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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102482

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102482

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102482
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBAUDET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2102482 le 17 mai 2021, M. A E, représenté par Me Baudet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour formée le 28 janvier 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, l'ensemble dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les articles L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par ne sont pas fondés.

II. Par une requête et deux mémoires, enregistrés sous le numéro 2105787, les 12 novembre 2021, 1er décembre 2021 et 15 juillet 2022, M. A E, représenté par Me Maral, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 27 octobre 2021 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, l'ensemble dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté portant refus de séjour est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il ne résulte pas d'un examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation et méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Maral, représentant M. E dans l'instance n° 2105787.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant marocain, est entré en France le 27 septembre 2018 sous couvert d'un visa C valable du 15 septembre 2018 au 20 octobre 2018. Il s'est marié le 16 mars 2019 avec une ressortissante marocaine qui dispose d'un titre de séjour longue durée valable jusqu'en mai 2029. Le 28 janvier 2020, M. E a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 25 mai 2021, un récépissé valant autorisation de travail lui a été délivré. Par un arrêté en date du 27 octobre 2021, le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur la jonction :

2. Les deux requêtes n° 2102482 et n° 2105787 concernent la situation d'une même personne et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur l'exception de non-lieu à statuer sur la requête n° 2102482 :

3. En application de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, le silence gardé pendant plus de quatre mois sur la demande de titre de séjour présentée par M. E a fait naître une décision implicite de rejet qui a été déférée au juge de l'excès de pouvoir. Toutefois, la décision explicite de rejet intervenue postérieurement s'est substituée à la décision implicite. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur la requête n° 2102482.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Par arrêté du 22 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 23 septembre 2021, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation de signature, à l'effet de signer notamment les refus de séjour étrangers sans mesure d'éloignement, à Mme C B, directrice des étrangers en France et signataire de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de titre de séjour doit être écarté.

5. L'arrêté portant refus de séjour vise les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet d'Ille-et-Vilaine a fait application et mentionne la situation personnelle et administrative de M. E, notamment la durée de sa présence en France, sa relation avec son épouse, ses attaches familiales dans son pays d'origine, son insertion professionnelle et l'absence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant de prononcer son admission exceptionnelle au séjour. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut motivation de l'arrêté doit être écarté.

6. Cette motivation et l'ensemble des énonciations de l'arrêté permettent d'établir que le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui a examiné la situation de l'intéressé au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen complet et approfondi de la situation de M. E. Le moyen tiré de l'absence d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré récemment en France, en septembre 2018, et que son mariage avec une ressortissante marocaine titulaire d'une carte de résident longue durée, célébré le 16 mars 2019, est très récent. La présence en Haute-Saône, de son frère, de nationalité française, de sa sœur, titulaire d'une carte de résident longue durée, ne lui ouvre pas droit à l'obtention d'un titre de séjour et n'est pas de nature à établir l'intensité de ses attaches familiales en France. Il conserve, par ailleurs, des attaches dans son pays d'origine où il a vécu et travaillé et où résident ses parents. S'il vient d'obtenir un contrat de travail en tant que coiffeur, cet emploi est récent et l'intéressé n'établit pas ne pas pouvoir l'exercer dans son pays d'origine où il a travaillé plus de dix ans dans cette profession. Aussi, eu égard au caractère récent de son entrée en France, au caractère très récent de son mariage et alors, au demeurant, que le présent refus de titre de séjour ne l'oblige pas à se séparer de son épouse, M. E n'établit pas que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté a été pris. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance de ces dispositions et stipulations doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

10. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été exposé au point 8, que la durée de présence en France de M. E se limite à 3 ans à la date de l'arrêté et, s'il se prévaut de son mariage avec une ressortissante marocaine titulaire d'une carte de résident longue durée, celui-ci s'avère récent et ces éléments ne constituent ni des considérations humanitaires, ni des motifs exceptionnels permettant de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par ailleurs, si M. E a été embauché en contrat à durée indéterminée en qualité de coiffeur au sein de la Sarl Alain Coiffure, cette circonstance n'est pas suffisante pour constituer un motif exceptionnel d'admission au séjour au titre du travail. Par suite, et nonobstant ses efforts d'intégration en France, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation ni, en tout état de cause, méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation.

11. Par ailleurs, M. E, qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur la base des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 qu'il n'a pas invoqué dans sa demande et que le préfet n'était pas tenu d'examiner d'office. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 doit donc être écarté comme inopérant.

12. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. E n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. E doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête n° 2102482.

Article 2 : Les conclusions de M. E présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans la requête n° 2102482 sont rejetées.

Article 3 : La requête n° 2105787 de M. E est rejetée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Gourmelon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

O. D

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Pottier La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2102482, 2105787

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