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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102019

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102019

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMETAIS-MOURIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 avril 2021 et 21 mai 2023 et

le 18 septembre 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. A B,

Mme E B et F, représentés par Me Metais-Mouries (Selarl ACM), demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 février 2021 par laquelle le président de la communauté d'agglomération Guingamp-Paimpol Agglomération de l'Armor à l'Argoat a refusé de leur céder une parcelle de 4 500 m² dans " l'espace commercial de Saint-Loup " situé sur le territoire de la commune de Pabu appartenant à l'agglomération ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête n'est pas tardive ;

- leur intérêt pour agir est établi ;

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision attaquée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article 1583 du code civil, dès lors que la vente de la parcelle en litige est parfaite compte tenu de l'existence d'un accord avec la communauté d'agglomération sur la chose et le prix et de la réservation de cette parcelle par M. B ;

- elle est empreinte de discrimination, dès lors qu'en rejetant leur offre au bénéfice d'une autre enseigne, la communauté d'agglomération a privilégié une offre concurrente ;

- la décision attaquée méconnaît la liberté de commerce et d'industrie ainsi que la liberté d'établissement.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 décembre 2021 et 5 juin 2023, la communauté d'agglomération Guingamp-Paimpol Agglomération de l'Armor à l'Argoat, représentée par Me Lahalle (Selarl Lexcap), conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive et que F ne justifie pas de son intérêt pour agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 19 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Levêque substituant Me Lahalle, représentant la communauté d'agglomération Guingamp-Paimpol Agglomération de l'Armor à l'Argoat.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de l'aménagement de l'espace commercial de Saint-Loup situé sur le territoire de la commune de Pabu initié par la communauté d'agglomération Guingamp-Paimpol Agglomération de l'Armor à l'Argoat, M. et Mme B ont sollicité cette dernière en vue d'y acquérir une parcelle d'une superficie de 4 500 m² destinée à accueillir leur activité de centre de contrôle technique ainsi qu'une cellule commerciale. Après des échanges entre les intéressés et la communauté d'agglomération de novembre 2018 à décembre 2020, cette dernière a informé M. et Mme B de son refus de leur vendre la parcelle de terrain précitée par une décision du 16 février 2021. M. et Mme B et F demandent au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. Pour les décisions individuelles, cette transmission intervient dans un délai de quinze jours à compter de leur signature. () ". En vertu de l'article L. 5211-3 du même code, les dispositions relatives au contrôle de légalité et au caractère exécutoire des actes des communes sont applicables aux établissements publics de coopération intercommunale.

3. La décision attaquée du 16 février 2021 a pour objet d'informer les consorts B du refus de la communauté d'agglomération Guingamp-Paimpol Agglomération de l'Armor à l'Argoat de leur céder une parcelle comprise dans le périmètre du projet d'aménagement de l'espace commercial de Saint-Loup. Elle a été signée par M. D

C, vice-président de la communauté d'agglomération. Par une délibération du 17 juillet 2020, transmise au préfet des Côtes-d'Armor le 30 juillet 2020 et affichée du 30 juillet au

5 novembre suivant, M. C, a reçu délégation de fonction du président de la communauté d'agglomération notamment dans le domaine économique avec pour missions de définir une stratégie de gestion des parcs d'activités économiques et des équipements communautaires, une stratégie d'offre immobilière ainsi que le suivi des projets, actions et opérations dans le domaine économique. Par la délibération précitée, M. C a également reçu délégation de signature du président de la communauté d'agglomération à l'effet de signer, notamment les courriers correspondant aux fonctions qui lui sont déléguées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 5211-37 du code général des collectivités territoriales : " () Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers envisagée par un établissement public de coopération intercommunale donne lieu à délibération motivée de l'organe délibérant portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles. () ".

5. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article 1582 du code civil : " La vente est une convention par laquelle l'un s'oblige à livrer une chose, et l'autre à la payer. ". Aux termes de l'article 1583 du même code : " Elle est parfaite entre les parties, et la propriété est acquise de droit à l'acheteur à l'égard du vendeur, dès qu'on est convenu de la chose et du prix, quoique la chose n'ait pas encore été livrée ni le prix payé. ".

6. Les requérants font valoir que la communauté d'agglomération Guingamp-Paimpol Agglomération de l'Armor à l'Argoat se serait engagée à leur vendre le terrain d'une surface de 4 500 m² situé dans l'espace commercial de Saint-Loup à Pabu et que la vente devrait être regardée comme parfaite au vu des échanges de courriels qu'ils ont eus avec la collectivité entre 2018 et décembre 2020. Toutefois, une telle vente ne pouvait légalement intervenir avant d'avoir été autorisée par l'organe délibérant en vertu des dispositions de l'article L. 5211-37 du code général des collectivités territoriales. A cet égard, les échanges de courriels entre la communauté d'agglomération et M. et Mme B doivent être regardés comme une discussion préalable à une éventuelle cession, et non comme exprimant un engagement de l'établissement public de coopération intercommunale. En outre, il ressort de ces échanges que les parties ne s'étaient mises d'accord ni sur l'objet de la vente, ni sur le prix. Dès lors, le moyen tiré d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 1583 du code civil doit être écarté.

7. En troisième lieu, d'une part, si un établissement public de coopération intercommunale, qui entend vendre un bien appartenant à son domaine privé, est libre de choisir les modalités de la vente et l'identité de l'acheteur, et si aucune disposition législative ou réglementaire ne lui fait obligation de céder son bien au plus offrant ni même de procéder à des mesures de publicité ou de mise en concurrence préalable, l'établissement concerné doit néanmoins, à l'occasion de cette opération, veiller au respect du principe d'égalité entre les acquéreurs potentiels.

8. D'autre part, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que des situations différentes soient réglées de façon différente ni à ce qu'il soit dérogé à l'égalité pour des motifs d'intérêt général pourvu que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l'objet de la mesure qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des différences de situation susceptibles de la justifier.

9. Il ressort des pièces du dossier que la communauté d'agglomération Guingamp-Paimpol Agglomération de l'Armor à l'Argoat est compétente en matière d'aménagement et de commercialisation d'espaces d'activités à vocation économique. Pour refuser de céder la parcelle en litige aux requérants, le vice-président de la communauté d'agglomération a précisé qu'une activité économique identique à celle proposée par les requérants allait s'implanter dans l'espace commercial Saint-Loup sur une parcelle n'appartenant pas à la communauté d'agglomération et que le commencement de cette activité aurait lieu à court terme. D'une part, les requérants ne contestent pas que la communauté d'agglomération ne détient pas la maîtrise foncière de la parcelle sur laquelle sera implantée l'activité concurrente. D'autre part, les requérants n'apportent aucune précision sur l'état d'avancement de leur projet. Ainsi, la décision attaquée, en se fondant sur la nécessité de préserver une diversité commerciale et de prendre en compte les délais d'implantation des activités au sein de la zone commerciale Saint-Loup, a opposé aux requérants deux motifs qui se rattachent à la stratégie de gestion de cet espace commercial et qui constituent des motifs d'intérêt général. Dans ces conditions, les requérants, qui ne contestent pas la réalité de ces motifs, ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée créée une rupture d'égalité entre les acquéreurs potentiels. Par suite, le moyen tiré d'une discrimination doit être écarté.

10. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que la décision attaquée porte atteinte à leur liberté de commerce et d'industrie ainsi qu'à leur liberté d'établissement, ils n'assortissent leur allégation d'aucune précision, alors qu'il ressort des termes de la décision attaquée que la communauté d'agglomération a proposé son aide aux requérants pour trouver des solutions foncières ou immobilières alternatives et qu'il n'allèguent, ni même ne soutiennent qu'ils ne sont pas en mesure d'établir leur activité sur d'autres terrains à proximité.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme B ainsi que F doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la communauté d'agglomération Guingamp-Paimpol Agglomération de l'Armor à l'Argoat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B et autres une somme au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En outre, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la communauté d'agglomération Guingamp-Paimpol Agglomération de l'Armor à l'Argoat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Guingamp-Paimpol Agglomération de l'Armor à l'Argoat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, premier dénommé en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la communauté d'agglomération Guingamp-Paimpol Agglomération de l'Armor à l'Argoat.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Grenier, présidente,

- Mme Thalabard, première conseillère,

- Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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