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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102037

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102037

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102037
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS TATTEVIN - DERVEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 21 avril et le 22 septembre ainsi que le 12 octobre 2021, la SNC Derien, représentée par la SCP Tattevin - Derveaux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2019 par lequel le maire de la commune de Vannes a autorisé la SCI Bibiche à changer la destination d'un entrepôt en habitation pour la réalisation de trois logements collectifs et à modifier l'aspect extérieur de la construction existante située 9 rue de la Monnaie ;

2°) d'annuler la décision rejetant son recours gracieux ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Vannes le versement de la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée de différents vices de forme tenant à l'inexactitude des coordonnées du pétitionnaire et à l'identification de la parcelle d'emprise du projet ;

- la demande de permis de construire comporte des inexactitudes quant à la nature des travaux envisagés ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article US.3 du plan de sauvegarde et de mise en valeur ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article US.4 du plan de sauvegarde et de mise en valeur ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article US.11 du plan de sauvegarde et de mise en valeur.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 25 juin et le 28 septembre 2021, la commune de Vannes, représentée par la SELARL Cornet-Vincent-Ségurel, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à l'application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de la SNC Derien le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à la SCI Bibiche qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Derveaux, de la SCP Tattevin - Derveaux, représentant la SNC Derien, et de Me Guillou, de la SELARL Cornet-Vincent-Ségurel, représentant la commune de Vannes.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Bibiche est propriétaire d'un immeuble à usage d'entrepôt situé rue de la Monnaie, sur le territoire de la commune de Vannes. Le 13 août 2019, la société a présenté à la mairie de Vannes une demande de permis de construire consistant à transformer cet entrepôt en habitation et à en modifier les façades pour y créer trois logements. Par un arrêté en date du 11 octobre 2019, le maire de Vannes a délivré l'autorisation sollicitée. La SNC Derien a alors saisi le maire le 17 décembre 2020 d'un recours gracieux tendant au retrait de l'arrêté du 11 octobre 2019. Par une décision en date du 18 février 2021, ce recours gracieux a été rejeté. La SNC Derien demande l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2019, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré des vices de forme entachant le permis de construire :

2. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire a été accordé au regard des informations contenues dans le formulaire Cerfa, rubrique n° 2, lequel fait état d'une SCI dénommée Bibiche, représentée par M. B, demeurant Kerdavid, sur le territoire de la commune d'Arzal. L'arrêté en litige se limite à reprendre ces coordonnées.

3. Le formulaire indique que le projet doit être réalisé sur la parcelle cadastrée section BR n° 360, d'une contenance de 297 m², et mentionne comme adresse 7 rue de la Monnaie. Le dossier comporte un plan de situation qui identifie le terrain d'assiette du projet. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que l'arrêté en litige mentionne par erreur le n° 9, les éléments versés à la demande de permis de construire ont permis au service instructeur de localiser précisément la construction faisant l'objet des travaux, l'autorisation attaquée devant au surplus être délivrée au vu de la demande. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré des inexactitudes relatives à la nature du projet :

4. En l'espèce, il ressort du dossier de demande du permis de construire, notamment du formulaire et de la notice de présentation du projet, que le pétitionnaire a entendu changer la destination d'un entrepôt pour y réaliser trois logements et modifier l'aspect extérieur de la construction existante. La rubrique 5.5 du formulaire Cerfa mentionne une surface existante de 167 m² destinée à un usage d'entrepôt et indique que cette même surface est supprimée par changement de destination, 162 m² étant créés pour un usage d'habitation. Dans ces conditions, la demande de permis de construire comme l'arrêté en litige ne comportent aucune inexactitude relative à la nature exacte du projet. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incomplétude de la demande de permis de construire :

5. Aux termes des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; () ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu () ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain () ".

6. La régularité de la procédure d'instruction d'un permis de construire requiert la production par le pétitionnaire de l'ensemble des documents exigés par le code de l'urbanisme. Pour autant, la circonstance que le dossier de demande ne les comporterait pas tous ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. Il ressort des pièces du dossier que la notice de présentation du projet, PC4, précise que dans l'environnement du projet " Les espaces publics consistent en voiries bitumées et le tissu urbain est très dense. Les habitations avoisinantes couvrent le plus souvent l'ensemble des parcelles. Les styles de ces bâtiments sont homogènes (bâtiments avec toitures deux pans, toitures à la mansard, enduits à la chaux, parement granit). " et " Situé au cœur du site historique de Vannes, seule une partie du bâtiment est concerné par le projet. ".

8. D'une part, les documents PC6 et PC7-8 présentent des clichés de l'immeuble et de ceux qui l'entourent dans la rue de la Monnaie, notamment une vue depuis la place Lucien Laroche. D'autres photographies jointes au dossier présentaient l'état actuel du bâtiment comme son aspect futur mais en raison de la densité du bâti dans ce secteur en général et sur cet îlot en particulier, n'ont pas permis de proposer un document graphique illustrant une vue avec un recul supplémentaire. En outre, la situation en retrait du front bâti de la rue de la Monnaie et les travaux concernant un bâtiment situé à l'arrière d'une cour, ne permettaient pas de présenter une perspective lointaine du projet.

9. D'autre part, la circonstance que, par une ordonnance du 3 juin 2021, le juge des référés du tribunal judiciaire de Vannes ait ordonné la suppression des balcons créés en raison de leur empiétement sur la propriété de la bailleresse de la requérante est, en elle-même, sans incidence sur la régularité du dossier de demande de permis de construire, en l'absence de manœuvres avérées de la société pétitionnaire pour tromper l'administration sur la réalité de son projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.

10. Enfin, s'agissant du raccordement aux réseaux publics, la nature du projet, c'est-à-dire la réhabilitation et le changement de destination d'une construction existante, ne nécessitait pas de complément à l'indication de la notice de présentation selon laquelle " l'ensemble des réseaux est raccordé à l'existant conformément aux normes en vigueur. ". Le dossier comporte en outre des plans en élévation, dont le plan PC5, assortis de cotes portant notamment sur les ouvertures et sur plusieurs façades. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article US.3 du plan de sauvegarde et de mise en valeur :

11. La société requérante fait encore valoir que le permis de construire aurait été délivré en violation des règles d'accès et de desserte prévu par le règlement du site patrimonial remarquable.

12. Toutefois, la société requérante ne précise pas quelle disposition de l'article US 3, intitulé " les conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées et d'accès aux voies ouvertes au public " serait méconnue. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article US.4 du plan de sauvegarde et de mise en valeur :

13. La société requérante soutient que le permis de construire en litige méconnaîtrait les dispositions de l'article US4 du plan de sauvegarde et de mise en valeur approuvé le 23 mai 2018, concernant les conditions de desserte des terrains par les réseaux publics d'eau d'électricité, d'eau et d'assainissement.

14. Il est certes rappelé en préambule de ces dispositions que " les modifications ou aménagements apportés à l'intérieur des immeubles, notamment portes cheminées, planchers, voutes, doivent faire l'objet d'une demande d'autorisation. Les coffrets apparents sont interdits, sauf impératif technique. ".

15. Il ne ressort toutefois d'aucun élément de la demande de permis de construire que l'autorisation délivrée aurait notamment pour objet d'apporter des modifications aux modalités de raccordement de l'immeuble aux réseaux existants. Ce moyen est inopérant ne peut ainsi qu'être écarté.

16. En tout état de cause, l'architecte des Bâtiments de France saisi de ce projet et qui a pu s'assurer du respect des dispositions applicables du plan de sauvegarde et de mise en valeur, notamment en ce qui concerne l'insertion des dispositifs techniques de distribution des fluides, s'est prononcé favorablement aux termes d'un avis en date du 18 septembre 2019. En outre, l'arrêté du 11 octobre 2019 impose au pétitionnaire des prescriptions tenant aux réseaux, en joignant à la décision attaquée une annexe technique relative aux raccordements. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article US.11 du plan de sauvegarde et de mise en valeur :

17. Aux termes de l'article L. 632-1 du code du patrimoine : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. / Sont également soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des éléments d'architecture et de décoration, immeubles par nature ou effets mobiliers attachés à perpétuelle demeure, au sens des articles 524 et 525 du code civil, lorsque ces éléments, situés à l'extérieur ou à l'intérieur d'un immeuble, sont protégés par le plan de sauvegarde et de mise en valeur. Pendant la phase de mise à l'étude du plan de sauvegarde et de mise en valeur, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties intérieures du bâti. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable. ". Aux termes de l'article L. 632-2 du même code : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine. Tout avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France rendu dans le cadre de la procédure prévue au présent alinéa comporte une mention informative sur les possibilités de recours à son encontre et sur les modalités de ce recours. () ".

18. Aux termes de l'article US.11.3 du plan de sauvegarde et de mise en valeur, le règlement n'autorise, concernant les immeubles protégés, que " la restitution d'un état antérieur dans le cadre de travaux de restauration ou de réhabilitation " ; " la réouverture de baies () " et " la création de baies insérées dans l'organisation de la façade ", c'est-à-dire en respectant leur ordonnancement, que le lexique définit comme un " ensemble régulier d'éléments répétitifs d'architecture, tels qu'alignements horizontaux et verticaux de fenêtres sur façade ".

19. Le même article précise que : " la création de baie peut être interdite : / - lorsqu'elle dénature ou altère une composition ordonnancée, / - lorsqu'elle s'inscrit dans un mur aveugle destiné à le rester pour sa signification historique ou esthétique (murs pignons, notamment), / - lorsqu'elle altère la perception d'une baie existante significative () ".

20. Le règlement n'évoque pas en revanche l'agrandissement des baies existantes mais dès lors que la création de baies est autorisée sous certaines conditions, leur agrandissement l'est aussi nécessairement, sous réserve de respecter les mêmes conditions.

21. En se bornant à soutenir que le projet consiste à changer la destination de l'immeuble pour y réaliser des logements en modifiant son aspect extérieur et en réaménageant sa disposition intérieure et que de tels travaux sont soumis à autorisation en applications des dispositions de l'article US.11 du plan de sauvegarde et de mise en valeur relatives à l'architecture intérieure des immeubles, la société requérante n'identifie pas quels sont les éléments patrimoniaux de qualité auxquels il serait porté atteinte en méconnaissance de ces dispositions et ne démontre pas que les prescriptions imposées par le maire de Vannes au vu de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France, qui a nécessairement examiné le projet en qu'il concerne notamment les ouvertures, qui sont en harmonie avec les ouvertures présentes sur le bâti existant, notamment par leur alignement sur ces ouvertures, seraient insuffisantes. Par suite, le moyen doit être écarté.

22. De même que doit être écarté pour les mêmes motifs le moyen, au demeurant non étayé, de l'erreur manifeste d'appréciation entachant l'avis de l'architecte des Bâtiments de France.

23. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune, que les conclusions présentées par la SNC Derien à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Vannes, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la SNC Derien une somme que celle-ci demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

25. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SNC Derien le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Vannes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SNC Derien est rejetée.

Article 2 : La SNC Derien versera à la commune de Vannes la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SNC Derien, à la commune de Vannes et à la SCI Bibiche.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la région Bretagne.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

Le rapporteur,

signé

F. A

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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