vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2101999 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS GRIMALDI MOLINA & ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 19 avril 2021 sous le n° 2101999, M. C A, représenté par Me Grimaldi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 février 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Morbihan a refusé de lui accorder le bénéfice de l'indemnité pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants (ITDIIS) au titre de l'année 2016 ;
2°) d'enjoindre au département du Morbihan de lui verser l'ITDIIS au titre de l'année 2016, assortie des intérêts au taux légal dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département du Morbihan la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'il remplissait les conditions pour obtenir le bénéfice de l'ITDIIS.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2022, le département du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le moyen invoqué est infondé ;
- le requérant ne subit aucun préjudice financier.
II. Par une requête, enregistrée le 19 avril 2021 sous le n° 2102000, Mme D F, représentée par Me Grimaldi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 février 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Morbihan a refusé de lui accorder le bénéfice de l'indemnité pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants (ITDIIS) au titre de l'année 2016 ;
2°) d'enjoindre au département du Morbihan de lui verser l'ITDIIS au titre de l'année 2016, assortie des intérêts au taux légal dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département du Morbihan la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'elle remplissait les conditions pour obtenir le bénéfice de l'ITDIIS.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2022, le département du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le moyen invoqué est infondé ;
- la requérante ne subit aucun préjudice financier.
III. Par une requête, enregistrée le 19 avril 2021 sous le n° 2102001, Mme B E, représentée par Me Grimaldi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 février 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Morbihan a refusé de lui accorder le bénéfice de l'indemnité pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants (ITDIIS) au titre de l'année 2016 ;
2°) d'enjoindre au département du Morbihan de lui verser l'ITDIIS au titre de l'année 2016, assortie des intérêts au taux légal dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département du Morbihan la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'elle remplissait les conditions pour obtenir le bénéfice de l'ITDIIS.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2022, le département du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le moyen invoqué est infondé ;
- la requérante ne subit aucun préjudice financier.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 67-624 du 23 juillet 1967 ;
- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;
- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dayon,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Mme F pour le dossier n° 2102000.
Considérant ce qui suit :
1. Par des courriers du 12, 13 et 15 décembre 2020, M. A et autres ont demandé au département du Morbihan de leur accorder le bénéfice de l'ITDIIS. Par des décisions du 24 février 2021, le département du Morbihan a rejeté ces demandes. Par les présentes requêtes, qu'il y a lieu de joindre pour y statuer par un même jugement dès lors qu'elles présentent à juger des questions semblables, M. A et autres demandent au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa réaction applicable en l'espèce : " Les organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics fixent les régimes indemnitaires, dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat. Ces régimes indemnitaires peuvent tenir compte des conditions d'exercice des fonctions et de l'engagement professionnel des agents. Lorsque les services de l'Etat servant de référence bénéficient d'une indemnité servie en deux parts, l'organe délibérant détermine les plafonds applicables à chacune de ces parts et en fixe les critères, sans que la somme des deux parts dépasse le plafond global des primes octroyées aux agents de l'Etat () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 6 septembre 1991 pris pour l'application du premier alinéa de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 : " Le régime indemnitaire fixé par les assemblées délibérantes des collectivités territoriales et les conseils d'administration des établissements publics locaux pour les différentes catégories de fonctionnaires territoriaux ne doit pas être plus favorable que celui dont bénéficient les fonctionnaires de l'Etat exerçant des fonctions équivalentes () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " L'assemblée délibérante de la collectivité ou le conseil d'administration de l'établissement fixe, dans les limites prévues à l'article 1er, la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités applicables aux fonctionnaires de ces collectivités ou établissements () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 1 du décret du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret. / Des arrêtés du ministre chargé de la fonction publique, du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé désignent, après avis du comité technique compétent ou du Conseil supérieur de la fonction publique de l'Etat, des corps et emplois bénéficiant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, le cas échéant, du complément indemnitaire annuel mentionné à l'alinéa précédent. / Un arrêté conjoint du ministre chargé de la fonction publique, du ministre chargé du budget et du ministre intéressé peut, en outre, autoriser, selon un tableau d'assimilation par grade, le versement de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, le cas échéant, du complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir à d'autres fonctionnaires de grade équivalent ne relevant pas d'un des corps ou emplois mentionnés au deuxième alinéa et en exerçant les missions. ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est fixé selon le niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice des fonctions. / Les fonctions occupées par les fonctionnaires d'un même corps ou statut d'emploi sont réparties au sein de différents groupes au regard des critères professionnels suivants : 1° Fonctions d'encadrement, de coordination, de pilotage ou de conception ; 2° Technicité, expertise, expérience ou qualification nécessaire à l'exercice des fonctions ; 3° Sujétions particulières ou degré d'exposition du poste au regard de son environnement professionnel. ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " L'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et le complément indemnitaire annuel sont exclusifs de toutes autres primes et indemnités liées aux fonctions et à la manière de servir, à l'exception de celles énumérées par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget. ". Enfin, aux termes de l'article 1 du décret du 23 juillet 1967 fixant les modalités d'attribution et les taux des indemnités pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants : " Des indemnités spécifiques peuvent être allouées à certains personnels chargés d'effectuer des travaux pour l'exécution desquels des risques ou des incommodités subsistent malgré les précautions prises et les mesures de protection adoptées. () ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'il revient à l'organe délibérant de chaque collectivité territoriale ou établissement public local de fixer lui-même la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités bénéficiant aux fonctionnaires de la collectivité ou de l'établissement public, sans que le régime ainsi institué puisse être plus favorable que celui dont bénéficient les fonctionnaires de l'Etat d'un grade et d'un corps équivalents au grade et au cadre d'emplois de ces fonctionnaires territoriaux et sans que la collectivité ou l'établissement public soit tenu de faire bénéficier ses fonctionnaires de régimes indemnitaires identiques à ceux des fonctionnaires de l'Etat.
5. Il ressort des pièces du dossier que par des délibérations du 17 mars 1983 et du 26 avril 1996, le bureau et la commission permanente du conseil général du Morbihan ont institué le versement aux agents du département du Morbihan d'une indemnité pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants en application des dispositions du décret du 23 juillet 1967 précité. Il ressort également des pièces du dossier que par une délibération du 15 décembre 2016, le conseil départemental du Morbihan a d'une part approuvé la mise en place du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) à compter du 1er janvier 2017 à l'ensemble des agents départementaux présentant la qualité de fonctionnaire titulaire ou stagiaire ou d'agent contractuel de droit public et, d'autre part, abrogé, au fur et à mesure de la mise en place du RIFSEEP, l'ensemble des délibérations antérieurement adoptées et relatives aux régimes indemnitaires applicables aux agents du département, ce qui inclut nécessairement les délibérations relatives à l'indemnité pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants. Il résulte de ces dispositions que les agents étaient susceptibles de percevoir l'indemnité pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants pour la dernière fois au titre de l'année 2016 puis l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise mensualisée, à partir du 1er janvier 2017. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si le département du Morbihan fait valoir que les requérants ont perçu en 2017 une indemnité mensualisée au titre du RIFSEEP qui a compensé intégralement la suppression de l'indemnité pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants, il ne démontre pas avoir procédé au versement de cette indemnité au titre de l'année 2016. A ce titre, la circonstance que la délibération du 15 décembre 2016 a supprimé l'indemnité pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants dès le 1er janvier 2017 est sans incidence sur le versement de cette indemnité au titre de l'année 2016 dès lors que le droit des agents à percevoir cette indemnité a été constitué au plus tard le 31 décembre 2016, soit avant l'entrée en vigueur du régime du RIFSEEP en application de la délibération du 15 décembre 2016. Il résulte de ce qui précède qu'en refusant de verser aux requérants l'indemnité pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants au motif qu'ils percevaient désormais l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise, le président du conseil départemental du Morbihan a entaché sa décision d'une erreur de droit.
6. Il résulte de ce qui précède que les décisions du 24 février 2021 par lesquelles le président du conseil départemental du Morbihan a refusé de lui accorder le bénéfice de l'indemnité pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants (ITDIIS) doivent être annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le département du Morbihan procède au versement aux requérants de l'indemnité pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants au titre de l'année 2016. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département du Morbihan la somme de 500 euros à verser à chacun des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 24 février 2021 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au département du Morbihan de verser à M. A, Mme F et Mme E l'indemnité pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants au titre de l'année 2016 dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le département du Morbihan versera à M. A, Mme F et Mme E la somme de 500 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, Mme D F, Mme B E et au département du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
Le rapporteur,
signé
C. Dayon
Le président,
signé
N. Tronel
La greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2101999-2102000-2102001
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026