mardi 2 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2102501 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE DAVOCATS SEBAN ARMORIQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mai et 2 novembre 2021, M. F C et Mme B A, représentés par Me Tréheux, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2020 par lequel le maire de Tinténiac a délivré à M. I un permis de construire une maison individuelle, ainsi que la décision du 12 mars 2021 par laquelle il a rejeté leur recours gracieux contre cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Tinténiac et de M. I une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt à agir en raison de leur qualité de voisins immédiats et de la vue qu'ils auront sur la construction ;
- l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions de l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 153-11 alinéa 3 et L. 424-1 du code de l'urbanisme ; la circonstance que le plan local d'urbanisme (PLU) révisé ait modifié le classement du terrain d'assiette révèle un détournement de pouvoir ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 1 AUE du PLU de Tinténiac ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UE 6 du règlement du PLU de Tinténiac ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UE 11 du règlement du PLU de Tinténiac.
Par des mémoires, enregistrés les 2 septembre 2021 et 6 janvier 2022, M. H I et Mme E D, représentés par la Selarl Cabinet Coudray, concluent au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 septembre 2021 et 7 janvier 2022, la commune de Tinténiac, représentée par Me Lahalle, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le décret n° 95-260 du 8 mars 1995 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme G,
- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public,
- les observations de Me Tréheux, représentant M. C et Mme A, de Me Messeant, représentant la commune de Tinténiac et de Me Rouxel, représentant M. I et Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. M. I et Mme D ont déposé, le 16 octobre 2020, en mairie de Tinténiac, une demande de permis de construire pour la construction d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée C n° 23 au 33 bis rue du Clos de justice. Par un arrêté du 10 décembre 2020, le maire de Tinténiac leur a délivré le permis de construire sollicité. Les pétitionnaires ont adressé le 22 décembre 2020 une demande de permis de construire modificatif. Ce permis modificatif a été délivré par un arrêté du 12 janvier 2021. M. C et Mme A ont formé un recours gracieux contre l'arrêté du 10 décembre 2020, qui a été rejeté par courrier du 12 mars 2021. Par la présente requête, ils demandent l'annulation de l'arrêté du 10 décembre 2020 ainsi que de la décision du 12 mars 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme : " L'arrêté prévu au premier alinéa de l'article A. 424-1 : / a) Indique la collectivité au nom de laquelle la décision est prise ; / b) Vise la demande de permis ou la déclaration et en rappelle les principales caractéristiques : nom et adresse du demandeur, objet de la demande, numéro d'enregistrement, lieu des travaux ; / c) Vise les textes législatifs et réglementaires dont il est fait application ; / d) Vise les avis recueillis en cours d'instruction et leur sens. / L'arrêté mentionne, en caractères lisibles, le prénom, le nom et la qualité de son signataire. ".
3. L'arrêté litigieux rappelle les principales caractéristiques du projet, notamment l'adresse du terrain. Les dispositions citées au point précédent n'exigent pas que l'autorisation délivrée reprenne les références cadastrales du terrain d'assiette du projet, au demeurant indiquées dans le dossier de demande de permis. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le permis litigieux méconnaît l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme.
4. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; () ". Aux termes de l'article R. 431-5 de ce code : " La demande de permis de construire précise : () / c) La localisation et la superficie du ou des terrains ; () ". Aux termes de l'article R. 431-8 de ce code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ". Enfin, aux termes de l'article R. 431-9 de ce code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. / Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan. ".
5. Le dossier de demande de permis de construire mentionne les parcelles cadastrales concernées par le projet, à savoir les parcelles C 23, C 1355, C 1356 et C 1365, et leur superficie. Il comporte par ailleurs un extrait de plan cadastral, qui matérialise les limites des parcelles, un plan de masse, réalisé à l'échelle 1/1250, représentant le terrain d'assiette dans sa totalité, et un second plan, à l'échelle 1/200 permettant de situer l'implantation de la maison à construire sur les parcelles concernées. Si ces plans ne précisent pas le zonage dont relèvent les parcelles en litige selon le plan local d'urbanisme, cette précision n'est pas requise par les dispositions précitées. En tout état de cause, le plan de masse à l'échelle 1/200 matérialise la séparation entre la zone constructible et la zone non-constructible. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire doit être écarté en ses deux branches.
6. Aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; () ". Aux termes de l'article R. 431-5 de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : / a) L'identité du ou des demandeurs ; () / La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis. ".
7. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 cité ci-dessus, et que les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Par suite, les tiers ne sauraient utilement invoquer, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, la circonstance que l'administration n'en aurait pas vérifié l'exactitude.
8. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet intègre une surface de 16 mètres carrés constituée par une partie de la parcelle C 1355, une partie de la parcelle C 1365 et d'une partie du chemin communal, surface ayant vocation à être " consentie " par la commune aux demandeurs. Ce chemin d'exploitation a, par délibération du 25 septembre 2020 du conseil municipal de Tinténiac, fait l'objet d'un déclassement. Par délibération du 20 novembre 2020, le conseil municipal de Tinténiac a approuvé la vente de ces surfaces à M. I et Mme D, et a autorisé le maire à signer tous actes s'y rapportant. Le permis de construire litigieux ne constituant pas un acte pris pour l'application de cette délibération approuvant la vente du terrain, qui n'en constitue pas davantage la base légale, le moyen tiré de l'illégalité de cette délibération doit être écarté comme inopérant à l'encontre de l'arrêté litigieux portant permis de construire. Par ailleurs, s'il n'est pas justifié du transfert effectif de la propriété de ces surfaces à la date à laquelle le permis de construire a été délivré, cette circonstance ne suffit pas à établir l'existence d'une fraude, la vente ayant vocation à être conclue par la même autorité que celle délivrant le permis de construire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être écarté.
9. Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que le projet de PLU de la commune de Tinténiac a été arrêté par une délibération du 27 février 2020 du conseil municipal de Tinténiac, et que les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) ont été débattues lors de la séance du 9 décembre 2019 du conseil communautaire de la communauté de communes Bretagne Romantique. Dans ces conditions, l'état d'avancement des travaux d'élaboration du nouveau plan permettait, à la date d'édiction du permis de construire litigieux, de surseoir à statuer sur une demande de nature à compromettre l'exécution du futur plan.
11. A la date à laquelle le permis de construire a été délivré, la parcelle constituant le terrain d'assiette du projet était classée en zone 1 AUE du PLU, autorisant la construction d'une maison d'habitation. Il n'est pas contesté que les travaux engagés en vue de la révision du PLU prévoyaient alors le classement de cette parcelle en zone A dans laquelle ne seraient autorisées que les installations et constructions nécessaires à l'exploitation agricole, aux équipements collectifs ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par des coopératives d'utilisation de matériel agricole. Toutefois, eu égard à l'ampleur limitée du projet, qui tend à la création d'une maison d'une surface de plancher de 100,15 mètres carrés, à l'angle ouest d'un ensemble de parcelles dont la surface totale dépasse 6 hectares, et à l'emplacement de cette nouvelle construction en continuité d'un ensemble déjà bâti à l'est et au nord, composé d'un ensemble de maisons d'habitation en double rang longeant au sud la rue du Clos de Justice, ce projet peut être regardé comme concourant à l'objectif de densification de l'habitat énoncé dans le PADD. Dès lors, et alors même qu'à la date à laquelle permis de construire a été délivré, il présentait une contradiction avec le classement alors envisagé dans la phase de révision du PLU, le maire de Tinténiac n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme en estimant que la demande déposée par M. I n'était pas de nature à compromettre l'exécution du futur PLU ou à la rendre plus onéreuse, et en décidant de ne pas surseoir à statuer.
12. Aux termes de l'article R. 123-6 du code de l'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le PLU de Tinténiac a été approuvé, dont les dispositions sont aujourd'hui reprises à l'article R. 151-20 du même code : " Les zones à urbaniser sont dites " zones AU ". Peuvent être classés en zone à urbaniser les secteurs à caractère naturel de la commune destinés à être ouverts à l'urbanisation. / Lorsque les voies publiques et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement définissent les conditions d'aménagement et d'équipement de la zone. Les constructions y sont autorisées soit lors de la réalisation d'une opération d'aménagement d'ensemble, soit au fur et à mesure de la réalisation des équipements internes à la zone prévus par les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement () ". Le règlement du PLU de la commune de Tinténiac prévoit que dans la zone 1 AUE est interdite : " 1) Toute occupation ou utilisation du sol qui ne s'inscrit pas dans le cadre d'une opération d'aménagement d'ensemble compatible avec les principes d'aménagement inscrits dans les opérations d'aménagement. () ".
13. Il résulte des dispositions de l'article R. 123-6 du code de l'urbanisme que le plan local d'urbanisme peut prévoir que les autorisations de construction au sein d'une zone à urbaniser seront délivrées, dans les conditions qu'il précise, lors de la réalisation d'une opération d'aménagement d'ensemble. Une telle opération peut ne porter que sur une partie seulement des terrains de la zone concernée, sauf si le règlement du plan local d'urbanisme en dispose autrement ou si les conditions d'aménagement et d'équipement définies par ce règlement et par les orientations d'aménagement et de programmation du plan local d'urbanisme impliquent nécessairement que l'opération porte sur la totalité des terrains de la zone concernée.
14. Le règlement du PLU de Tinténiac en vigueur à la date à laquelle le permis de construire a été accordé prévoyait, pour les terrains classés en zone 1 AUE à urbaniser, dont relève le terrain d'assiette, l'interdiction de toute utilisation du sol ne s'inscrivant pas dans le cadre d'une opération d'aménagement d'ensemble. Si la commune de Tinténiac fait valoir que le projet de construction autorisé par le permis litigieux se rattache à la décision tacite de non opposition délivrée le 23 mars 2012 à une opération de lotissement portant sur la création d'un lot de 104 mètres carrés destiné à être vendu à M. I en vue d'une construction future, et le détachement de six terrains à bâtir sur la parcelle contiguë C 21, cette opération de lotissement a seulement inclus dans son périmètre une bande de terrain d'un mètre de large environ et une partie constructible destinée à être annexée à la parcelle C 23 appartenant à M. I. Toutefois, cette parcelle C 23 qui constitue l'essentiel du terrain d'assiette du projet, d'une superficie supérieure à 600 mètres carrés, n'a jamais été incluse dans le périmètre du lotissement, de sorte qu'il ne peut être considéré que le permis de construire accordé à M. I en 2021 s'inscrit dans le cadre d'une opération d'aménagement autorisée en 2012. Par suite, M. C et Mme A sont fondés à soutenir que l'arrêté du 10 décembre 2020 par lequel le maire de Tinténiac a délivré ce permis de construire méconnaît l'article 1 AUE 1 du règlement du PLU de Tinténiac.
15. Aux termes de l'article UE 6 du règlement du PLU de Tinténiac, applicable aux zones classées en zone 1 AUE : " Implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques- 1) / 1) Sauf dispositions particulières portées au plan, l'implantation des constructions s'effectuera soit à l'alignement, soit à 6 mètres minimum vis-à-vis de celui-ci. / 2) Dans les opérations groupées ou d'ensemble (permis valant ou non division, lotissements), sauf dispositions particulières portées au plan, les constructions s'implanteront soit à l'alignement des voies (intérieures ou principales), soit en retrait de 6.00 m minimum. / 3) Des implantations différentes de celles définies ci-dessus pourront être autorisées ou imposées : / -pour tenir compte de l'alignement particulier défini globalement par les constructions voisines en respectant la continuité du front de rue qu'elles engendrent, afin de ne pas rompre l'harmonie de l'ensemble, / - dans le cas d'extensions de bâtiments existants ne respectant pas le cas général lorsqu'elles sont réalisées en prolongement desdits bâtiments, sans restreindre toutefois le retrait existant par rapport à l'alignement, / - pour les constructions annexes aux bâtiments principaux. ".
16. Il ressort des pièces du dossier que, par délibération du 25 septembre 2020, le conseil municipal de Tinténiac a constaté la désaffectation de fait du chemin d'exploitation du Clos de Justice appartenant à la commune, et a prononcé son déclassement, en vue de la vente d'une partie de ce chemin aux pétitionnaires. Il s'ensuit que, quand bien même la vente effective de cette surface n'était pas intervenue à la date à laquelle le permis de construire a été délivré, cette emprise ne relevait plus, à cette date, du domaine public. Par suite, la condition d'implantation fixée par l'article UE 6 précité ne doit pas s'apprécier par rapport à cette emprise. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de cet article, soulevé en ce qui concerne l'implantation de la construction vis-à-vis du chemin d'exploitation, doit être écarté comme inopérant.
17. Aux termes de l'article UE 11 du règlement du PLU de Tinténiac, applicable aux zones classées en zone 1 AUE : " Aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords / 1) Tout projet de construction devra présenter un volume, une implantation et un aspect satisfaisants, permettant une bonne intégration dans l'environnement tout en tenant compte du site général dans lequel il s'inscrit et notamment la végétation existante et les constructions voisines qui y sont implantées. (). ".
18. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est situé au second rang d'un front bâti longeant la rue du Clos de Justice, composé de pavillons de style contemporain ne présentant pas d'homogénéité architecturale, tant dans leur forme d'ensemble, la forme de leur toiture, leur toiture, que dans les matériaux utilisés ou les couleurs des façades. La construction autorisée par le permis de construire litigieux est d'une conception sobre de type traditionnel, comprenant un volume principal avec une toiture principale à deux pans en ardoise et des volumes complémentaires au sud et à l'est avec une toiture monopente en zinc, et dont les façades seront recouvertes d'un enduit clair assurant une cohérence avec la couleur dominante des façades aux alentours. Si la construction ne présente pas une orientation identique à celle des maisons immédiatement voisines, le quartier dans son ensemble présente une certaine diversité en la matière. L'aspect extérieur de la construction doit ainsi être regardé comme étant de nature à permettre une bonne intégration dans son environnement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article UE 11 du PLU doit être écarté.
Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
19. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable à la date de l'arrêt attaqué : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".
20. Ces dispositions permettent au juge, lorsqu'il constate qu'un vice entachant la légalité du permis de construire peut être régularisé par un permis modificatif, de rendre un jugement avant dire droit par lequel il fixe un délai pour cette régularisation et sursoit à statuer sur le recours dont il est saisi. Le juge peut préciser, par son jugement avant dire droit, les modalités de cette régularisation. Un vice de procédure, dont l'existence et la consistance sont appréciées au regard des règles applicables à la date de la décision litigieuse, doit en principe être réparé selon les modalités prévues à cette même date. S'agissant des vices entachant le bien-fondé du permis de construire, le juge doit se prononcer sur leur caractère régularisable au regard des dispositions en vigueur à la date à laquelle il statue et constater, le cas échéant, qu'au regard de ces dispositions le permis ne présente plus les vices dont il était entaché à la date de son édiction.
21. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par délibération du 22 juin 2021, le conseil communautaire de la communauté de communes Bretagne Romantique a approuvé la révision du plan local d'urbanisme intercommunal, qui classe le terrain d'assiette du projet en zone UE " extensions pavillonnaires ". Le règlement applicable à cette zone autorise la construction de maisons d'habitation, et n'impose aucune obligation relative à l'inscription de cette construction dans un projet d'aménagement d'ensemble. Les allégations des requérants selon lesquelles, dès lors qu'un classement en zone A avait été préalablement envisagé, le classement révisé révèlerait un détournement de pouvoir pour favoriser des intérêts privés, ne sont pas sérieusement établies. Ainsi, le vice tiré de ce que le projet de construction autorisé par le permis de construire litigieux méconnaît l'article 1 AUE 1 du règlement du PLU de Tinténiac doit être regardé comme ayant été régularisé au regard des dispositions du plan local d'urbanisme applicables à la date du présent jugement.
22. Il résulte de tout ce qui précède que M. C et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 10 décembre 2020 par lequel le maire de Tinténiac a délivré à M. I un permis de construire, ni de la décision du 12 mars 2021 par laquelle il a rejeté leur recours gracieux contre cet arrêté.
Sur les frais liés au litige :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Tinténiac et M. I et Mme D, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent à M. C et Mme A la somme que ceux-ci demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
24. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Tinténiac et par M. I et Mme D tendant à l'application de ces mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C et Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Tinténiac et par M. I et Mme D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, représentant unique des requérants, à la commune de Tinténiac, à M. H I et à Mme E D.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Gourmelon, première conseillère,
Mme Le Berre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.
La rapporteure,
signé
V. G
Le président,
signé
O. Gosselin
La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026