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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102251

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102251

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBARBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 mai 2021 et 18 août 2023, l'EARL Les Fontaines, représentée par Me Barbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2020 par laquelle le préfet des Côtes-d'Armor a déclaré irrecevable sa demande d'enregistrement pour l'exploitation d'installations d'élevages de porcins situés à Pédernec au lieu-dit " Les Fontaines " et à Bégard au lieu-dit " Kerlogoden ", ainsi que la décision du 17 mars 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de reprendre et de poursuivre l'instruction de la demande d'enregistrement en litige ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en vertu de l'indépendance des législations, le préfet ne pouvait pas instruire le dossier de la demande d'enregistrement en litige au regard du programme d'actions régional en vue de la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole ;

- les décisions attaquées, qui lui imposent de procéder au traitement commun des effluents issus de son élevage et de celui de l'EARL Le Vénec, sont dépourvues de base légale, dès lors que les installations n'entrent pas dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 512-32 du code de l'environnement, ni d'aucune autre disposition du même code ;

- les décisions attaquées se fondent sur les dispositions du dernier alinéa de l'article 8.2.1. de l'arrêté du préfet de la région Bretagne du 2 août 2018 établissant le programme d'actions régional en vue de la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole qui sont elles-mêmes dépourvues de base légale, dès lors que sa situation n'entre ni dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 512-32 du code de l'environnement, ni dans celui des dispositions de l'article R. 211-81-1 du code de l'environnement ;

- l'intention du GAEC C de se soustraire aux obligations de traitement ou de transfert des effluents de l'élevage prévues par l'article 8.2.1. de l'arrêté précité n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2021, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1307/2013 du Parlement européen et du Conseil du

17 septembre 2013 ;

- la directive 91/676/CEE du 12 décembre 1991 concernant la protection des eaux contre la pollution par les nitrates à partir de sources agricoles ;

- le code de l'environnement ;

- l'arrêté ministériel du 19 décembre 2011 modifié relatif au programme d'actions national à mettre en œuvre dans les zones vulnérables afin de réduire la pollution des eaux par les nitrates d'origine agricole ;

- l'arrêté ministériel du 27 décembre 2013 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations relevant du régime de l'enregistrement au titre des rubriques n°s 2101, 2102, 2111 et 3660 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;

- l'arrêté du préfet de la région Bretagne du 2 août 2018 établissant le programme d'actions régional en vue de la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- les conclusions de M. Blanchard, rapporteur public,

- et les observations de Me Barbier, représentant l'EARL Les Fontaines.

Considérant ce qui suit :

1. Le GAEC C, constitué en 1993, exploite depuis 2007 une activité de production laitière de 70 vaches laitières au lieu-dit " Le Vénec " à Pédernec. Par un arrêté du 22 décembre 1999, modifié par les arrêtés des 14 juin 2013 et 4 juin 2015, le préfet des Côtes-d'Armor a autorisé le GAEC C à exploiter des élevages porcins à hauteur de

2536 animaux équivalents, répartis sur deux sites situés aux lieux-dits " Les Fontaines " et " Kerlogoden " à Bégard. Le traitement des effluents d'élevage était effectué en partie au sein d'une station de traitement, d'une unité mobile de traitement et par épandage. Le GAEC C a ensuite été scindé en deux structures et a donné lieu à la création de l'EARL Le Vénec le 5 octobre 2016, composée de l'atelier de production laitière et à celle de l'EARL Les Fontaines le 29 juin 2017, composée de l'atelier d'élevage porcin. Le 27 décembre 2019, l'EARL Les Fontaines a déposé, auprès du service prévention des risques environnementaux de la direction départementale de la protection des populations de la préfecture des Côtes-d'Armor, un dossier de demande d'enregistrement au titre des installations classées pour la protection de l'environnement ayant pour objet de porter le nombre de porcins à 2 567 animaux équivalents ainsi que d'arrêter le traitement des lisiers et de procéder à l'épandage des effluents de l'élevage porcin sur ses propres terres et sur les terres de six prêteurs. Par une décision du

16 décembre 2020, le préfet des Côtes-d'Armor a déclaré cette demande irrecevable. Par une décision du 17 mars 2021, le préfet des Côtes-d'Armor a rejeté le recours gracieux formé par l'EARL Les Fontaines par un courrier du 9 février 2021, reçu le 15 février suivant. L'EARL Les Fontaines demande au tribunal d'annuler les décisions des 16 décembre 2020 et 17 mars 2021.

2. Aux termes de l'article R. 512-46-8 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Un exemplaire du dossier de demande fourni par le demandeur, y compris les informations communiquées sous pli séparé, est adressé par le préfet à l'inspection des installations classées. / Si le préfet estime que l'installation projetée n'est pas comprise dans la nomenclature des installations classées, il en avise le demandeur. / Lorsqu'il estime soit que la demande ou les pièces jointes sont irrégulières ou incomplètes, soit que l'installation est soumise à un autre régime, le préfet invite le demandeur soit à régulariser ou compléter ce dossier, soit à substituer une demande d'autorisation ou une déclaration à la demande d'enregistrement. Dès que le dossier est complet et régulier, il en informe le demandeur. ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article 1er de l'arrêté ministériel du

27 décembre 2013 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées relevant du régime de l'enregistrement : " Le présent arrêté fixe les prescriptions applicables aux installations classées soumises à enregistrement sous les rubriques n° 2101, 2102 et 2111 (). ". Aux termes de l'article 16 de cet arrêté : " I. ' Le fonctionnement de l'installation est compatible avec les objectifs de qualité et de quantité des eaux visés au IV de l'article L. 212-1 et suivants du code de l'environnement. / II. ' Dans les zones vulnérables aux pollutions par les nitrates, délimitées conformément aux dispositions des articles R. 211-75 et R. 211-77 du code de l'environnement, les dispositions fixées par les arrêtés relatifs aux programmes d'action pris en application des articles R. 211-80 à R. 211-83 du code de l'environnement sont applicables. ". L'article 26 du même arrêté énonce que : " () L'épandage sur des terres agricoles des effluents d'élevage, bruts ou traités, est soumis à la production d'un plan d'épandage, dans les conditions prévues aux articles 27-1 à 27-5. () ". Enfin, selon l'article 27-1 du même arrêté : " () En zone vulnérable aux pollutions par les nitrates, la dose d'azote épandue est déterminée conformément aux règles définies par les programmes d'actions nitrates en matière notamment d'équilibre prévisionnel de la fertilisation azotée. () ".

4. Il résulte des dispositions de l'arrêté ministériel du 27 décembre 2013 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées relevant du régime de l'enregistrement, et notamment du II de l'article 16 et de l'article 27-1 cités au point précédent, que les programmes d'actions régionaux en vue de la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole sont applicables aux installations classées soumises à enregistrement sous la rubrique notamment 2102 dont relève l'élevage en litige. Il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 2 août 2018, le préfet de la région Bretagne, après avoir rappelé que la totalité de la Bretagne est en zone vulnérable en application de la directive 91/676/CEE concernant la protection des eaux contre la pollution par les nitrates à partir de sources agricoles, a défini un programme d'actions régional qui comporte notamment des mesures s'appliquant dans l'ensemble de la région Bretagne et des mesures s'appliquant en zones d'actions renforcées (ZAR). Dans ces conditions, les demandes d'enregistrement des installations classées pour la protection de l'environnement doivent être conformes aux mesures de ce programme d'actions régional. Par suite, l'EARL Fontaine n'est pas fondée à soutenir que cette réglementation relève d'une législation indépendante de celle applicable aux installations classées pour la protection de l'environnement.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8.2.1. de l'arrêté du préfet de la région Bretagne du 2 août 2018 établissant le programme d'actions régional en vue de la protection des eaux contre la pollution contre les nitrates d'origine agricole : " Les mesures fixées par l'article 8.2.2 suivant s'appliquent aux exploitants agricoles exerçant une activité d'élevage dont un ou plusieurs sites de production est situé dans une commune listée en annexe 9. / L'exploitation agricole est définie au sens du règlement (CE) n° 1307/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 septembre 2013 en particulier son article 4 point b comme : " l'ensemble des unités utilisées aux fins d'activités agricoles et gérées par un agriculteur qui sont situées sur le territoire d'un même Etat membre. ".

6. L'EARL Les Fontaines ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 512-32 du code de l'environnement pour soutenir que le préfet des Côtes-d'Armor ne pouvait pas prendre en compte l'EARL Le Vénec lors de l'examen de sa demande d'enregistrement, dès lors que ces dispositions ne constituent pas le fondement juridique des décisions attaquées. L'EARL Les Fontaines ne peut davantage utilement soutenir que l'obligation d'organiser une exploitation commune avec l'EARL Le Vénec est dépourvue de base légale, dès lors que ce motif ne constitue pas le fondement des décisions attaquées. En tout état de cause, il résulte de l'instruction et notamment des statuts de l'EARL les Fontaines et de l'EARL Le Vénec, mis à jour respectivement le 1er juillet 2020, que ces structures comprennent les mêmes associés, soit MM. B et A C. Ainsi, elles constituent un ensemble d'unités gérées par les mêmes exploitants au sens du point b du 1 de l'article 4 du règlement (CE)

n° 1307/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 septembre 2013 établissant les règles relatives aux paiements directs en faveur des agriculteurs au titre des régimes de soutien relevant de la politique agricole commune et abrogeant le règlement (CE) n° 637/2008 du Conseil et le règlement (CE) n° 73/2009 du Conseil cité au point précédent et, par voie de conséquence, une seule exploitation contrairement à ce que soutient l'EARL les Fontaines.

7. En troisième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article 8.2.1. de l'arrêté du préfet de la région Bretagne du 2 août 2018 établissant le programme d'actions régional en vue de la protection des eaux contre la pollution contre les nitrates d'origine agricole : " () Les différentes exploitations qui seraient issues d'un montage juridique ayant pour objectif de se soustraire aux obligations décrites au présent arrêté se verront opposer le principe de cumul de la production d'azote et l'obligation de traitement et de transfert prévue par l'article 8.2.2. ".

8. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé.

9. L'EARL Les Fontaines ne peut utilement exciper de l'illégalité des dispositions du dernier alinéa de l'article 8.2.1. de l'arrêté du préfet de la région Bretagne du 2 août 2018 établissant le programme d'actions régional en vue de la protection des eaux contre la pollution contre les nitrates d'origine agricole citées au point 7 dès lors que ces dispositions se bornent à rappeler le principe général du droit relatif à la répression des abus de droit, qui peut être mis en œuvre même sans texte.

10. En dernier lieu, l'EARL Les Fontaines soutient que la scission du GAEC C, dont elle est issue, n'a pas eu pour objet de se soustraire aux obligations de traitement ou de transfert prévues par l'article 8.2.2. de l'arrêté du préfet de la région Bretagne du 2 août 2018 établissant le programme d'actions régional en vue de la protection des eaux contre la pollution contre les nitrates d'origine agricole. Elle fait valoir que l'investissement réalisé pendant quinze ans pour réaliser le traitement des effluents d'élevage et son souhait de limiter à terme son activité à la production laitière par M. B C en raison du départ prochain à la retraite de M. A C révèlent la bonne foi du GAEC C. Toutefois, la requérante n'établit ses allégations par aucune pièce versée au dossier et ce, alors même que l'exploitation de chacune des structures par des exploitants distincts et la vente effective de l'une des deux structures avec un engagement de non reprise par l'associé non exploitant étaient au nombre des conditions auxquelles était subordonné l'avis favorable de la direction départementale des territoires et de la mer de la préfecture des Côtes-d'Armor du

24 juin 2020 à la demande de dérogation à l'obligation de traitement imposée par l'article 8.2. de l'arrêté du préfet de la région Bretagne du 2 août 2018 précité présentée par le GAEC C. En outre, il résulte de l'instruction et notamment de la décision du 17 mars 2021 portant rejet du recours gracieux, que la demande d'enregistrement de l'installation en litige a fait l'objet d'une précédente décision d'irrecevabilité qui portait également sur une demande d'abandon de traitement des lisiers, ce qui n'est pas contesté par la requérante. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le préfet des Côtes-d'Armor était fondé à prendre en compte la production annuelle totale d'azote par l'EARL Les Fontaines et l'EARL Le Vénec, soit 32 460 unités et non la seule production résultant des effluents de l'EARL Les Fontaines. La requérante ne peut ainsi utilement faire valoir qu'avec 19 414 unités d'azote produites annuellement et épandues en zone d'actions renforcées et 2 400 unités d'azote épandues sur les terres d'un prêteur situé hors zone d'actions renforcées, elle respecte le seuil de l'obligation de traitement ou de transfert au-delà du seuil annuel de 20 000 unités d'azote produites en zone d'actions renforcées. Dans ces conditions, l'EARL Les Fontaines ne conteste pas sérieusement la réalité de l'intention du GAEC C de se soustraire aux obligations de traitement ou de transfert prévues par l'article 8.2.1 de l'arrêté du préfet de la région Bretagne du 2 août 2018 établissant le programme d'actions régional en vue de la protection des eaux contre la pollution contre les nitrates d'origine agricole. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de l'EARL Les Fontaines tendant à l'annulation des décisions des 16 décembre 2020 et 17 mars 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de l'EARL Les Fontaines est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EARL Les Fontaines et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée pour information au préfet des Côtes-d'Armor.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Thalabard, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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