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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102390

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102390

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIÉTÉ D'AVOCATS ELGHOZI GEANTY GAUTIER PENNEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 mai 2021 et 19 août 2022, Mme B C représentée par la SCP Marion Leroux Sibillote English Courcoux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 mars 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier (CH) de Saint-Brieuc a refusé de lui verser une indemnité de fin de contrat ;

2°) d'enjoindre au CH de Saint-Brieuc de lui verser cette prime d'un montant de 5 176,29 euros, avec intérêts à compter de sa réclamation préalable du 11 mars 2021, ces intérêts étant capitalisés ;

3°) de mettre à la charge du CH de Saint-Brieuc la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur de fait.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2022, le CH de Saint-Brieuc représenté par la SCP Elghozi Geanty Gautier Pennec, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en ce qu'elle est dirigée contre une décision confirmative ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Met, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été recrutée le 29 octobre 2018 par le CH de Saint-Brieuc en qualité de praticien contractuel pour la période du 5 novembre 2018 au 30 juin 2019. Par un courrier du 16 janvier 2020, Mme C a saisi le CH de Saint-Brieuc d'une demande tendant au versement de l'indemnité de fin de contrat. Par la décision attaquée du 17 mars 2021, le directeur du CH a refusé de faire droit à cette demande.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le CH de Saint-Brieuc :

2. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 22 janvier 2020, le directeur des affaires médicales et des actions de coopération sanitaire a refusé de faire droit à une demande de Mme C présentée par courriel du 16 janvier tendant au bénéfice de l'indemnité de fin de contrat. Toutefois, il n'est pas justifié de la transmission de ce courrier à Mme C qui conteste l'avoir reçu. Dans ces conditions, à la date de son édiction le 17 mars 2021, la décision attaquée ne revêt pas le caractère d'une décision confirmative. La fin de non-recevoir opposée par le CH de Saint-Brieuc tirée du caractère confirmatif de la décision attaquée doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article R. 6152-402 alors en vigueur du code de la santé publique : " Les praticiens contractuels mentionnés à l'article R. 6152-401 ne peuvent être recrutés que dans les cas et conditions suivants : () / 4° Pour occuper, en cas de nécessité de service et lorsqu'il s'avère impossible d'opérer un tel recrutement en application des dispositions statutaires en vigueur, un poste de praticien à temps plein ou à temps partiel resté vacant à l'issue de chaque procédure statutaire de recrutement. Le contrat peut être conclu pour une période maximale de six mois renouvelable dans la limite d'une durée totale d'engagement de deux ans ; () / Un même praticien ne peut bénéficier, au sein du même établissement, de recrutements successifs en qualité de praticien contractuel au titre d'un ou de plusieurs des alinéas ci-dessus que pour une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article R. 6152-418 du même code : " Les dispositions du code du travail sont applicables aux praticiens contractuels en tant qu'elles sont relatives, à l'indemnité prévue à l'article L. 1243-8 du code du travail () ". Aux termes de l'article L. 1243-8 du code du travail : " Lorsque, à l'issue d'un contrat de travail à durée déterminée, les relations contractuelles de travail ne se poursuivent pas par un contrat à durée indéterminée, le salarié a droit, à titre de complément de salaire, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation. / Cette indemnité est égale à 10 % de la rémunération totale brute versée au salarié. / Elle s'ajoute à la rémunération totale brute due au salarié. Elle est versée à l'issue du contrat en même temps que le dernier salaire et figure sur le bulletin de salaire correspondant. ". Aux termes de l'article L. 1243-10 de ce code : " L'indemnité de fin de contrat n'est pas due : () / 3° Lorsque le salarié refuse d'accepter la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée pour occuper le même emploi ou un emploi similaire, assorti d'une rémunération au moins équivalente ; / 4° En cas de rupture anticipée du contrat due à l'initiative du salarié, à sa faute grave ou à un cas de force majeure. ".

4. Il résulte de ces dispositions que lorsque, au terme d'un contrat de travail à durée déterminée, la relation de travail n'est pas poursuivie par un contrat à durée indéterminée, le praticien contractuel a droit, à titre de complément de rémunération, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation égale à 10 % de la rémunération brute totale sauf à se trouver dans l'un des cas énoncés à l'article L.1243-10 du code du travail.

5. Il ressort des pièces du dossier que le contrat à durée déterminée de Mme C parvenu à échéance 30 juin 2019 n'a pas été renouvelé. Si le CH de Saint-Brieuc soutient qu'il envisageait de procéder au renouvellement du contrat à durée déterminée de Mme C qui est partie effectuer un remplacement à Mayotte du 15 juillet au 15 octobre 2019, ces circonstances ne permettent pas de regarder la requérante comme ayant rompu au sens du 4° de l'article L. 1243-10 du code du travail de manière anticipée son dernier contrat, qui a été exécuté jusqu'à son terme du 30 juin 2019.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 17 mars 2021, par laquelle le directeur du CH de Saint-Brieuc a refusé de verser l'indemnité de fin de contrat à Mme C doit être annulée.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

7. Mme C a droit aux intérêts au taux légal sur la somme qui lui est due à compter du 12 mars 2021, date de réception de sa demande de paiement par le CH de Saint-Brieuc. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 12 mars 2022, date à laquelle il était dû plus d'une année d'intérêts puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution du présent jugement, implique, ainsi que le demande la requérante, le versement à celle-ci de l'indemnité de fin de contrat. La rémunération totale brute versée à Mme C s'élevant à 51 762,93 euros selon justificatifs, le montant de cette indemnité peut donc être fixé à la somme de 5 176,29 euros. Il y a lieu d'enjoindre au CH de Saint-Brieuc de procéder au versement de cette somme en principal et intérêts dans un délai de deux mois à compter du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CH de Saint-Brieuc la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de cet article faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de la partie perdante les frais exposés par l'autre partie et non compris dans les dépens, il y a lieu de rejeter la demande présentée par le CH de Saint-Brieuc sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 17 mars 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Saint-Brieuc a refusé de verser à Mme C l'indemnité de fin de contrat est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier de Saint-Brieuc de verser à Mme C la somme de 5 176,29 euros en principal et intérêts dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier de Saint-Brieuc versera à Mme C la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Saint-Brieuc sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au centre hospitalier de Saint-Brieuc.

Délibéré après l'audience du 24 février 2023, où siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

La rapporteure,

signé

A. ALe président,

signé

N. TronelLa greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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