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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102617

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102617

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantVERVENNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et quatre mémoires, enregistrés les 25 mai 2021, 9 juin 2021, 1er mars 2022, 16 juin 2022 et 27 juin 2022, M. C A, représenté par Me Vervenne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du préfet du Finistère des 11 février et 14 avril 2021 portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur temporaire " dans un délai d'un mois, et, à titre subsidiaire, dans un délai de trois jours, de lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour assorti d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement au profit de son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- s'agissant de la décision du 11 février 2021, le préfet du Finistère a omis de l'informer de l'existence de cette décision, qui ne lui a pas été notifiée, et il a, postérieurement à son édiction, continué de considérer que sa demande était en cours d'instruction, le privant de la possibilité de former un recours contentieux dans les délais impartis ;

- la décision du 14 avril 2021 méconnaît les dispositions de l'article 47 du code civil, la présomption de validité de ses documents d'état civil n'étant pas renversée : aucune disposition du code malien des personnes et de la famille ne prévoit que le lieu de naissance soit indiqué, ce qui serait illogique alors que l'officier d'état civil n'est compétent que pour établir les actes dans le ressort de son centre ; la seule circonstance que la date d'établissement de l'acte soit inscrite en chiffres et non en lettres ne suffit pas à priver d'authenticité un acte d'état civil, le préfet n'établissant au demeurant pas que cette exigence était en vigueur en 2000 ; il justifie d'une copie d'extrait d'acte de naissance certifiée conforme à l'original n° 212 R.4 de l'année 2000 du centre secondaire de Djelibougou, qui produit ses effets en France sans légalisation ; l'inscription de la date d'établissement en lettres pour ces actes n'est pas exigée ; il est en possession d'un passeport biométrique délivré le 31 octobre 2019 par la direction générale de la police nationale malienne, ce qui corrobore l'authenticité des documents d'état civil dont il se prévaut ; il dispose également d'une carte consulaire qu'il a signée, dont la validité n'est pas remise en cause du fait d'une absence d'empreinte digitale ; le consul général du Mali à Paris confirme le caractère authentique de l'ensemble des documents d'identité produits ; le préfet du Finistère, qui n'a pas procédé à des investigations complémentaires, n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, de l'inauthenticité des documents produits ;

- la décision en litige méconnaît les dispositions du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, recodifié en son article L. 423-22 ; il remplissait toutes les conditions pour se voir délivrer le titre de séjour sollicité à la date de sa demande, et le seul délai mis par le préfet du Finistère pour instruire sa demande ne saurait constituer un motif légal de refus d'admission au séjour ;

- elle méconnaît également les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et celles de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, recodifiées en ses articles L. 423-23 et L. 435-3 ;

- elle est entachée d'erreur de droit, d'un défaut d'examen et d'un défaut de motivation, dès lors que le préfet n'a pas examiné son admission au séjour sur ces fondements, explicitement sollicités ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés

Par une décision du 17 juin 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

-le rapport de M. B,

-et les observations de Me Peneau, substituant Me Vervenne, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien se déclarant né le 9 août 2000 à Bamako (Mali) et entré en France, selon ses déclarations, en août 2015, a fait l'objet d'une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du Finistère sur décision du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Quimper du 27 août 2015, puis par l'effet d'un jugement du juge des enfants du 7 septembre 2015. Il a suivi une scolarité au lycée polyvalent Paul Sérusier de Carhaix-Plouguer, dans la filière menant au baccalauréat professionnel Electrotechnique Energie Equipements Communicants, ce qui lui a permis d'obtenir son brevet d'études professionnelles le 29 juin 2017, puis le baccalauréat le 7 septembre 2018. Il a bénéficié d'un contrat jeune majeur à compter de sa majorité, renouvelé en dernier lieu jusqu'au 9 août 2021. Il a sollicité, le 10 août 2018, la régularisation de sa situation et un récépissé de demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", assorti d'une autorisation de travail, lui a été délivré, renouvelé, en dernier lieu, jusqu'au 1er avril 2021. Par deux décisions des 11 février et 14 avril 2021, le préfet du Finistère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 11 février 2021 :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de son article R. 421-5 : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision du préfet du Finistère du 11 février 2021, qui indiquait les voies et délais de recours ouverts à son encontre, a été régulièrement notifiée à M. A, à l'adresse qu'il avait indiquée aux services de la préfecture, le 17 février 2021, le pli étant revenu portant la mention " avisé et non réclamé ". Les conclusions de M. A tendant à son annulation, enregistrées au greffe du tribunal le 25 mai 2021 sont par suite tardives et doivent dès lors être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions dirigés contre la décision du 14 avril 2021 :

4. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, dans sa rédaction applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () / 2° bis : À l'étranger dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entrant dans les prévisions de l'article L. 311-3, qui a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance et sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée ".

5. En premier lieu, si M. A soutient que le préfet du Finistère n'a pas examiné l'ensemble des fondements de titre de séjour invoqués dans sa demande, il n'établit pas qu'il aurait sollicité, à l'appui de sa demande de titre de séjour, la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement que le 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le courriel de son conseil aux services de la préfecture daté du 17 mars 2021 ne confirmant la demande de délivrance d'un récépissé que sur ce fondement précis. Par suite, les moyens tirés, à cet égard, du défaut d'examen complet de sa demande, de l'insuffisance de motivation et de l'erreur de droit doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, s'il résulte de l'instruction que M. A a obtenu, le 6 juillet 2018, le baccalauréat professionnel spécialité " électrotechnique énergie équipements communicants ", qui lui a été délivré le 7 septembre 2018, l'intéressé n'établit pas, ni même n'allègue, qu'il suivait ou qu'il était inscrit pour suivre, à la date de sa demande de titre de séjour déposée le 10 août 2018, ou même postérieurement, une formation au sens des dispositions citées au point 4 ci-dessus. Il n'est pas établi non plus et il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, à qui a été délivré un récépissé de demande de titre de séjour qui lui permettait de travailler et donc de suivre une formation en alternance après son baccalauréat professionnel, aurait été empêché du fait de l'administration de suivre une telle formation. Il suit de là que le préfet du Finistère a pu à bon droit se fonder sur le motif tiré de l'absence de suivi d'une formation, lequel justifiait à lui seul que soit refusé à M. A le titre de séjour que celui-ci sollicitait.

7. En troisième lieu, si M. A justifie de sa volonté d'insertion sociale et professionnelle, il est constant qu'il est célibataire et sans enfant en France et il n'allègue pas y avoir des attaches familiales alors par ailleurs qu'il n'établit pas être dépourvu de toutes attaches privées, familiales ou autres, dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de quinze ans. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, les moyens tirés de ce que la décision en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de ce qu'elle méconnaitrait les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables, et de ce qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ne peuvent être accueillis.

8. En cinquième lieu, si M. A conteste l'analyse reprise par le préfet du Finistère dans sa décision, selon laquelle, eu égard aux documents d'état civil produits et analysés par les services de la direction zonale de la police aux frontières, son identité et sa date de naissance ne pouvaient être regardées comme établies, il résulte de l'instruction que l'autorité administrative, eu égard notamment au fondement de la demande de titre dont elle était saisie, aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur le seul motif de rejet analysé au point 6 du présent jugement. Ce moyen doit, par suite et en tout état de cause, être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles tendant à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président du tribunal,

M. Radureau, président,

M. Vergne, président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

G.-V. B Le président,

Signé

E. KolbertLa greffière,

Signé

V. Le Boëdec

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Le Boëdec

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