerie de Quimper centres hospitaliers.

Délibéré après l'audience du 26 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

C. Dayon

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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